25 mars 2014

Publicité ville d'HENDAYE


Publicité Syndicat d'Initiative de la ville de Hendaye 1933

 

Horaire des Chemins de Fer : 10 heure pour aller à Paris.

 

IMG_20140321_0005

IMG_20130805_0003

IMG_20140320_0003

IMG_20140320_0004

IMG_20140320_0005

IMG_20140321_0001

IMG_20140321_0002

IMG_20140321_0003

IMG_20140321_0004

 

 

 

______________________________

 

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

Retour au sommaire                            Suite

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

 

______________________________________



Posté par hendayehistoire à 16:29 - Commentaires [0] - Permalien [#]

01 avril 2014

François Ier est fait prisonnier à Pavie.

8

24 février 1525. François Ier est fait prisonnier à Pavie.

Le Point.fr - Publié le 24/02/2013 à 00:00 - Modifié le 24/02/2014 à 09:54

Fasciné par l'Italie comme ses prédécesseurs, il ne rêve que de victoire. Mais il ne fait que se jeter dans la gueule du loup.

 

Sur son cheval caparaçonné, François 1er se bat comme un beau diable. Il est impressionnant. À 31 ans, ce géant est au mieux de sa forme. Revêtu de son armure, il découpe en tranches les lansquenets qui l'entourent. À ses côtés, les gentilshommes de sa maison combattent avec le dernier acharnement. Autour d'eux, des milliers de gents d'armes s'éventrent. Des boulets fendent les airs. Les trompettes relaient les ordres. Mais les troupes françaises cèdent peu à peu, l'armée impériale prend le dessus. Les cavaliers français alourdis par leurs armures sont jetés bas par la piétaille et poignardés à la jointure des cuirasses sans pouvoir se défendre

Le roi voit se précipiter vers lui le marquis de Civita Sant' Angelo. Il n'a que le temps de mettre sa lance en arrêt pour empaler son assaillant. Son entourage tente de rameuter des troupes, mais elles ne parviennent pas à se frayer un chemin dans la cohue. Dans le camp impérial, des cris s'élèvent : "Victoire ! Victoire !

ESPAGNE! Espagne ! Le roi est pris !" En entendant ces cris, les soldats du camp français s'enfuient épouvantés. Bonnivet, voyant combien il a mal conseillé le roi, enlève son heaume et fonce vers l'ennemi pour mourir. De nombreux soldats français, dans leur hâte à quitter le champ de bataille, plongent dans le Tessin .

François Ier, pris

François est désormais seul, entouré des piétons et arquebusiers espagnols. Le sonneur du roi continue à s'époumoner pour rallier les secours. En vain. Le capitaine César Hercolani est le premier à blesser le cheval du roi. Celui-ci s'abat François Ier, pris

 Le roi combat maintenant à pied, faisant tournoyer sa grande épée. Il est blessé à la main, au visage. Le sang coule. Trois Espagnols se précipitent : Diego Davila, Juan de Urbieta et Alonso Pita da Veiga. Chacun veut faire prisonnier le Français ou le tuer. Celui-ci n'est sauvé que par la survenue de Lannoy, le vice-roi de Naples, natif de Valenciennes. Il fait reculer ses hommes et crie au roi de déposer les armes : "Sire, nous vous connaissons bien ; rendez-vous, afin de ne vous faire tuer ; vous voyez bien (...) que vos gens s'enfuient et que votre armée est défaite." Le géant sent que c'est la voix de la raison. Il soulève la visière de son heaume, laissant voir un visage rouge. Il est épuisé, cherche son souffle. Il enlève son gantelet de fer, qu'il remet au vice-roi. On l'aide à retirer son heaume. François Ier arrache les restes de sa cuirasse, le voilà aux trois quarts nus. "Sire, êtres-vous blessé ?" s'enquiert Lannoy. "Non... guère." Entouré par les troupes impériales, le roi de France et son garde du corps, qui ont combattu à pied, a essayé de briser briser le siège. Soudain, François est tombé de son cheval, et quand il s'est levé, il a trouvé une épée dans le cou. C' était le soldat Juan de Urbieta qui le faisait prisonnier avec  l'aide de ses compagnons Diego Dávila Grenade, et Alonso Pita da Veiga, le galicien . Ils ne savaient pas qui ils venaient de capturer, mais les vêtements supposaient que c'était un grand seigneur. Ils le signalent à leurs supérieurs. Le prisonnier s'est avéré être le roi de France.

Urbieta atteint la célébrité et les honneurs suite de cet événement.  l'Empereur Charles 1er le recompense en le faisant capitaine de cavalerie, et chevalier de l'ordre de Santiago D'autre part, François Ier lui-même  lui écrit une lettre pour le remercier de son comportement pendant sa capture et  qui lui permettait de sauver sa vie.

Urbieta décédé le 22 Août 1553 dans sa maison à Hernani  a été enterré au pied du chœur de l'église paroissiale de San Juan Bautista, comme il l'avait souhaité dans son testament. Des siècles plus tard, ses restes seront profanées par des soldats français au cours de la Guerre d'Indépendance

   Dans le camp ennemi, trompettes, clairons, tambourins et fifres répandent la nouvelle de cette victoire. Mais durant de longues minutes, les Espagnols, ivres de sang, continuent leur massacre. Combien de morts ? Dix mille ? Vingt mille ? Nul ne le saura jamais.

Mais qu'est venu donc faire le roi de France dans cette galère italienne ? , Il a voulu poursuivre le rêve italien de ses prédécesseurs. N'écoutant pas les avis de ses vieux conseillers La Trémoille et le maréchal de La Palice, il décide, fin 1524, d'aller reprendre Milan, perdue quatre ans plus tôt, aux troupes impériales de Charles Quint. Dans un premier temps, sa campagne est un succès. Effectivement, il s'empare de Milan. . François pourrait se satisfaire de cette victoire. Mais, non, ce grand enfant qui ne rêve que de batailles et de gloire décide de poursuivre son avantage en mettant le siège devant Pavie, l'ancienne capitale de la Lombardie, le 27 octobre 1524. Il faut maintenant attendre. Mais trois mois plus tard, des renforts venus de Bruxelles assiègent à leur tour l'armée française. C'est l'arroseur arrosé. Durant trois semaines, François Ier est pris

La geôle de Charles Quint

Dans la nuit du 23 au 24 février, les "Belges" passent à l'attaque du camp français. Ils sont emmenés par Charles de Bourbon, l'ancien chef des armées de François Ier, le même qui lui avait fait gagner la bataille de Marignan. Se jugeant mal récompensé, il est passé à l'ennemi. L'état-major du roi de France lui conseille de lever le camp et de battre en retraite. Les forces ennemies sont trop importantes. Mais une fois de plus le souverain n'écoute que son tempérament guerrier. Ou plutôt Guillaume Gouffier de Bonnivet, qui dénonce dans un beau discours l'indignité pour un roi de France à s'enfuir. Voilà comment François Ier se jette tête baissée dans la défaite, la honte et la geôle de Charles Quint.

Le lendemain de sa capture, il écrit un mot à sa mère, la duchesse d'Angoulême, à qui il avait confié la régence du royaume avant son départ. "Madame, pour vous faire savoir comme se porte le reste de mon infortune, de toutes choses ne m'est demeuré que l'honneur, et la vie qui est sauve." Il fait également porter un billet à son vainqueur, Charles . "N'ayant d'autre réconfort en mon infortune que l'estime de votre bonté, vous suppliant de juger en votre propre coeur ce qu'il vous plaira à faire de moi, étant sûr que la volonté d'un tel prince que vous êtes ne peut être accompagnée que d'honneur et magnanimité (...) Votre bon frère et ami. François".

Septième guerre d'Italie

Revenons à Pavie. Le souverain français, à demi nu, est amené dans une petite maison (la cascina Repentita) pour être lavé et pansé. Un soldat espagnol lui présente six balles en argent et une en or. Les premières étaient destinées aux principaux officiers de ses armées. "Les six ont été employées, la vôtre m'est restée, et je vous supplie, sire, de l'accepter pour la faire servir à votre rançon", dit l'homme. Après le repas, on conduit le prisonnier à l'abbaye de San Paolo. Le surlendemain, il est transféré dans une forteresse près de Crémone. Il y reste 80 jours. Charles Quint aurait pu profiter de son avantage pour poursuivre la guerre, mais c'est un homme de paix. Il fait cesser les hostilités et fait venir son prisonnier en Espagne, le faisant enfermer d'abord à Valence, puis dans la citadelle de Madrid. En guise de rançon, il demande à ce que le roi français cède plusieurs territoires. François Ier refuse durant de longs mois. Il finit même par tomber malade. On le croit à l'article de la mort. L'empereur consent à le visiter. Il autorise même la soeur de François, Marguerite de France, à la voir. François 1er tente de s'évader. Il échoue.

Finalement, après avoir joué au fier-à-bras, le souverain français signe tout ce que veut  à Charles Quint en janvier 1526. C'est le traité de Madrid. François renonce à ses ambitions italiennes, consent à rendre la Bourgogne, s'engage à épouser la soeur de l'empereur et accepte d'envoyer ses deux fils en otage à sa place en attendant de remplir ses engagements. Le 6 mars, François Ier traverse la Bidassoa, il est libre.

 Le 22 mars, il dénonce le traité de Madrid signé, dit-il, sous la contrainte. Avec le pape, il entame la septième guerre d'Italie. Et tant pis pour ses deux fils maltraités dans les geôles espagnoles. Ils y resteront quatre ans. Ils en garderont des séquelles psychologiques

 

____________________________________

François 1er et Soliman le magnifique inaugurèrent  même une alliance franco ottomane à partir des années 1530 pour lutter contre les Habsbourg.

 

 

_________________________________

 

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

Retour au sommaire                              Suite

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

 

____________________

 



Posté par hendayehistoire à 15:28 - Commentaires [0] - Permalien [#]
15 avril 2014

1896

lalanne02

 

PIERRE-HENRY DE LALANNE

Fontarabie

SES MONUMENTS - SON HISTOIRE

 1896

PARIS ALBERT SAVINE, EDITEUR 14, Rue des Pyramides et Rue d'Argenteuil ,  

_

PREMIÈRE PARTIE

SOMMAIRE

CHAPITRE I

L'ARRIVÉE. — LA PORTE PRINCIPALE

CHAPITRE II

LA CALLE MAYOR (RUE PRINCIPALE). — CALLE DEL OBISPO (RUE DE L'ÉVÊQUE). — MAISON ETCHEBESTENEA. — HISTOIRE. RETOUR A LA CALLE MAYOR. — MAISON DE LABORDA (ANCIENNE MAISON VENESA). — MAISON IRIARTE. — MAISON DE ARBURUNEA. — LA MAIRIE. - LA MAISON DIEGO BUTRON. — MAISON ZULOAGA DE TORREALTA. — MAISON DE CASADEVANTE. MAISON LADRON DE GUEVARA.

CHAPITRE III

SANCHO ABARCA ET LA MAISON DE GUSTIZ

CHAPITRE IV

CALLE PAMPINOT. — CALLE UBILLA. — CASA DE ARSU

CHAPITRE V

LE  PALAIS DE CHARLES-QUINT

_______________________________________________________________

CHAPITRE VI                  PRECIS D’HISTOIRE

 

DEUXIEME PARTIE

_____________________________

CHAPITRE PREMIER

L'ÉGLISE DE FONTARABIE

CHAPITRE II

HISTOIRE DE L ÉGLISE DE FONTARABIE

CHAPITRE III

SÉPARATION DE L'ÉGLISE DE FONTARABIE

CHAPITRE IV

TRÉSORS ET SOUVENIRS

CHAPITRE V

LES ALENTOURS DE FONTARABIE

_____________________________________________________

APPENDICE

 

 

 

////////////////////////////////////////////////////////////////////

  

 lalanne

lalanne00

   

CHAPITRE I

L'ARRIVÉE. — LA PORTE PRINCIPALE

 

Le voyageur qui, au lieu de poursuivre sa route au delà de la frontière, s'arrête à Hendaye pour traverser la Bidassoa, sur la barque de Joaquin ou de quelque autre pêcheur à la figure cuivrée, se ménage des surprises aussi agréables que grandioses.

A peine sur les flots de la rivière, dont les eaux fécondes se marient tous les jours avec l'Océan, il aperçoit les deux rivales de la frontière coquettement adossées à leurs collines et se mirant avec orgueil sur les eaux de l'une et l'autre rives. L'une, légère et galante, étale ses maisons blanches et neuves le long de la rive droite : l'autre, plus austère, montre sur la gauche, avec la fierté des anciens preux castillans, les cicatrices glorieuses de ses murailles délabrées dans de nobles combats. Ce sont Hendaye et Fontarabie. L'une a plus de grâce; l'autre, plus de noblesse ; l'une éclate et brille au soleil ; l'autre se recueille au contraire et se gaudit intérieurement, car toute sa gloire est dans son âme et dans ses blessures encore béantes : omnis gloria ejus ab intus. C'est le moyen âge avec ses grandeurs, écrasant les glorioles et les fanfreluches éphémères du siècle qui s'en va; c'est la gloire d'avoir su mourir mille fois, en face de la folle joie de vivre.

Regardez les flots qui s'animent sous les rames, laissez-vous bercer par leur cadence harmonieuse, rêvez sous le ciel bleu. Votre poitrine se dilate d'aise et s'ouvre aux douces émanations qui lui viennent de toutes parts, des eaux, de la montagne, de la mer.

Sentez-vous les secousses de la barque qui glisse, tourne et retourne comme une dorade d'un coup de queue? A,coup sûr vous vous croyez déjà dans les flancs d'une baleine, vous en éprouvez les émotions, et la barque n'existe plus pour vous. Vous êtes une de ces sirènes qui autrefois se montraient sur les vagues en furie et souhaitaient bon voyage aux marins attristés. La vie présente, ses soucis, ses amertumes, tout a disparu dans un rêve de chrysalide qui passe d'une vie à l'autre. La coque de Joaquin qui vous enferme encore va bientôt s'ouvrir. Relevez votre tête, sortez de l'onde d'azur. La fée enchanteresse de la nature étend au loin ses doigts magiques, et déroule l'immensité des cieux sur l'Océan. Elle y a semé des montagnes de nuages blancs qui festonnent l'horizon et vous donnent l'illusion des Alpes couvertes de neige. Tout à coup le joli clocher dentelé, ouvré, de Fontarabie, avec ses cloches qui chantent l'Ave, pousse sa pointe dans l'azur du ciel et vous rappelle à la terre : le clocher vous ramène à l'église, l'église a la ville, la ville à la montagne chargée de fermes blanches et de vertes prairies.

« Vous voyez, semble vous dire la cité vaillante, je ne suis pas seulement une ruine pleine de gloire, mais un séjour enchanteur : mes pieds baignent dans la Bidassoa et l'Océan ; mes blessures s'y sont lavées et guéries, et je suis assise sur les flancs du Mont Jaizkibel, fille séparée de la chaîne des Pyrénées, et qui, plantée entre Pasajes et mes terres fécondes, montre au loin ses tours carlistes en ruine, et la chapelle de Notre-Dame. Regardez encore derrière vous, sur les rives de France : Hendaye vous sourit toujours joyeuse; elle aussi a sa belle montagne au dos arrondi. Un peu sur la gauche s'élève la pointe de la Rhûne; à droite, les sommets de San Marcos, les Trois-Couronnes, l'Aya, San-Miguel, toutes les collines verdoyantes et fleuries, comme des jeunes filles, couronnées de jacinthe et de roses, dansent leur ronde devant l'Océan. Tandis que vous les contemplez encore, un léger choc sur le môle vous avertit que la barque a touché bord. Vous êtes à Fontarabie.

- Ici les effondrements des grandes murailles, les trouées des balles ennemies s'accusent davantage.

Vous gravissez une route montante et pierreuse et vous vous trouvez en face de la porte de la ville.

Recueillez-vous, voyageur, car en entrant dans cette enceinte, vous foulez aux pieds la cendre des héros. Sta viator, kerœm calchas. Sur la porte en-plein cintre domine l'écusson de la noble et loyale cité.

On y voit un ange avec une clef, un lion, un navire aux voiles gonflées sur les flots où se débat une baleine prise au harpon, une sirène avec un miroir, et un triton avec une grenade. Sur le milieu un petit écusson où s'élève une. tour surmontée de deux étoiles. La vierge de la Guadeloupe, patronne et protectrice de la ville, est assise sur tous ces attributs de valeur et de noblesse, qu'encadrent douze étendards en faisceau et quelques pièces d'artillerie. Cet écusson rappelle les vertus guerrières et la foi de la noble cité. Fontarabie sut s'en parer durant des siècles. Elle aussi, comme la mère des Gracques, à laquelle on demandait quelles étaient ses richesses, peut nous montrer ses fils avec orgueil : elle en garde le souvenir et les noms qui survivent à toutes ses ruines et qui les rendent glorieuses et immortelles. Ce sont : Diégo Isasi, Leiba, Ascue, Machin Arzu, Gustiz, Sanchez Venesa, Diego Butron, Izkierdo, Egma, Ubilla, Ladron de Guevara, Zuloaga de. Torrealta, Casadevante, Unza, Montaut, etc. Ces noms devraient être inscrits, comme ceux des généraux anciens, autour de l'écusson de la porte, véritable arc de triomphe que le temps leur conserve et semble leur destiner.

 

PORTE PRINCIPALE.

 

lalanne01

 

. En face de ces noms glorieux, je proposerais de graver ceux des capitaines français qui s'illustrèrent autour de ces murailles. La valeur fut grande de part et d'autre, et les grands noms des vainqueurs et des vaincus face à face, se donnent un regain de lustre et de gloire. Rien ne relève la vaillance du vainqueur, comme l'importance et la grandeur de celui qu'il a vaincu. Rien ne rend glorieuse la défaite comme le renom et l'importance du vainqueur. Il est humiliant de succomber sous les coups d'un adversaire sans lustre et sans gloire, mais il est glorieux d'être le vaincu d'un ennemi qui tient le monde dans sa main. Vainqueurs et vaincus se relèvent donc et s'ennoblissent en face l'un de l'autre ; ils s'ajoutent leur valeur réciproquement.C'est pourquoi je voudrais voir les héros français à côté des héros espagnols et basques. Ils ne sont pas, du reste, à dédaigner ; leurs noms sonnent bien dans l'histoire, car ce sont : Condé, le comte d'Agramont, Longueville d'Artois, Chatillon, de Lude Bouibet, le duc d'Épernon et son fils le duc de la Valette, le duc de Saint-Simon, le marquis de Forsa, etc.

 

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

Retour au sommaire                              Suite

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

 

 



Posté par hendayehistoire à 15:09 - Commentaires [0] - Permalien [#]

CHAPITRE II

CHAPITRE II

LA CALLE MAYOR (RUE PRINCIPALE). — CALLE DEL OBISPO (RUE DE L'ÉVÊQUE). — MAISON ETCHEBESTENEA. — HISTOIRE.

RETOUR A LA CALLE MAYOR. — MAISON DE LABORDA (ANCIENNE MAISON VENESA). — MAISON IRIARTE. — MAISON DE ARBURUNEA. — LA MAIRIE. - LA MAISON DIEGO BUTRON. — MAISON ZULOAGA DE TORREALTA. — MAISON DE CASADEVANTE.

MAISON LADRON DE GUEVARA

Cette rue, la plus importante de la ville, est celle qui s'offre au visiteur immédiatement après la porte d'entrée. Elle est originale, emplie de surprises et de souvenirs. L'art et la poésie y peuvent concevoir de grandes et belles choses. Les maisons qui grimpent deux à deux vers l'église, sont garnies de magnifiques balcons en fer forgé les uns plus audacieux que les autres : c'est à qui s'élancera plus avant dans la rue pour voir plus loin et entendre la sérénade. Les avant-toits les protègent contre la pluie et le soleil trop ardent du mois d'août : ils imitent les balcons, prennent la rue, et la voûtent d'une série de toitures dont les boiseries rivalisent de distinction et de ravissantes sculptures. A l'ombre de ces boiseries, des éclats de voix s'échangent, les conversations se tiennent, des yeux noirs vous envoient leurs rayons étonnés, et les lutines figures d'enfants vous sourient avec un geste de la main. Adios! adios!

N'allez pas plus loin, jetez un coup d'œil d'ensemble sur la Calle Mayor, que nous allons parcourir et étudier dans un instant, et prenez la première ruelle qui s'offre à droite. Le passage en est fort étroit; prenez garde qu'un muletier, son sceptre à la main, ne vienne à votre rencontre, car encore que vous vous réduisiez de votre mieux le long du mur, la mule vous donnera du bât, de la queue et peut-être. du reste.

Vous voilà en face d'une maison qui a vu dix siècles de luttes et de combats. Sa structure, ses murs que le temps a noircis, ces mille détails qui sont comme les rides des siècles sur le front des édifices anciens accusent son grand âge et ses nombreuses souffrances.

C'est la maison Etchebestenea. Un grand écusson noir flanqué sur l'arête du mur de façade témoigne de sa noblesse. Ce vieux palais au front de bronze, impavide et tout uni, a son escalier de pierre en dehors comme les demeures et les fermes primitives, afin, sans doute, que le voyageur y puisse secouer les sordidités de sa course. Ses croisées sont ogivales, petites et étroites comme celles d'un couvent moyen âge. Il n'en a pas du côté de la France. Il en a reçu tant de poudre, de balles, de coups de mousquet et d'arquebuse qu'il semble bouder de ce côté, et ne réserver ses ouvertures, ses regards et son attention que pour la ville et l'église. Si vous êtes un peintre, un artiste quelconque, vous allez tressaillir de joie, car la vieille maison Etchebestenea est fort curieuse et originale dans sa bouderie. Elle est antérieure à toutes celles que vous verrez : elle fut, avec la maison Torre-Venesa, la première sentinelle de la ville.

Flanquée d'une tour que les canons ennemis ont fait choir, elle dominait la plaine de Bidassoa. Le coin de la ville où elle se recoquille est appelé la rue del Obispo (rue de l'Évêque). Un évêque célèbre y naquit, en effet, et il n'en faut pas perdre le souvenir.

Il se nommait Cristoval Roxas y Sandoval, fils de Bernardo de Roxas y Sandoval, marquis de Dénia, et de Dominga de Alzega. Il vint au monde le 24 juillet 1502, probablement dans la vieille maison que voilà : l'écusson qu'elle porte semble revendiquer cet honneur, car le chaudron sur le feu, l'arbre aux branches duquel il est pendu et la tour sont de la famille Alzega (1), mère de l'illustre archevêque de Séville.

Il fut d'abord évêque d'Oviédo, puis de Badajoz, puis de Cordoue, puis archevêque de Séville. Pendant qu'il était encore évêque d'Oviédo, il vint visiter sa mère à Fontarabie en se rendant au concile de

(i) Lope Isasti, Compendio Historial, lib. III, cap. ii, n" 1, p. 321.

Trente, 'en 1552 (1). On lui fit les plus grands honneurs. Il présida plus tard, le 8 septembre 1565, le concile de Tolède, étant lui-même évêque de Cordoue (2). Enfin il fut promu à l'archevêché de Séville en 1571 et mourut à Cigales, le dimanche 22 septembre 1580, à l'âge de 78 ans, plein de jours et d'oeuvres de bienfaisance. Son corps repose en l'église Saint-Pierre-de-Lerme (3). Sa mémoire est en bénédiction parmi les peuples qu'il a évangélisés et une suave odeur de sainteté s'exhale de sa tombe de Lerme (4-5).

Le docteur Martin Carrillo, professeur de l'Université de Saragosse, lui attribue un miracle d'importance : en voici la charmante légende.

Sa débonnaireté et son amour du prochain lui avaient fait une âme oublieuse d'elle-même et qui ne regardait pas à la main. N'ayant d'yeux qu'à l'étendue de l'infortune et pas du tout à celle de ses propres ressources, il se mit maintes fois en grand embarras avec son intérieur. Un jour donc qu'il avait épuisé toutes les industries de sa philanthropie apostolique, mis à sec toutes les caisses de son diocèse et de ses fidèles, se trouvant en complète détresse, il se rendit

(1) Lope Isasti., Compendio Historial, lib. III, cap. ii, no 1, p. 321.

(2) Somme des Conciles, édition Firmin Didot, 1764, p. 470.

(3) Historia de Cristoval Roxas y Sandoval, par Fray Prudencio de Sandoval, obispo de Pamplona.

(4) Garibai, 1, épître dédicatoire.

(5) Esplicacion de la Bula de Difuntos, 2 p. c., 16 fot., 147.

à l'église de Lovanie et alla s'agenouiller en grande ferveur dans le coin le plus reculé de la chapelle des Ames du Purgatoire, auxquelles il était fort dévot.

Plus d'une d'entre elles qui en auraient eu encore pour longtemps dans la vallée de l'Expiation, lui devaient d'en être sorties plus tôt, d'avoir vu accourcir la durée de leur peine et de leur captivité ; plus d'une chantaient là-haut au sein des chérubins vermeils, qui auraient dû gémir encore parmi les anges noirs de la pénitence, grâce au bienfait --de ses aumônes et de ses nombreuses indulgences. Au sein de la chapelle mystique, les lueurs empourprées du crépuscule animaient les vitraux où les âmes élevaient leurs bras suppliants vers le ciel où les flammes de la justice léchaient leurs membres nus et les mordaient, tandis que le sang du Christ coulait dessus, en adoucissait les ardeurs et les morsures. Le silence était profond sous les arcades de l'église; tout était recueilli, idoine à la méditation. Le soleil seul se jouait parmi les diptiques de l'autel sur lequel il promenait les images et les nuances infinies qu'il revêtait au passage du prisme aux mille couleurs. Et dans ce jeu de lumière s'ébattaient des milliers de valses microscopiques, semblables à des êtres mystérieux qui boivent les rayons du soleil et en vivent. Le saint archevêque en était entouré, illuminé comme d'un nimbe d'or piqué de diamants. L'auréole des élus semblait couronner son front ; et, plongé dans l'oraison, il ne voyait plus rien de la terre, rien de ce qui l'entourait : il ne sentait plus la pesanteur de son corps, il ne lui était pas un obstacle aux élans et aux bonds de l'âme dans l'au delà. Nouveau Dante, il avait franchi le seuil de la vie terrestre, traversé le fleuve noir de la mort, il avait abordé sur cette rive douloureuse mais pleine d'espérance et de douce certitude, qui est le vestibule de la gloire et de la paix. Et comme il cheminait dans les sentiers des pleurs expiatoires, il fut arrêté par un des suppliants qui mettait plus d'insistance dans sa prière, et il lui tint à peu près ce langage : « J'ai déjà beaucoup fait pour toi, âme chère que j'ai connue durant mon pèlerinage terrestre, c'est à toi de me le rendre. Vois dans quel embarras je me suis mis pour te soulager, j'ai complètement épuisé mes ressources. On me reproche l'abondance, ou mieux, l'incontinence de mes aumônes, et cependant mes pauvres vont périr faute de quoi, si tu ne me viens en aide. — Mais comment te puis-je secourir, si mes mains sont liées? répondit la suppliante. — Je vais encore prier pour toi, afin que tes chaînes tombent et que tu ailles trouver mon seigneur Dieu et que tu fasses valoir auprès de lui ce que j'ai fait pour augmenter sa cour. » Ainsi parla le saint archevêque, et joignant la promesse et l'action, il se mit en prière. Il n'avait pas achevé son oraison qu'un cri d'allégresse et de reconnaissance fit retentir la vallée de la douleur; l'âme suppliante était ange devenue, et, battant de l'aile au sein d'un océan de gloire, il payait sa dette à son bienfaiteur.

Lorsque, après deux heures de profonde méditation et d'oubli de la terre, le saint archevêque revint à lui, l'obscurité discrète du saint lieu avait succédé aux clartés radieuses du crépuscule, et, à la lueur vacillante de la lampe du sanctuaire, il s'aperçut que des trésors de richesse chargeaient ses mains et encombraient ses genoux.

Je vous ai peut-être retenu trop longtemps, amis lecteurs, dans une rue qui n'a rien d'épiscopal, si ce n'est son indigente et triste apparence; c'est la jolie légende qui m'a séduit qui en est la cause. Pour vous en faire oublier le souvenir je me hâte de vous ramener aux splendeurs de la calle-mayor (1). Au sortir de la ruelle, d'où j'ai pu vous tirer, je crois, sans encombre, encore qu'il faille bien garder ses pieds et sa tête, nous nous trouvons en face d'un magasin fort achalandé qui porte le n° 30.

C'est actuellement la maison des de Laborda, famille ancienne aussi, car j'en ai trouvé les traces au delà du quinzième siècle. Un Miguel de Laborda bachelier fut un ecclésiastique de valeur et de distinction. Il dirigea longtemps le collège de Huesca (l).

Juan et José de Laborda se sont illustrés par leur vaillance dans les armées de terre et de mer. C'est à la suite d'une action d'éclat dans la journée mémo-

(i) Calle Mayor, grand'rue ; Calle, rue'; Mayor, principale.

(2) Lope de Isasti, Compentlio Historial, lib. IV, cap. i, n° 98, page 464.

rable de San-Miguel que Pepe de Laborda, comme on l'appelait dans le peuple, avait reçu en 1558 ses titres de noblesse (1). En 1625, les de Laborda habitaient, sur la hauteur de la Grâce, leur maison de famille.

Ils avaient dans leurs armes un griffon sur fond de gueules (2). Aujourd'hui les de Laborda s'imposent à la reconnaissance du peuple par leurs bienfaits, et le généreux accueil dont ils sont prodigues à l'égard de tous indistinctement. Je ne dis pas ceci dans un sentiment de satisfaction personnelle; ma personne est de fort peu de mise sur une terre hospitalière où je ne fais que passer comme une ombre fragile de ce que l'on appelle les rencontree de la vie. 'L'ancien maire Félix de Laborda est mort à la peine. Il ne rêvait que bienfaits de toute nature à répandre dans sa bonne ville de Fontarabie. Veiller à l'entretien des rues, faire des routes afin de rendre les excursions autour de la ville faciles et agréables, semer çà et là des promenades peuplées d'arbres feuillus, protéger le faible et l'indigent, ce fut l'occupation de sa belle carrière. Il cherchait sans cesse, à l'époque surtout où la mer par ses furies et ses bonds rend ses flots impraticables, de nouvelles occasions d'obliger les malheureux pêcheurs condamnés par les tempêtes au chômage et partant à la mi- sère. Aussi son nom est en honneur sur toutes les lèvres.

 

(1) Juan de Laborda, capitaine remarquable aussi, a donné son nom à une rue; il était originaire de Lezo. Lope Isasti, Compendio Historial, lib. IV, cap. v, n° 17, p. 486.

(2) Aitzenjaiyoak aitzera nahi.

CALLE  PAMPINOT.

lalanne03

Ses frères, qui lui ont succédé dans sa charge et ses bienfaits, se disputent son héritage de labeur et de dévouement. Ils conservent et confirment, par actes dignes d'elle, les traditions anciennes de leur famille. Bien qu'ils soient encore à la peine, ils en ont déjà l'honneur à cause de l'ombre chère et sacrée du frère disparu qui préside à leurs actes. L'Amérique les avait tentés quelques jours, mais elle ne put les retenir longtemps : le Basque, comme il le dit lui même, de si loin qu'il soit, aspire toujours à retourner au foyer qui l'a vu naître. Celui qui est né sous le chêne veut y mourir.

La maison que vous voyez maintenant est moderne ; elle n'a d'autre caractère que celui qu'elle emprunte à ses hôtes et à l'emplacement presque royal qu'elle occupe. Elle a été bâtie, en effet, par le père des de Laborda, il y a environ quarante-cinq ans, sur les ruines de la célèbre maison des Venesa, rivale de celle que nous venons de voir et de contempler.

Le château Venesa! ce nom évoque mille souvenirs de grandeur. C'est là que naquit Pérot Sanz Venesa, prévôt perpétuel de la ville; Domenjon de Venesa, grand de la cour et ami d'Enrique IV, roi d'Espagne, Perot Sanz de Venesa, conseiller du roi Ferdinand et de la reine Isabelle, sa femme ; Juan Sanchez de Venesa, prévôt perpétuel du roi et commandant de la place de Fontarrabie ; Miguel Sanchez de Veneza, capitaine qui, au siège de 1521, fit une sortie mémorable pour rejoindre Charles-Quint à Burgos ; Perot Sanz de Venesa, capitaine général des armées de terre et de mer; Miguel Sanz de Veneza qui, quoique jeune étudiant, se battit à Saint-Jean-de-Luz et en fit l'incendie et le pillage en 1558 ; Miguel Sanz de Venesa, officier d'infanterie qui s'illustra en enlevant un drapeau ennemi à la journée mémorable de San-Miguel, 1582; Miguel Sanz de Veneza et Esquivel qui commandait l'escadre du Guipuzcoa (1). De toutes ces gloires et de tous ces noms illustres, il ne reste plus rien, pas même les murs en ruines et les fondements de la tour où tous les rois catholiques s'étaient succédé, où Henri III d'Espagne avait séjourné longtemps, où Henri IV, son successeur, et Louis XI s'étaient donné rendez-vous pour trancher leur différend avec le roi-d'Aragon, le mois d'avril 1463 (2).

Un tombeau à l'église, à gauche, sous une Vierge enfermée dans une niche vitrée, enserre toutes ces gloires. C'est le tombeau des Venesa. Leurs armes mêmes ont disparu : un chien levrier d'argent en sautoir disait à la postérité la grâce aimable, la droiture, l'amour de la justice et la vaillance de la noble lignée; plus rien qu'une tombe, et la famille de Laborda dont le nom fut allié par les femmes à celle de

(1) Isasti, Compendio Historial, lib. IV, cap. i, n.0 47! — Mariana, Historia de Espana, tome III, p. 42.

(2) Isasti, Compendio Historial, Diccionario historial. Pablo Gorosabel, p. 181.

Venesa, car Domenja de Laborda fut femme de Juan de Esquivel, capitaine général, et belle-sœur de Miguel Sanz de Venesa y Esquivel (1). Passons.

- La maison Iriarte. — Nous avons ici l'écusson primitif des Iriarte. Le damier en long qui sépare les deux quartiers appartient à la vallée de Bastan en Navarre. Or, Sanche Iriarte, le premier en nom qui a percé dans l'histoire était un Navarrais de forte trempe. Il avait suivi et secondé de sa valeur Ferdinand III à la victoire et à la prise de Baeza. Il fut l'un des plus vaillants capitaines du saint-roi, dans les grands combats qu'il livra aux infidèles maures qui occupaient l'Andalousie.

C'est pour ce motif qu'il reçut, des mains aussi augustes que vaillantes et justes, ses titres de noblesse.

Plus tard un de ses descendants, Martin Iriarte, vint à Fontarrabie s'y établit et y fit souche. La valeur et le bon renom de ses ancêtres lui en ouvrirent incontinent les portes. Il y fut reçu, comme noble et chevalier n'ayant aucune tare, aucun mélange de race -- nègre, bohémienne, ni aucun dans sa lignée qui eut mérité les rigueurs de la sainte Inquisition. La preuve en avait été faite dans les formes requises.

Par les unions successives de ses enfants, les armes se modifièrent ; c'est pourquoi l'armoriai d'Espagne porte maintenant un chêne vert avec deux loups aux gueules sanglantes au pied.

 

(1) Certificacion dada por Don Juan Alfonso de Guerra.

Chronista mayor y rey de armas de Felipe V, rey de las Espafias, 1° junio 1744.

Parmi les alliances de marque contractées par les descendants d'Iriarte, il faut compter celle avec les Arinez de Béthencourt, car Jean de Béthencourt, gentilhomme normand, fut un conquérant et un roi, ni plus ni moins. Jeune encore et se pouvant donner une vie de plaisir et de repos, le sire de Béthencourt et de Grainville-la-Teinturière au pays de Caux, en quête de valeureuses aventures, fit ses offres de services au roi de France pour aller, à ses propres frais, à la découverte des îles nouvelles dans la mer océanique. Sur le refus du roi de France, qui se rit de sa jeunesse et de son audace et le tint quelque peu pour timbré, il vendit une partie de ses vastes domaines, hypothéqua le reste et, ainsi lesté, vint trouver le roi d'Espagne Henri III, lui fit part de ses desseins et de sa déconvenue avec le roi de France. C'était l'an 1401.

Henri III accueillit avec bienveillance et empressement les offres du courageux gentilhomme. Il était écrit dans le livre des nations que la France serait toujours défiante de la valeur de ses enfants, et que l'Espagne, plus accueillante, plus généreuse, saurait en profiter, et qu'ainsi son hospitalité grande et noble recevrait la récompense méritée de nouvelles conquêtes. Grâce à l'appui d'Henri III, le jeune Jean de Béthencourt partit sur la mer, découvrit les Canaries et en conquit quelques-unes en juillet 1402.

Manquant de ressources pour achever sa conquête, il revint tout glorieux trouver le roi d'Espagne. Celuici le combla d'honneurs, lui confia de nouveaux navires de guerre, chargés de vivres et d'hommes résolus, avec la souveraineté sur les îles conquises.

De retour aux îles Canaries, le gentilhomme français s'empara de toutes les terres encore libres autour de l'île principale, prit le titre de roi, et fut appelé le grand. La reine Catherine, veuve d'Henri III, le confirma dans ses honneurs et ses attributs royaux. Le pape Martin lui envoya un religieux, comme évêque de ces nouvelles régions, avec mission de les évangéliser. Les peuplades de ces îles, quoique barbares, avaient des mœurs douces. Ils adoraient la nature, avaient horreur du sang répandu. Leurs prêtres, véritables vestales appelés Magade, recevaient les honneurs divins. Ils embaumaient les cadavres de parfums, de fleurs et de substances aromatiques. Ils voulaient au moins conserver les restes de ceux qu'ils avaient aimés, ne pouvant leur rendre la vie.

Ils leur chantaient des vers, les conviant à l'immortalité, car ils aimaient la poésie et la musique.

L'Évangile trouva son développement naturel dans des cœurs ainsi préparés, et Jean de Béthencourt, de gentilhomme, devint roi, à l'âge où tant d'autres ont à peine le souci d'être eux-mêmes, de soutenir leur nom et leur rang. Sa mort fut pleurée et chantée de tous les insulaires, comme celle d'un bienfaiteur et d'un ami. Et ses successeurs, par leur tyrannie, ne firent qu'accroître les regrets qu'il avait laissés sur sa tombe, baluez, voyageur : le sang du vaillant gentilhomme français survit encore à toutes les ruines dont vous êtes le témoin (1).

La maison Zabaleta et Arburunea porte les armes de la famille de Lesaca, dont l'un des fils, Salvador de Lesaca, -fut capitaine général aux Philippines ; l'autre, Agustin, s'illustra, comme capitaine au Chili.

L'origine de cette famille est Lesaca en Navarre.

Au milieu de la rue se trouve la mairie surmontée des armes de la ville ; elle date de la fin du XVIIe siècle et du commencement du XVIIIe; commencée le 14 juin 1677, elle fut achevée en 1740.

C'est devant cette mairie et sous ses arcades que, les dimanches et les fêtes, le peuple danse au son du flageolet de  bois et de deux tambourins. La musique en est monotone, mais l'allégresse et la grâce des élégantes danseuses y suppléent. Toute la rue est em plie des voltes, des allées et venues, des saluts et des courbes de la sauterie populaire. Les doigts claquent en castagnettes, à chaque mouvement des bras, et c'est une joie qui déborde dans tous les rangs et sur tous les balcons. A voir ce peuple qui s'amuse si simplement et se contente de cette innocente sauterie, on se dit à part soi : Oh! que voilà des gens heureux !

(1) Pascual Madoz. L'Espagne et ses Possessions d'outre-mer, tome Y, page 409. Madrid, 1846.

Hier encore c'était l'élection de l'alcade, et il fallait voir de quel respect joyeux et satisfait on l'acclamait. Dès le matin le flageolet et les deux tambourins ont été le prendre chez lui pour le conduire jusqu'à la porte de l'église. Là, parmi la foule accourue pour le féliciter, au milieu des autres membres de l'ayuntamiento, le maire dont les pouvoirs expirent, lui a remis la bara, la baguette du commandement, selon les règles de l'ancien for ou fueros. Les saluts étant échangés dans la transmission des pouvoirs, la musique rustique, suivie du cortège de l'ayuntamiento et du nouvel alcade, est descendue en procession le long de la rue que nous parcourons, puis, arrivée devant la porte, elle a tourné à droite sur le magnifique plateau que forment les vieilles murailles en face du mont

Jaizkibel. La foule est immense : les murailles ourlées de verdure et de mousse, habillées d'adiantes, de violiers et de lierre, sont couronnées d'une multitude joyeuse et endimanchée. Que va-t-il se passer? Riez, ô vous sceptiques, qui n'avez pas les nobles aspirations, les douces et candides hantises de la foi, qui ne voyez dans la transmission de l'autorité que la transmission d'une force, et non une émanation de la puissance divine, riez ou plutôt admirez dans un peuple noble et vigoureux les belles choses que nous avons perdues, car l'autorité séparée de Dieu est une tyrannie, et partant un joug qu'on méprise et qu'on rejette. Sur le mont Jaizkibel se trouve là chapelle de Notre-Dame-de-la-Guadeloupe, de Notre-Dame qui a si souvent sauvé sa bonne ville de Fontarabie. Le nouvel alcade, avant de prendre possession de sa magistrature, vient la saluer. Il se découvre noblement, la foule entière suit son exemple ; le flageolet rustique et les tambourins se taisent ; et sur le silence de tout ce peuple assemblé, il s'écrie d'une voix émue : Salve, Regina. Et la multitude, sur ces mêmes murailles dont Saint-Simon et Condé avaient fait l'assaut, salue la Vierge en chantant : Salve, Regina! Puis la procession du nouvel alcade et de l'ayuntamiento revient à l'église dans le même ordre pour y entendre la messe.

N'admirez-vous pas la grandeur de ces coutumes anciennes qui relevaient sans cesse l'autorité, en faisaient quelque chose d'auguste, de divin, en la rapprochant de la divinité dont elle découle? Cette baguette reçue devant l'église ne disait-elle pas que la magistrature qu'elle représentait venait du Dieu de toutes les justices et qu'elle requérait la droiture et l'équité dans celui qui la prenait. Cette procession civile à la Vierge, cette action de grâce sur les murailles emblèmes de la force et de la grandeur, n'enseignaient-elles pas que le pouvoir doit être toujours revêtu de mansuétude, que la bonté en doit adoucir les commandements et les rigueurs? Jamais, pour ma part, je n'ai si bien senti tout ce que la foi dans l'au-delà, met de grandeur, de force et de douceur, dans l'autorité qu'elle tempère et moralise. Ces vieux et farouches remparts qui rappellent tant d'héroïques combats, ce plateau dominant la plaine et la mer, cette multitude suppliante qui se presse, cet ayuntamiento, cet alcade, qui s'inclinent et s'humilient devant la fille d'Israël assise là-bas sur le flanc de la montagne, tout ce spectacle d'un siècle de foi, jeté en défi sur la frontière française, terre autrefois franche de toute oppression, et aujourd'hui subjuguée, desséchée par le scepticisme, m'a mis dans l'âme un sentiment qui ne se peut définir et y a gravé d'impérissables souvenirs. C'est un retour vers les temps heureux des légendes et de la poésie, au milieu de l'affaissement et de l'indifférence qui ravagent notre civilisation décrépite, qui, suivant l'expression de Joseph de Maistre, s'achemine par ses raffinements et ses inventions meurtrières, vers la dernière barbarie. J'ai été ému jusqu'aux profondeurs de l'âme ; l'étincelle vive qui couve au cœur de tout homme et attend son heure, a jailli sous ce coup et j'ai chanté avec le peuple : Salve, Reqina !.

Voyez-vous, en face de la mairie, cette vieille maison à l'allure originale et dont les balcons sont soutenus par des socles en pyramides renversées? C'est la maison du plus grand héros de la ville, de l'alcade qui la gouvernait durant le siège de 1638, la maison du grand don Diego Butron.

 

Après 64 jours d'un siège horrible et plus de vingt assauts repoussés, la ville allait se rendre. Déjà le conseil de guerre réuni avait déclaré que Fontarrabie n'en pouvait plus, que les remparts étaient ouverts, que, les fossés franchis, l'ennemi demeurait maître de toutes les issues, que la défense elle même était réduite à quelques hommes désarmés puisqu'ils n'avaient ni balles, ni de plomb pour en faire (1). A cette déclaration, don Diego Butron s'écria de l'accent le plus indigné : « Je sais très bien où en est la défense et quelles sont nos ressources. Le plomb ne manque pas autant que le courage, et manquerait-il, nous le pouvons remplacer par l'argent dont nous ferons des balles. J'en ai quinze cents livres dans ma maison, on le peut prendre et le fondre. Quand la valeur existe dans l'âme, les moyens de la montrer ne font jamais défaut. Que toutes nos richesses passent en balles meurtrières à l'ennemi ; ainsi, quand il entrera chez nous pour le pillage, sa cupidité déçue trouvera nos trésors épuisés, mais non la valeur. Que quelqu'un de vous ose parler encore de rendre la ville et je le perce démon - poignard » (2).

Condé ayant appris la courageuse résolution de l'héroïque alcade, fit cependant une dernière tentative pour l'amener à une entente. Il lui manda par un tambour ces quelques mots : « Réfléchissez bien à votre situation personnelle : vous n'avez qu'une fille ; elle est l'unique espérance de vos vieux jours

(1) Archives de Fontarabie, année 1638.

(2) Archives de Fontarabie, 1638.

CALLE MAYOR.

lalanne04

et de votre foyer ; la prise violente de la place l'exposera aux derniers outrages d'une soldatesque furieuse et se livrant aux représailles les plus cruelles (1).

Je m'étonne, dit don Diego Butron au jeune tambour de Condé, que ton maître ait une confiance si présomptueuse en ses armes. Dis-lui donc que celui qui ne se laisse pas mouvoir par la perspective ou la menace des malheurs publics, ne saurait être touché, moins encore réduit par la crainte de ses maux domestiques; j'ai un bras et une épée à la ceinture pour défendre mon foyer et l'honneur de ma maison (2) ».

Entraînés par l'exemple du vaillant alcade, tous les autres citoyens de la ville portèrent l'or et l'argent qu'ils avaient chez eux, dans un réduit de la rue aujourd'hui appelée calle de la Plaieria, rue de l'Argenterie, où un creuset avait été préparé pour la fonte des métaux précieux. Les femmes y jetèrent leurs bracelets, leurs anneaux, tout ce qu'elles avaient de joyaux. Ainsi dépouillées de leurs biens et de leurs richesses, elles se portèrent en foule sur les remparts, et se livrèrent aux derniers excès sur les assaillants. Les chaudières d'huile bouillante, les coutelas de cuisine, tous les ustensiles de ménage leur servaient d'armes défensives, et elles en usaient dextrement. Pour animer davantage leur ardeur, elles avaient porté avec elles sur les murailles la Vierge

(1) Archives de Fontarabie, 1638.

(2) Archives de Fontarabie, 1638.

de la Guadeloupe qui présidait au combat. Sa vue leur donnait à tous et à toutes un regain de courage. Elle fut généralissime, pour la défense de la ville en ces heures désespérées où toute tentative humaine paraissait inutile. On n'interrogeait que ses regards.

On n'implorait en bataillant de mains vigoureuses que son secours. Sous son commandement tout marcha de si ferme allure et d'un si grand courage, que, pour le jour de sa fête du 8 septembre qui arrivait le lendemain, elle refoula les troupes françaises sur les montagnes, et les força à demander paix et quartier à ses vaillantes héroïnes. Aussitôt on la couvrit d'acclamations et de couronnes. « Vive notre Vierge ! vive Notre-Dame! vive notre Reine! » On la chanta; on la promena dans toutes les rues de la ville, avec des transports inouis ; on la porta devant Condé qu'elle avait vaincu afin qu'elle présidât aux conditions de paix comme elle avait présidé au combat et à la victoire. Et l'une des premières clauses du traité imposé au général français fut que le sanctuaire de la Vierge victorieuse, démoli dans la bataille, serait restauré et embelli à ses frais. Condé, en galant chevalier de Notre-Dame, plus flatté de sa défaite qu'il n'eût été de son triomphe, à cause de l'honneur qui en revenait à l'auguste généralissime, ne se le fit pas dire deux fois : il donna incontinent et largement, pour qu'on célébrât dans la pompe qu'elle méritait, la glorieuse intervention de sa très haute et très puissante rivale.

Deux maisons portent les écussons de la famille Zuloaga de Torrealta, dont la comtesse de Llobregat est l'unique descendance. Elle a donné des hommes de valeur et de gloire à la patrie et à l'Église. Un Pedro Zuloaga fut bachelier, archiprêtre de la paroisse et commissaire du Saint-Office en 1604, comme en témoignent les comptes de la paroisse laissés aux archives de la ville (1), et l'histoire de don Lope Isasti (2).

Un autre Zuloaga est une des gloires de l'Espagne. Il conquit par sa valeur le titre de comte de Torrealta dans la défense de Guaira et de Puerto-Cabello en 1740 (3). Les Zuloaga sont originaires de la Navarre, c'est pourquoi ils ont dans leurs armes un damier; l'arbre et le sanglier percé au pied, sont des Zuloaga d'Oyarzun (4)

Nous voici devant une maison fort ancienne aussi et à la résonnance glorieuse, comme semblent le dire les trois lions et les trois demi-cloches de ses armes. La guerre n'a laissé subsister que les murs de la noble demeure des Casadevante avec son avant-toit sculpté et sa porte aux clous anciens. Elle fut appelée longtemps, dans la langue du pays, Aurreko-echea, qu'on

(1) Relation de cargo y descargo del dinero que hemos recibido nos Pedro Zuloaga. Archives de la ville, 1604.

(2) De Isasti, Hitloria de Guipuzcoa, lib. IV, cap. II, n° 98, p. 464.

(3) Miguel Rodriguez Ferrer. Illustracion Espanola, n° vi, 94.

(4) Lope de Isasti, Compendio Hiatorial, lib. 1, cap. xi, no 14.

traduit en espagnol Casadevante (1). Juan de Casadevante fut le premier de son nom qui s'illustra et s'ennoblit comme capitaine d'infanterie espagnole, Miguel de Casadevante fut homme généreux et de grande valeur qui s'était fait remarquer à côté de Diego Butron et Izquierdo Eguia. De tous les palais qui existaient avant le siège, celui de Casadevante que vous avez sous les yeux fut le seul épargné. La forteresse de Charles-Quint était inhabitable. Ce que voyant, don Miguel de Casadevante offrit sa maison ; c'est dans son enceinte que se réunirent tous les héros du siège. Généraux, capitaines, - gouverneur, alcade, chevaliers et nobles assemblés, célébrèrent en chœur la victoire entre ces murs aujourd'hui silencieux et abandonnés (2). Voyez-vous à droite du palais une petite pharmacie fort achalandée, avec de charmants enfants à l'allure distinguée, qui vous regardent avec surprise ? Ce sont les descendants de la noble lignée des Casadevante.

Enfin, presque en face de l'église se trouve l'écusson des Ladron de Guevara. Nom illustre encore quoique précédé d'un qualificatif injurieux qui ne se supporterait point devant un autre nom que celui de Guevara, car ladron en espagnol signifie voleur. On n'a pas accoutumé, pour ennoblir et illustrer un nom, d'y ajouter un terme qui en langage courant est une  injure

(1) Lope de Isasti, Compendio Historial, lib. IV, cap. i, n° 91

- (2) O'Reilly, Sitio de Fuentetrabia, p. 291.

 J'ai voulu savoir d'où venait à une famille noble un titre aussi étrange et pourquoi on a appelé les de Guevara ladron, voleur, et j'ai découvert que ce nom convenait à cette noblesse, qui n'est issue que d'un noble vol, d'un vol royal et courageux.

C'est pour ce motif que l'écusson lui-même en est fier et dit à la postérité : « A que buen ladron. Ah ! quel bon voleur! »

Aventure de  la naissance du roi

image1Petite

Íñigo Arista
(vers 771 – 851)

824

851

Premier roi de Pampelune connu. Fils d'Íñigo Ximenes Arista (mort en 781).

 

García (Ier) Íñiguez
(810 – 882)

851

882

Fils d'Íñigo Arista et d'Oneca Velázquez. García Jiménez a peut-être régné conjointement avec lui.

 

Comme le roi de Navarre Garcia Iniguez, qui habitait en ce moment la vallée d'Aybar, se promenait dans ses terres avec sa femme en grossesse avancée, il s'avantura par mégarde aux environs de Lombier, frontière du pays occupé par les Maures, et fut surpris par leurs troupes, et mis à mort.

Son épouse, la reine de Navarre, dona Urraca, tomba près de lui sans vie et le ventre ouvert par une lance. Aux cris déchirants qu'elle poussait, les gens d'alentour accoururent, mirent en fuite la bande de brigands qui s'acharnaient après elle

L'un des officiers de la cour venu à son secours se fit remarquer par son énergie à disperser les barbares, puis il revint à la reine qui réclamait des soins immédiats, laissant à d'autres l'honneur de la venger. Il la trouva étendue mourante auprès de de son royal mari.

Tandis qu'il s'apprêtait à la relever, il aperçut une main d'enfant qui sortait et s'agitait à travers la plaie que la lance du soldat maure lui avait faite.

 Incontinent il prit la petite main, la tira doucement, et eut bientôt sur ses bias le fils de l'infortuné Garcia-Iniguez. Il l'enveloppa avec mille précautions dans son manteau, l'emporta chez lui, le nourrit quelques jours.

 Il avait ainsi conservé à la Navarre son roi et le meilleur de tous.

 Cet officier, qui avait ainsi arraché du sein de sa mère le jeune roi, s'appelait Fortuno de Guevera ; l'enfant devint plus tard Sancho Abarca.

 Devenu roi, il appelait son bienfaiteur son père, et lui disait souvent par manière plaisante : « Bon voleur, tu m'as ravi à la mort qui me tenait, tu seras désormais Fortuno Ladron de Guevera; je fais d'un voleur le premier noble de mon royaume ». Ceci se passait en l'année 891. (1) En 1763 Francisco Ladron de Guevara, l'un des descendants de l'illustre et noble voleur, fut alcade de la ville de Fontarabie et majordome de l'église paroissiale (2).

(1) Mediua, lib. Il, cap. 159. — Zurita. — Fernandez Perez, Historia de la Iglesia y Obispos de Pamplona, tomo I, lib. I, cap. XXXVIII, pages 47-48. - Rode", Tolet. de rébus in Hispania gestis, lib. V, cap. XXII. — Masdeu, Espaiia arabica, lib. I, n° 124.

— Lope de Isasti, Historia de Gllipuzcoa, lib. I, cap. xi, 47.

(2) Chron. Albed. continuatio, n* 87. Chron. Silens. cont, no 74.

 

 

________________________________________

 

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

Retour au sommaire                           Suite

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

 

__________________



Posté par hendayehistoire à 15:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]

CHAPITRE III

CHAPITRE III

SANCHO ABARCA ET LA MAISON DE GUSTIZ

Ou le Roi, la bergère et le vieil homme

Le jeune Moïse de la Navarre sauvé de la fureur des Maures passa son enfance entre les mains de Fortuno de Guevara qui le combla de son affection et de ses soins paternels. Dès l'âge le plus tendre, il annonça les meilleures dispositions pour le bien et la justice. D'une intelligence rare, élevée, d'une foi vive, d'un cœur ouvert aux infortunes de la terre et aux souffrances des malheureux, d'une oreille attentive à leurs plaintes (1), il fut couronné roi à l'âge de quatorze ans,  en 905 (2).

Sanche Ier Garcés

905

925

Fils de García Jiménez et de sa deuxième femme, Dadildis de Pallars.

 Il avait une nature gaie, encline au bien, prompte à la riposte : son commerce était facile et doux. Pendant son adolescence, il partait dès l'aube avec de jeunes Basques de son âge pour chasser, et ne dédaignait pas de chanter au milieu

(i) Chron. Burg., n° 943. — Roder. Tolet. lib. V, cap. XXII.

(2) Masdeu, id., lib. I, n" 125.

d'eux, dans la langue des vieux Cantabres, les anciennes chansons eskuariennes de la Navarre; mais dès qu'il reçut la couronne des mains de l'évêque de Pampelune, donXimeno, les occupations de lacharge royale absorbèrent sa grande intelligence et sa belle âme. Le fier roi des Eskualdunaks avait bien les énergies et les nobles élans de sa race. A peine en possession du commandement suprême, il n'eut d'autre pensée que celle de venger le nom chrétien sans cesse opprimé par les infidèles. Son enfance avait été bercée au souvenir de la mort terrible de son père et de sa mère, de sa merveilleuse et tragique naissance.

Sa mémoire en était remplie, et cette perpétuelle hantise d'un drame sanglant dont avaient été victimes les auteurs de ses jours l'enflammait de colère.

 Les charmes de la jeune Theuda, princesse de sang royal qu'il avait épousée, ne purent étouffer les nobles ressentiments qui couvaient en son cœur. Malgré l'ardeur de son amour, il échappa promptement de ses douces étreintes pour aller guerroyer.

 Il fondit sur les Maures, les battit à la Rioja et sur le mont Oca, les refoula en dehors de la Navarre et d'une partie de l'Aragon jusqu'à Huesca. L'hiver l'ayant surpris dans l'entraînement de sa poursuite, Sancho Garces, toujours attentif, malgré l'ardeur du combat, aux nécessités de ses Navarrais et de  ses Guipuzcoans, s'aperçut que leurs pieds ensanglantés aux roches anguleuses que la neige couvrait les faisaient souffrir et il leur ordonna de chausser incontinent une sandale rustique de cuir appelée Abarca.

 En souvenir de cette attention généreuse et pour en perpétuer la mémoire, ses soldats et compagnons d'armes le surnommèrent Abarca. A partir de ce moment, l'Histoire ne le connaît, lui et sa descendance, que sous le nom de Sancho Abarca. Les comtes de Aranda qui en descendent se nomment encore aujourd'hui Aranda de Abarca.

Les Maures revenus de leur fuite, ayant envahi la ville de Pampelune, il se jeta sur eux d'un tel emportement et en fit une telle tuerie qu'il n'en resta presque plus pour en porter la nouvelle au roi de Cordoue (1).

La citadelle dans laquelle se retranchaient les infidèles et d'où ils tombaient sur les populations d'alentour était réputée imprenable, inabordable  Elle se dressait orgueilleuse et menaçante sur le mont Monjardin, non loin de l'endroit où s'est élevée depuis la petite ville d'Estelle en Berrueza. C'était la citadelle de San Esteban.

 Sancho Abarca voulant en finir avec les Maures résolut de s'en emparer : la tentative était audacieuse et témoignait d'un courage peu commun.

Il le savait ; mais rien n'arrête un Navarrais dans ses résolutions quand une fois il les a sacrées justes. Il les appuie seulement pour plus d'assurance sur le sentiment religieux, qui les rend invincibles. Dans cette pensée, Sancho Abarca se rendit avec ses Basques au

(1) P. Moret, Anal. de Navarre, lib. VIII, cap. n.

monastère de Hyrache, à une lieue de la citadelle ennemie. Il s'y agenouilla de solide foi, y entendit la messe célébrée par un religieux, s'anima au combat et commit à Notre-Dame le soin de la victoire. Au sortir du monastère et de la prière, il commanda l'assaut; aussitôt, tous les Basques aux pieds agiles gravirent, en poussant des cris et des hurlements, les hauteurs escarpées du Monjardin, escaladèrent les murailles fortes, égorgèrent ceux qui s'y abritaientet plantèrent sur le sommet où brillait le croissant le drapeau chrétien et la croix.

 En reconnaissance de cette victoire et de la déroute complète des infidèles, Sancho Abarca fit don à l'église de Pampelune et au monastère de Hyrache de toutes les terres conquises sur les Maures et de la forteresse de San Esteban.

Pendant les trêves et les répits que lui laissaient les soucis du fardeau royal et des combats, Sancho Abarca venait se reposer dans son château de Fontarabie, sur les bords de la Bidassoa, en face de l'Océan. Là, il reprenait sa vie de jeunesse et d'aventure, et se livrait au plaisir longtemps oublié de la chasse.

Or, un jour que, las et altéré, il s'était arrêté sur les flancs du mont Jaizkibel, ayant perdu ses compagnons et les sentiers connus, il vit une jeune fille d'une éclatante beauté qui se rendait à la ferme voisine. Sa vue fut un allègement à ses fatigues, l'éclat de ses yeux qui inondait ses regards ravis une enivrante douceur à son âme.

 Encore que sa fatigue lui eût engourdi les membres, il se redressa pour la saluer. La jeune fille, dont la craintive timidité avait ralenti la marche et suspendu la parole, chercha un instant à se dérober à son attention, mais le jeune roi, qui connaissait le canal le plus sûr pour toucher et vaincre le cœur d'une chrétienne eut recours à sa charité La pitié est, en effet, chez une femme, la voie la plus sûre qui conduit à l'amour.

— Je suis, lui dit-il, dans la belle langue eskuarienne, un pauvre voyageur égaré dans ces lieux, sans asile et sans secours d'aucune sorte : la nuit vient et je ne sais où m'abriter ; j'ai soif et je ne trouve point de fontaine, ni de source parmi ces rochers arides pour me désaltérer. Connaissez-vous un ruisseau limpide où je puisse plonger mes lèvres comme les brebis que vous pressez devant vous?

Pourrez-vous me laisser m'étendre quelques heures dans l'étable ou la caverne sous le roc, où elles se retirent, afin de reposer ma tête sur leur laine blanche et chaude? Dites-moi, le pourrez-vous?

Il n'en fallut pas davantage pour arrêter la marche déjà ralentie de la jeune fille: son désir d'obliger avait vaincu sa timidité, et dissipé ses craintes.

— Seigneur, lui fit-elle, nous ne sommes pas riches, mais nous avons, non loin d'ici, une petite chaumière et de la paille fraîche pour dormir, et du lait bien doux pour épancher la soif et apaiser la faim; suivez le sentier où cheminent mes brebis, et nous ne tarderons pas d'y arriver.

La jeune pastourelle accompagna son invitation du sourire le plus engageant. Ce sourire idéal, où la bonté le disputait au charme, où l'innocence et la candeur se mariaient avec la modestie, illumina sa figure incomparable. Les étoiles, qui commençaient de paraître, en pâlirent et Sancho la suivit, aussi léger et allègre que s'il n'eût marché tout le jour. Il ne sentait aucune lourdeur dans ses membres, sa marche était dégagée.

Il franchissait d'un bond rapide les cours d'eau qui d'aventure sillonnaient la montagne, et lorsque la nuit venue, la lune, qui paraissait dans un beau ciel semé de perles d'or, illumina la figure angélique de cette Rachel des bois, il ne put contenir son transport et la regardant fixement : « Gustiz ederra zera, lui dit-il. Vous êtes tout à fait belle, chère enfant! »

La jeune fille, pour toute réponse, fit un bond de chèvre en dehors du sentier, comme si elle se fût blessée aux ronces de la montagne. Une fois à distance, elle se retourna et, avec un regard sévère et plein de reproche :

 « Ne vous moquez pas, seigneur, d'une pauvre fille qui est ici sans défense ». Le silence suivit ces paroles, et le roi et la pastourelle arrivèrent à la petite ferme. A la façon empressée dont on l'accueillit au foyer de la vierge, le jeune Sancho comprit que l'hospitalité, loin d'être une charge, y était un devoir sacré. Il prit le lait qu'on lui offrait avec abondance, et il s'y reposa jusqu'au jour : mais son sommeil fut bercé par les rêves les plus enchanteurs.

L'image de la touchante rencontre qu'il avait faite l'avait rempli et illuminé. A partir de ce jour il s'égara souvent dans ses courses sur le mont Jaizkibel. Ses chasses eurent un autre objet que le gibier vulgaire qui hante les monts et les bois ; d'autres en eurent le soin et le plaisir, tandis que lui venait se reposer sous les regards et les grâces aimables de celle qui, moins farouche dans le commerce que dans la rencontre, l'avait accueilli, et à laquelle il répétait sans cesse le cri de son admiration: « Gustiz ederra zera. Vous êtes tout à fait belle. » Il avait demandé la toison blanche des brebis pour reposer sa tête ; il eut les épaules d'albâtre de la jeune pastourelle qui, pour le récompenser de son amour, lui donna un fils.

Quand le galant roi de Navarre eut ce fils dans ses bras, il ne put contenir son bonheur.

« Voyez-vous, dit-il à la jolie bergère, mère d'un fils royal devenue, voyez-vous ces monts, ces bois ces prés de fleurs diaprés, toutes ces terres enfin qu'embrassent vos regards, je vous les donne en échange de cet enfant. » Puis, déroulant un parchemin qu’il portait sur lui

: « Voici le titre de possession et de noblesse que j'ai créé pour vous. Notre fils portera le nom que vos charmes ont souvent mérité. Vous êtes Gustiz ederra, toute belle : il sera Gustiz ederra. » Grâce à la munificence royale qui vint couronner les amours poétiques du plus aimable roi de Navarre, le domaine de la pastourelle du mont Jaizkibel s'étendit aussi loin que sa vue.

J'ai visité ce domaine qui est à une heure de Fontarrabie, en deçà de Notre-Dame-de-la-Guadeloupe.

La belle maison basque élargit sa belle toiture rouge, comme deux immenses ailes, parmi les chênes et les noyers qui couronnent la colline.

 Dans les champs cultivés avec soin, un vieillard, dont la figure accuse la noblesse et la loyauté, le front ruisselant de sueur, travaillait à la terre. Il n'avait rien d'affecté dans sa tenue et dans sa mise : le béret traditionnel des Basques couvrait sa tête, des sandales chaussaient ses pieds. Il était en manches de chemise, une pioche à la main. Il me salua d'un sourire amical et ouvert, « Où donc allez-vous? me fit-il d'un ton de surprise.

— N'est-ce pas ici la maison de Gustiz? — Parfaitement. — Sauriez-vous me dire si Gustiz est chez lui?

- C'est moi-même et je suis dehors, comme vous voyez. »

A ces mots je le regardai fixement, comme pour me graver davantage ses traits et son regard dans, la mémoire, et m'inclinant avec respect je le saluai.

J'avais sous les yeux le descendant du plus grand roi de Navarre, de l'enfant du miracle comme Jean-Baptiste, le père d'une famille qui subsiste là dans le même lieu depuis plus de mille ans.

« Vous venez peut-être, reprit le vieillard, voir un pauvre paysan du bon Dieu, dont tout le bien est la terre qu'il travaille?

 — Je viens saluer en vous la noble descendance de Sancho Abarca, car vous êtes, grand vieillard, comme l'arbre de Guernica, l'arbre sacré des fueros et des libertés ; comme lui, vous portez sur le front dix siècles d'intégrité et de droiture.

Bah ! m'interrompit le vieillard en me tendant la main, laissons tout cela, vous êtes fatigué et altéré, venez vous reposer. J'ai du bon cidre de mes pommes à vous offrir et cela vaut mieux que le vin quand il fait chaud comme aujourd'hui. »

Je serrai avec empressement la main rugueuse que me tendait le vieillard qui, plantant sa pioche à une motte argileuse, me conduisit dans sa belle ferme basque. Je ne pensais, moi, qu'à ce magnifique descendant des rois de Navarre, à son origine si gracieuse, à la jolie bergère des bois que je venais de traverser, mais je vous assure que lui n'y pensait pas.

Il n'était attentif qu'à me bien recevoir, à me désaltérer d'un bon cidre mousseux et panaché dont il était prodigue. Les poules et les poulets m'environnaient et picoraient à mes pieds, sans s'effaroucher de ma présence; un beau chien blanc des Pyrénées, terreur des maraudeurs pendant la nuit, me léchait les mains comme s'il eut deviné les sentiments que j'éprouvais pour ses maîtres si hospitaliers et si bons.

La laine des brebis qu'on venait de tondre était en monceau sur le seuil de la porte et Gustiz était devant moi, la bouteille de cidre qu'il venait de déboucher dans une main, et le verre qu'il me présentait dans l'autre.

Voyant le peu de cas qu'il faisait des souvenirs que j'avais évoqués, je n'insistai pas davantage et je lui parlai de tout autre chose, de ses troupeaux, de ses récoltes de pommes, de ses espérances pour l'année.

Cependant on m'avait parlé d'un document positif établissant la royale lignée des Gustiz et je tenais à le voir. Comment reprendre ce sujet devant un vieillard qui en use d'un tel dédain ? Je profitai d'une courte absence qu'il fit dans ses étables pour témoigner mon désir à sa femme. Aussitôt, sa fille, dona Benita, m'apporta le document aux armes royales de Navarre, que je lus et copiai avec soin. Il fut donné par les archives des armoiries le 2 juillet 1613 à D. Martin Gustiz, sur l'ordre de Philippe III, roi d'Espagne. Comme je lisais encore ce document, le vieillard rentra.

« C'est un bien vilain papier que vous tenez là ?

s'écria-t-il. — Comment l'entendez-vous? lui répondis-je, étonné. — Mais, oui, ajouta le vieillard, ne voyez-vous pas que ce titre est un témoignage de faiblesse et l'ennoblissement d'une faute? »

C'était l'âme du chrétien qui se révoltait contre une origine coupable. Et ce disant, le front du vieillard s'assombrit, mais aussitôt je le relevai par ces mots de saint Augustin à propos de la faute originelle : « Oh ! heureuse' faute ! que celle qui a donné à l'Eglise et au pays basque, une si auguste descendance! Votre famille a toujours été en honneur par la vertu et le bien faire. Vos aïeux ont fait revivre sur ces montagnes les mœurs pures et les saintes pratiques des anciens patriarches. Les capitaines Diego Gustiz et Martin Gustiz se sont illustrés dans les armées du roi par leur vaillance et leur courage. Le  dernier Martin Gustiz abandonna toutes ses affaires et vint en courrier de Valladolid pour défendre héroïquement, avec don Diego Butron, sa ville de Fontarabie.,11 fut un des héros du siège de 1638. Je ne compte pas les vertus que vous montrez ni celles plus nombreuses que vous ne montrez pas, que vous cachez, au contraire, dans la simplicité du travail quotidien.

SanchoAbarca, en son temps, s'était battu pourla foi : il avait exposé sa vie en mainte circonstance pour elle ; et cela suffit à couvrir la multitude des fautes échappées à la fragilité humaine.

 Saint Pierre luimême, qui est cependant fort sévère, les avait oubliées et pardonnées. A preuve, c'est qu'un jour, Sancho se trouva en grand péril de payer tribut à nature, par suite d'une fièvre maligne qui le dévorait (1). Et savez-vous qui le sauva de la fièvre et de la mort, sa compagne? Ce fut saint Pierre. Le roi malade courut an monastère du grand apôtre à Usun, non loin de Lombier. Il se prosterna en grande foi devant ses reliques, et saint Pierre l'écouta de si bonne oreille, qu'il en .revint guérit et consolé (2). Or, saint Pierre tient un compte rigoureux des fautes des pécheurs, car il a le registre des condamnés et des élus. Lorsqu'il ayait exaucé les prières et les larmes de Sancho, c'est qu'il avait aussi déjà effacé ses fautes du livre de vie car entendre une prière et l'exaucer, c'est donner le pardon, c'est une preuve de réconciliation et d'amitié. Ne soyons donc pas plus sévères que le prince des apôtres à qui Dieu a commis les clefs de la justification et du salut. »

(1) Fernandez Perez, Hisloria de Pamplona, tom. 1, lib. I, p. 57.

(2) Sandoval, loc. cit., fol. 23. Moret, loc. cit., lib. VIII, cap. v, 15.

 

 

___________________________

 

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

Retour au sommaire                                       Suite

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

 

___________________________________



Posté par hendayehistoire à 15:33 - Commentaires [0] - Permalien [#]

CHAPITRE IV

CHAPITRE IV

CALLE PAMPINOT. — CALLE UBILLA. — CASA DE ARSU

En suivant la rue qui fait le coin de la Maison noble des Zuloaga, n° 8 de la Calle Mayor, rue étroite et presque couverte à son entrée par la panse proéminente de la maison de droite, et l'avant-toit de la maison de gauche, on trouve d'abord une rue qui rappelle l'Orient. C'est la calle Pampinot. Parcourez-la : vous vous croirez un instant égaré dans un carrefour du Caire. Toutes les maisons en sont originales, mais celle qui porte le n° 22 et dont la toiture richement sculptée avance de trois mètres sur la rue, est la plus remarquable de beaucoup. Sa façade depuis le premier étage est en briques blanchies à la chaux suivant la coutume basque, et en boiseries, qui se croisent comme dans les chalets suisses.

Des fenêtres crevées et noircies par le temps, des linges qui pendent à tous les balcons, des figures hâlées, avec de grands yeux lutins, qui sortent des ouvertures noires et profondes, une légère odeur de moisissure et de bergamote qui échappe des portes et fenêtres achèvent l'illusion de l'Egypte. Il n'y manque que les ânes traditionnels et la danse du ventre.

Sans sortir de Fontarabie vous avez fait un voyage en Orient; vous avez parcouru une rue du Caire, moins les terrasses. Remontez maintenant au point d'où vous êtes descendu, vers la maison ventrue de la calle de las Tiendas et continuez à gauche, maisde grâce, qu'il n'y ait pas de peintre et d'amateur parmi vous, car nous n'en finirions pas avec leurs cris d'admiration et leurs croquis.

Nous voici à la calle Ubilla. Nous sommes toujours en Egypte, sauf devant la Halle qui jure parmi tant de belles ruines. Au bas de la rue se trouvent les quatre murs délabrés de la maison qui fut le palais Ubilla. Hélas ! il n'en reste que des pierres mousseuses ; les deux colonnes de marbre qui, il y a quelques années, faisaient, sentinelle sur la porte, ont été transportées ailleurs.

D. Miguel de Ubilla méritait plus des hommes et des siècles, car 'il fut un des héros du mémorable siège et de la victoire de 1638.

Avec une poignée de soldats, trois cents à peine, par une nuit obscure, à travers la haie des sentinelles ennemies qui emplissaient tous les postes des monts et des ravins, il osa venir au secours de la ville assiégée. A pas de loup, rampant sur l'herbe humide et dans la boue, retenant l'haleine, donnant des ordres par une pression de main qui courait de l'un à l'autre, il arriva au pont de Mendelo. Il voulut traverser les lagunes fangeuses qui se trouvent dans ces régions, mais il avait compté sans la marée qui était haute. Quand il eut de l'eau jusqu'à la poitrine, ayant reconnu son erreur, il donna ordre à ses hommes de s'arrêter et d'attendre dans cette situation, l'escopette en l'air, le retrait des flots.

 Cette nuit fut une nuit héroïque pour Ubilla et ses vaillants soldats. Le corps dans la vase et dans l'eau, la tête exposée aux balles meurtrières, au moindre réveil, à la moindre alerte l'âme remplie d'émotions et d'anxiétés, ils avaient passé déjà trois heures sans mouvement en cette horrible torture, lorsqu'un soldat irlandais, prenant une ombre pour un ennemi, pressa la détente de son escopette. La détonation réveilla les échos et compromit l'expédition. Aussitôt les sentinelles françaises, s'écrient: « Garde à vous ! »

et font feu dans toutes les directions ; les trois cents hommes d'Ubilla se dispersent dans l'eau, les uns à la nage, les autres sur la vase. A l'aube naissante, quand il arriva à la brèche qui lui était ouverte, il n'avait plus que quatre-vingts hommes. Il fut reçu en grand honneur dans la ville par le vaillant Pedro Sanz Izquierdo, adjoint du maire Diego Butron. C'est pour cette nuit héroïque passée toute entière entre la vie et la mort que le roi lui donna la croix des chevaliers de Saint-Jacques et qu'il l'anoblit.

Sur une vieille maison, n° 4 de la même rue, se trouve l'écusson de la noble famille de Arsu. Vous n'avez ici qu'une maison dépendante : la maison principale et primitive se dresse sur la montagne d'Olearso, aux confins de Cornuz. S'il vous prend envie de vous y rendre, je vous assure d'avance l'accueil le plus empressé, le plus noble, le plus cordial.

Ce n'est pas là une noblesse d'or et de clinquant, une noblesse d'arlequin, telle qu'en ont obtenue les juifs de nos gouvernements de mercantis. Nous avons ici une noblesse de sang, une noblesse de vaillance et de courage, une noblesse pure de toute infamie, de toute compromission et de toute lâcheté. C'est une tour d'or surmontée de trois fleurs de lys sur fond de gueule et au bas cinq têtes décapitées que portent les ondes vertes. En voulez-vous entendre l'histoire?

La voici : Quoique les historiens et les archives elles-mêmes se soient complus à l'embrouiller, nous allons tâcher de nous frayer une voie claire à travers les broussailles épaisses de leurs contradictions.

M. Gorosabel, auteur d'un dictionnaire d'Histoire et de Géographie de la province, place l'événement en 1280, sous le règne d'Alphonse le Sage (1). Claudio Otaegui, l'aimable poète, prétend que l'héroïque conduite de Machin de Arsu eut pour théâtre le mont Olearso sous le règne d'Alphonse XI (2). Il a pour appui de son dire le document donné par l'armorial d'Espagne à la famille (1). Lope de Isasti fait remonter l'action d'éclat du célèbre Guipuzcoan au temps des rois de Navarre (2). Tous disent unanimement que Machin de Arsu s'illustra comme capitaine durant une guerre contre la France. Mais quelle guerre?

 (1) Gorosabel, Diccionario Historîal, p. 193. Machin Arsu, capitan à quien el rey D. Alonso el sabio comisionÓ en el afio 1280, para desalojar al ejercito francès.

(2) Claudio Otaegui. Machin Arsu. Azana bat., p. 21. Alonso amaikagarrena.

sous quel roi? à quelle date? Ils sont muets sur tout ce qui peut fixer le fait et en confirmer l'authenticité.

J'ai beau parcourir toutes les histoires de France et d'Espagne, je ne découvre pas de guerre entre les deux peuples à cette date de 1280. Je ne vois pas le roi de France sur le mont Olearso et à Fontarrabie à cette époque. En revanche, l'histoire entière est sillonnée de guerres entre les Maures et les Navarrais.

Depuis leur séparation, les deux provinces sœurs ont été souvent en querelle. Le Guipuzcoa, par un coup de tête regrettable pour l'autonomie du pays basque, s'étant donné au roi de Castille qui par ambition attisait sa dispute, épousa les intérêts de sa nouvelle alliance et combattit pour les défendre contre la Navarre, sa sœur.

Si Machin Arsu a guerroyé sous Alphonse XI, ce n'est pas sous Alphonse le Sage, qui était le dixième de ce nom, ce n'est pas non plus en 1280. mais plus tard, en 1312. Si c'est sous les rois de Navarre, comme

(1) Document qui se trouve entre les mains de Domingo Berretaran de Arsu.

(2) Lope de Isasti. Historia de Guipuzcoa, lib. IV, cap. I, p. 459, ano 1625.

le prétend Lope de Isasti, si l'on a confondu Alphonse le Sage, roi de Castille, avec Sancho, le sage roi de Navarre, il nous faut remonter d'un siècle jusqu'à l'an 1150. Où faut-il donc placer l'action valeureuse de Machin Arsu ?

Le certificat de noblesse donné par l'Armoriai de Madrid, le 24 mars 1620, à don Miguel de Arsu, certificat qui devrait être un argument décisif en pareille matière, raconte le fait en ces termes. Je traduis littéralement le texte espagnol que je reproduis en appendice.

le Gipuzkoa quitte la Navare pour rejoindre la Castille

Sous le règne de Sancho VIII le Fort, la province du Guipuzcoa fut durant quelques années gouvernée par un monsieur français du nom de Artenet.

 Cet Artenet, nommé gouverneur de cette province par le roi de Navarre, se montra si dur, si tyrannique dans l'exercice de sa charge, que les Guipuzcoans se révoltèrent, le mirent à mort et refusèrent leur obéissance à Sancho VIII pour passer sous la juridiction du roi de Castille Alphonse IX auquel ils offrirent obéissance et secours. A partir de cette époque, l'an 1200, le Guipuzcoa ne fit plus partie du royaume de Navarre, mais bien de celui de Castille.

Environ soixante-dix ans après cette rupture, d'une part, et cette alliance de l'autre, Tibaot ou Theobaldo, second de ce nom, roi de Navarre, étant mort, on lui donna pour successeur son frère Henri, surnommé le Gros. Celui-ci ne régna que peu d'années.

 En effet, élu en 1271, il mourut en 1274, laissant pour unique héritière sa fille, la princesse Jeanne, encore en bas âge, sous la tutelle du roi de France Philippe III le Hardi.

 Philippe III, voulant s'assurer le royaume de Navarre, fit épouser plus tard Jeanne par son fils aîné Philippe IV.

Par ce mariage Philippe IV le Bel devenait le premier roi de Navarre de ce nom. Il arriva qu'au temps où il exerçait sa tutelle, en 1280, Philippe III le Hardi envoya des ambassadeurs auprès de don Alphonse XI, roi de Castille, pour lui demander de vouloir bien mettre en liberté les infants Alphonse et Ferdinand de la Cerda, ses petits-fils, et neveux du roi de France par sa sœur, qui étaient détenus en prison au fort de Xativa depuis deux ans par le roi d'Aragon, à l'instigation du roi de Castille.

Il fut convenu par les ambassadeurs que les deux rois se verraient à Bayonne le mois de décembre. Au mois de décembre, le roi de Castille traversa donc le Guipuzcoa avec ses fils, sous bonne escorte et avec toute la garde de Bayonne.

 Le roi de France, de son côté, arriva jusqu'à Sauveterre-de-Béarn. Les deux monarques, avant de se voir, se parlèrent par la voie des interprètes, au sujet de la délivrance des deux jeunes princes injustement détenus.

L'accord n'ayant pu se faire de loin, ils refusèrent de se voir de près.

Le roi de Castille revint en sa province de Guipuzcoa.

Philippe le Hardi, vexé de l'inutilité de sa démarche pour sauver ses neveux, résolut incontinent de les délivrer lui-même, et, dans cette pensée, il poursuivit le roi de Castille d'une telle vitesse qu'avant l'arrivée de ce dernier à Saint-Sébastien, il avait déjà tenté de de réduire le Guipuzcoa sous l'obéissance de la Navarre

. Il y était entré en faisant grand ravage sur son parcours, et avait établi son campement et son armée sur les hauteurs du promontoire d'Olearso, aux confins de Cornuz. Il ne pensait pas qu'on pût le venir surprendre par la chaîne plus élevée de Jaizkibel et lui causer les plus grands dommages.

 Au courant de ses projets, le roi Alphonse convoqua les personnes d'expérience et de savoir de son entourage et les écouta longuement. Après avoir pesé tous les avis, il se rendit à celui d'un officier de haute lignée du nom de Machin de Arsu en Cornuz, qui lui dit que, s'il le voulait bien, il le conduirait au passage retiré où les Français se croyaient en sécurité, et que, les surprenant dans le désarroi d'une irruption inattendue, il en serait facilement le maître ; que ce passage sur le mont était de facile accès pour la cavalerie, qu'il n'y voyait qu'un moyen d'y aborder sans bruit, tout d'abord d'envelopper de drap les fers des chevaux, afin qu'ils ne sonnassent pas sur les rocs et les heurts du chemin, en second lieu demander aux hommes qu'ils missent leurs chemises au vent par-dessus les habits, afin qu'ils se reconnussent dans la marche ; qu'ainsi, quand ils avanceraient en silence

 les Français n'étant pas avertis leur tomberaient dans les mains comme rats en ratière. Le conseil parut bon et le roi, sans plus, ordonna qu'on le suivit sous la conduite de Machin. Aussitôt, la troupe en chemise gravit les hauteurs, si bien que le matin du 20 décembre 1280, elle tomba avec l'aurore sur le roi de France et son armée qui, saisis d'un réveil si subit, si impétueux et d'une telle fureur, ne pensèrent même pas à se défendre et se mirent à fuir à qui plus vite abandonnant tentes, armes et bagages

 Machin les poursuivit d'une telle ardeur, frappant les uns, tuant les autres, qu'il arriva jusqu'à la tente royale qui était sur le bord d'un ruisseau, tua de sa seule main cinq gentilshommes de la suite du roi et mit Philippe le Hardi lui-même en grand péril de perdre la vie.

Alphonse de Castille, en reconnaissance d'une victaire aussi éclatante qu'inattendue, lui donna tout le territoire de Cornuz, une partie des terres de Fontarrabie avec des rentes et les armes ci-jointes (1).

Le document de l'armorial que je viens de vous donner est rempli d'erreurs qui feraient douter de son authenticité si la tradition constante de l'héroïque conduite de Machin de Arsu n'était consacrée par les siècles. Il est certain que le valeureux capitaine basque a combattu, qu'il a tué de sa main cinq chevaliers surpris ou endormis; mais quand? Dans quelle circonstance? Sous quel roi? A quelle date?

Rien de moins établi, rien de plus fantaisiste, que ce qu'en dit l'armorial. Et d'abord, ce n'est pas sous Alphonse IX, mais bien sous Alphonse VIII que le

(1) Voir à l'appendice.

Guipuzcoa a passé sous la juridiction des rois de Castille, car Alphonse VIII n'est né qu'en 1214 (1), et d'après le titre de l'armorial lui-même, c'est en 1200 que le Guipuzcoa a cessé d'appartenir au royaume basque.

En second lieu, le titre de l'armorial prétend que soixante-quatorze ans après, Philippe III le Hardi envoya des ambassadeurs auprès d'Alphonse XI.

C'est encore une erreur; c'est à don Alphonse X le Sage qui régnait à cette époque en Castille (2).

En troisième lieu, et c'est ici que surgissent les doutes et les difficultés les plus graves, tout le document et la noble conduite de Machin de Arsu reposent sur une guerre, sur une invasion des troupes françaises dans le Guipuzcoa dont il n'est fait mention dans aucune histoire. Les historiens espagnols s'accordent à dire que le roi de France, frère de Blanche, prit sous sa protection ses neveux et revendiqua leurs droits à la couronne dont on les avait injustement dépouillés pour les jeter en prison, mais que l'intervention du pape empêcha les hostilités entre les deux peuples français et espagnol. « El rey de Francia, hermano de donia Blanca, tomô baj o su amparo los derechos de sus desheredados sobrinos pero la intervencion pontificia evità el rompiminto que amagaba à los dos reinos, francèsy castellano (3) ». Dans ces

(1) Eduardo Orodea è Ibarra. Leccion 40, p. 223.

(2) Eduardo Orodea è Ibarra. Leccion 40, p. 223.

(3) Eduardo Orodea è Ibarra. Curso de Lecciones de Historia de Espana, Lecc. 42, p. 236.

conditions, que devient l'irruption de Philippe le Hardi dans le Guipuzcoa, son campement à Cornuz sur le mont Olearso, et sa fuite devant l'attaque subite de Machin de Arsu ?

Les historiens français disent à leur tour que le roi Philippe s'avançait lui-même à la tête d'une armée formidable, qu'il allait demander au roi de Castille compte d'une perfidie qui privait de la couronne ses neveux : qu'arrivé près des Pyrénées, il s'arrêta à Sauveterre. Que là, ses projets s'évanouirent, que l'imprudence ou la trahison avaient négligé les approvisionnements

et, que la famine menaçant ses troupes avant même qu'elles eussent touché le sol ennemi, force lui fut de retourner sur ses pas (1).

Il est étonnant qu'un fait comme celui de l'attaque subite d'un roi de France mis en péril de mort par un chevalier espagnol et la disparition de cinq gentilshommes nobles de sa suite ait ainsi échappé à toute l'histoire et que, seul, en fasse mention l'armoriai de Madrid.

 Il y a évidemment confusion de lieu, de temps et de personne. Si Philippe le Hardi s'est arrêté à Sauveterre, il n'est pas venu camper sur le mont Olearso et faire autour de Fontarabie un siège dont aucun historien ne parle. Si son armée s'est retirée à cause de la famine avant même de toucher le sol ennemi, comment aurait-elle pu assiéger Fontarabie ?

Il y a eu en l'année 1276 invasion de l'Espagne par

(1) Nangis. — Marca.- Dom Vaissette, tome IV.

l'armée française, mais le roi de France ne suivit pas l'armée, qui était plutôt composée de Navarrais et de Gascons. La vaillante tactique de Machin Arsu peut avoir sa vraisemblance, en la plaçant à cette époque et dans cette circonstance. Il est impossible de la maintenir ailleurs et selon le récit de l'armorial.

Le roi d'Aragon don Jaime et le roi de Castille don Alphonse, qui s'entendaient comme larrons en foire pour tout ce qui s'offrait à leur ambition, convoitaient depuis longtemps le royaume de Navarre qui, en outre de sa richesse et de son étendue, était une menace perpétuelle pour sa sœur séparée, le Guipuzcoa.

Ils cherchèrent à profiter du trouble dans lequel tomba ce royaume à la mort d'Henri le Gros qui en était le souverain.

 Dans cette admirable pensée, ils voulurent s' emparer de sa fille et unique héritière Jeanne, comme voie plus sûre de s'emparer de son héritage.

La chose allait à bien par leur astuce et leurs fourberies; ils faisaient disparaître la fille du roi de Navarre, comme ils avaient fait disparaître leurs neveux, les infants Alphonse et Ferdinand de la Cerda et ils héritaient tout uniment et sans bataille de sa couronne; mais ils se trompèrent.

 La reine mère de Navarre, qui était sœur de Philippe le Hardi, instruite des projets usurpateurs et criminels de don Jaïme d'Aragon et d'Alphonse de Castille, alla se réfugier avec sa fille auprès du roi de France, son frère (1).

(1) Eduardo Orodea è Ibarra. Curso de Lecciones de Historia de Espana. Lecc. 33, p. 247.

Son absence augmenta les troubles dans son royaume abandonné désormais à toutes les compétitions. Pour y rétablir l'ordre et la paix, Philippe le Hardi envoya Robert comte d'Artois, en Navarre, le priant de s'assurer, chemin faisant, l'aide et l'appui de deux puissants seigneurs voisins des Pyrénées, Gaston de Béarn et Roger-Bernard comte de Foix.

Robert et les deux seigneurs gascons envahirent aussitôt l'Espagne avec une armée de vingt mille. hommes. Arrivés en toute hâte sous les murs de Pampelune, que les rois d'Aragon et de Castille poussaient à la résistance, ils en firent l'assaut et s'en emparèrent le 6 septembre Ï270 (1).

Philippe le Bel, devenu époux de sa cousine Jeanne de Navarre, y fut proclamé roi.

 Il est donc probable que Machin de Arsu chercha querelle à cette armée qui passait en Navarre ou qui en revenait, et Alphonse de Castille eut quelque satisfaction à voir sa déconvenue politique vengée par une déroute partielle de l'armée gasconne et navarraise sur ses terres, et la mort de cinq chevaliers ennemis. On a confondu le roi de France Philippe le Hardi qui était en son Louvre, avec Robert comte d'Artois ou Gaston de Béarn ou Roger-Bernard comte de Foix. Les cinq gentilshommes tués par le vaillant Arsu sont assurément cinq gentilshommes gascons ou navarrais de la suite de ces grands seigneurs. Encore une fois l'ac-

- (1) Marca, livr. VII, ch.XIII— Dom Vaissette, tome IV.

tion d'éclat de Machin Arsu est authentique, mais les circonstances de lieu, de temps, de personnes, rapportées par l'armorial, ne supportent pas la critique et se dissolvent par une analyse attentive.

 Comment a-t-on pu glisser dans un document aussi grave que l'extrait de l'armoriai royal de Madrid, des erreurs aussi grossière que celles qui confondent deux rois et deux règnes : Alphonse VIII avec Alphonse IX et Alphonse X avec Alphonse XI  ? Ces premières erreurs, établies avec la dernière évidence dans une pièce qui devrait toujours être frappée au coin de la plus rigoureuse exactitude, confirment l'erreur de la confusion du roi de France avec les seigneurs gascons ou Robert d'Artois, car si l'armorial de Madrid a pu confondre, à la légère, un roi d'Espagne avec un autre roi d'Espagne, il a pu également confondre un roi de France avec un de ses seigneurs. Il a bien pu transporter un fait d'une époque à une autre !

Lope de Isasti, historien grave et judicieux, dans son Compendio Historial du Guipuzcoa écrit en 1625, dans son livre IV, chapitre i, n° 63, page 459, fait remonter la glorieuse aventure de Machin de Arsu sous le règne des rois de Navarre, par conséquent à une époque plus reculée. Il détruit la version de l'armorial. « Machin de Arsu, dit-il, homme de valeur estimé des rois de Navarre, sous lesquels se trouvait en ce

(1) Eduardo Orodea è Ibarra. Curso de Lecciones de Historia de Espaiia. Lecc. 43, p. 247.

temps la province du Guipuzcoa, fut le maître de l'antique maison noble des Arsu qui est sur le promontoire d'Olearso.

 L'armée française s'étant établie sur les hauteurs de Cornuz avec le projet d'assiéger Fontarrabie, il vint au secours du roi de Navarre, qui, suivant le conseil de Machin de Arsu, surprit les Français et remporta la victoire. Le vaillant Machin marchait devant, et sous une tente de campagne il tua d'une main dextre cinq Français, et, pour ce fait d'armes, le roi de Navarre lui donna de grandes étendues de terrains et fit ajouter aux armes qu'il possédait déjà une tour avec deux fleurs de lis et cinq têtes en ondes de mer. Cette maison est la seul de ce nom.

C'est d'elle que sortit l'alferez Martin Saez de Arsu, valeureux soldat qui se signala dans les guerres d'Italie (1). »

Maintenant, ami lecteur, si vous n'êtes pas satisfait,

(1) Machin de Arsu, valeroso hombre y estimado de los Reyes de Navarra (à quien en un tiempo estuvo encomendada laprovincia de Guipuzcoa), fue dueno de la casa solar antigua de Arsu que esta en el Promontorio sobredicho con terminos estendidos : y que tambien fueron de los primeros pobladores de esta casa. Habiendo llegado el ejercito de Francia al termino de Cornus con intento de sitiar à la villa de Fuenterrabia, llegô à socorrer el Rey de Navarra, y por consejo y parecer del noble Machin de Arsu, diô en los franceses, y alcanzô victoria de ellos en el mismo puesto de Cornus, siendo delantero el valeroso Machin el cualen una tienda de Campana matô à cinco caballeros franceses ; y por este hecho el rey de Navarra le hizo merced de algunos terminos, y que ademas de las armas que este solar ténia, pusiese un castillo, con dos flores de lis, y cinco cabezas sobre ondas de mar.

cherchez ailleurs ; quant à moi, je jette ma langue au chat. Je vous ai donné les versions pour et contre; à vous de trancher le litige. Vous avez la lanterne avec une bougie dedans; tâchez de l'allumer, afin qu'elle vous éclaire dans ce dédale de contradictions et de récits divers.

 

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

Retour au sommaire                                         Suite

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

 

_______________________________



Posté par hendayehistoire à 15:36 - Commentaires [0] - Permalien [#]

CHAPITRE V

CHAPITRE V

LE  PALAIS DE CHARLES-QUINT

Arrivé au haut de la rue principale, de la calle Mayor, se trouve le château de Charles-Quint, qu'on appelle à tort le château de Jeanne la Folle, qui n'y a jamais mis les pieds.

 Un immense mur de trois mètres d'épaisseur, n'ayant que quelques ouvertures étroites et petites sans accident, sans sculpture d'ornementation d'aucune sorte ; c'est le château. C'est un monument de guerre plutôt qu'un séjour royal. Il n'a rien de grand, de noble que ses proportions gigantesques, son austère uniformité et les souvenirs de gloire et de combat dont il porte les traces indélébiles sur son front noirci de poudre et de fumée.

Il paraît que durant les sièges, il reçut des hauteurs du mont Jaizkibel et de la Guadeloupe plus de douze cents boulets de canon, sans se dérider, ni sourciller d'une seule pierre (1). Le fait est que cet

(1) O'Reilly. Sitio de Fuenterrabia, p. 123.

immense mur est encore impavide, et qu'aucune fente creusée par le temps et la poudre n'en menace la solidité. Les gueules et crénelures qui la couronnent dans toute sa largeur, et d'où le canon répondait au canon sont seules légèrement échancrées sur les bords. Elles sont lasses d'avoir vomi la poudre et de l'avoir reçue. Une porte basse y donne accès : l'homme qui s'y glisse avec ce sentiment de surprise et de crainte qu'inspirent les édifices aux lignes colossales et hardies, ressemble à une fourmi qui entre dans le creux d'une montagne, tant il en est écrasé. Cet amas de pierres superposées donne l'illusion, en effet, d'une montagne coupée en forme de falaise rocheuse sur l'Océan. Les arcades massives sous lesquelles on s'avance ne contribuent pas peu à l'écrasement. En face, se trouve la petite cour couverte de ruines mousseuses et, sur l'une de ses ruines, quatre coulevrines rouillées, débris oubliés aux jours de combat. Cette cour sépare les deux châteaux des temps anciens: l'un, demeure que s'étaient choisie les rois de Navarre pour y séjourner durant les chaleurs estivales ; l'autre, forteresse que Charles-Quint avait élevée pour s'abriter derrière ses batteries et ses épaisses murailles. Les deux édifices se ressentent des époques qui les ont vus naître et des mobiles qui les ont fait concevoir.

Le premier, dont les ogives sont enveloppées de verdure, malgré les ravages que le temps et les batailles y ont creusés, porte fièrement encore les traces d'une certaine grandeur. L'art s'y montre davantage.

A travers le revêtement de lierre, d'amblyodes et d'adiantes, les formes primitives transparaissent plus élégantes, plus sveltes. Le second n'a rien d'artistique : c'est un immense bloc de pierre, avec les

L'ÉGLISE ET LE CHATEAU

ouvertures carrées nécessaires pour y pénétrer et s'y blottir. Il accuse une seule préoccupation : la défense. Ce n'est pas un palais, c'est une forteresse ; ce n'est pas un séjour de plaisance, c'est un abri sûr contre l'ennemi. Charles-Quint n'avait aucun souci de l'art, il en avait de sa personne et de sa puissance.

Il se défiait de tout le monde, car il n'y avait personne au monde dont il n'eût trompé la confiance. Il lui fallait des palais en forteresse d'où il pût tirer sans paraître lui-même. Les rois de Navarre, au contraire, confiants en leurs populations, avaient des demeures plus accueillantes, plus ouvertes. Le fier Wamba, dont on a trouvé le nom sur une pierre au siècle dernier (1), venait se reposer sur cette pointe de terre qui repousse la Bidassoa vers l'Océan, car il n'avait pas à s'armer contre la France: son empire embrassait les deux versants des Pyrénées, tout le peuple basque qui l'avait choisi pour roi. Ses efforts et ses armes ne se portèrent que sur la Gascogne et la Gaule Narbonnaise qu'il avait soumises (2), et dont il avait étouffé les constantes révoltes en 673   (3). Don Garcia Iniguez et don Sancho surnommé Abarca, qui lui succédèrent en 891, étaient venus souvent se reposer de leurs rudes batailles sur les rives de la Bidassoa. On les avait vus s'accoter à la margelle de ces croisées ogivales, on les avait entendus faire retentir les voûtes sonores de ce palais du chant des Cantabres. Ils avaient chassé sur le mont Aizkibel, ils avaient suivi les abattures du gibier jusque sur le promontoire d'Olearso. Écoutez, voyageur qui foulez ces ruines, ces voix lointaines qui semblent vous revenir de mille ans en réveillant les échos de ces murailles. Le vent, qui fait tressaillir l'adiante et le lierre dans les fentes mal assurées, vous les porte à l'oreille. Mais s'ils vous redisent les joies, les chan-

(1) O'Reilly, Sitio de Fuenterrabia, p. 113. — Gorosabel, Diccionario Izist., p. 170.

(2) Saint Julien de Tolède.

(3) Historia de la Iglesia de Pamplona, par Fernandez Perez, tome I, p. 19.

sons et les amours poétiques de Sancho Abarca, ils cessent d'être si doux quand vous gravissez les escarliers de bois de la forteresse de Charles-Quint dont  la grande masse écrase la ville. Montez, montez, vous

lalanne06

CHATEAU CARLOS

 n'aurez sous les yeux partout que d'immenses couloirs voûtés qui sentent la caserne, et les dortoirs où plus de huit cents lits roulaient à l'aise, et plus de mille soldats se tenaient aux aguets de l'ennemi.

Vous n'entendez plus que la voix sèche du commandement et du feu. Montez encore, montez : vous êtes au sommet de l'édifice, sur une immense plate-forme et tout à coup, sous vos yeux éblouis, ravis, le soleil du midi jette ses rayons d'or, et sous ses rayons d'or s'étale le beau tableau d'une nature incomparable.

Les rois disparaissent ainsi que des nains de la puissance souveraine : les batailles rangées, les armées se noient dans la brume lointaine des âges. C'est la nature immortelle qui l'emporte sur tous, c'est elle la seule reine séductrice qui se fait un jeu de nos enchantements. J'ai vu de grandes et belles choses sur la terre ; voyageur altéré d'infini et d'idéal, j'ai cherché partout ce qui en approche pour repaître mon âme. J'ai gravi les sommets des Alpes et des Apennins, je me suis assis au haut de l'Acropole d'Athènes, sur les armilles des chapitaux doriques, à côté d'un lézard qui buvait le soleil et me regardait sans frayeur, mais jamais je n'ai eu sous les regards un spectacle plus fini, plus achevé des beautés de la nature. D'un côté les Pyrénées, la pointe acuminée de la Rhune, les arêtes en couronnes de l'Aya, les dos arrondis de Biandi, de Mirall et de l'Hermana, les collines de Saint-Marcial, puis les vallées ombreuses, riantes, ombrées de Renteria et d'Oyarsun, puis l'île des Faisans qui émerge comme un bouquet de fleurs des ondes de la Bidassoa, puis la Bidassoa elle même, qui s'étend à son embouchure, qui déferle et s'égare en mille méandres gracieux dans les prés et dans les champs, comme si elle voulait se cacher de la mer, en éviter la rencontre, puis toutes les filles de la frontière, Fontarrabie, Hendaye, Irun, Béhobie, assises sur ses rives jonchées de fleurs. De l'autre côté, sur des mamelons chargés de vergers et de chênes touffus, des moissons dorées, d'antiques maisons basques se regardant coquettement, comme des jeunes filles au lever du jour de fête. Le mont Jaizkibel, avec ses tours carlistes et sa chapelle de Notre-Dame, festonne et dentelle l'horizon. La vue descend en suivant ces ondulations jusqu'aux rochers noirs et aux falaises abruptes de San-Telme et du cap Figuier, puis enfin c'est la mer, l'immensité bleue sous le ciel d'azur.

La poitrine se dilate comme pour aspirer l'infini dont elle éprouve la sensation. Les yeux s'ouvrent, le vent souffle en légère brise ; l'azur du ciel pâlit pour laisser place à un bleu plus tendre. Voyez, ce n'est plus du bleu, c'est du vert: la mer, sa fidèle compagne, se transforme avec elle ; elle change sa robe d'azur, en celle d'émeraude. Tous les tons, toutes les nuances s'estompent sur ses flots qui se rident. La voici transformée en une plaine immense où toutes les végétations se croisent avec leurs couleurs diverses, et sur cette plaine chevauche l'écume blanche des vagues, comme un troupeau de moutons que Neptune presse devant lui et qu'il fait bondir sur les falaises, et lance jusque sur les flancs des montagnes, où les vagues deviennent des brebis à laine pendante et aux mamelles gonflées. Trois immenses rochers, qu'on appelle les trois sœurs, semblent présider au bondissement des flots, comme des bergers auxquels le roi des plaines liquides a commis le soin de son troupeau. Derrière ces trois rochers, un large et riant coteau vêtu d'un bois de chênes, montre avec orgueil à la lune et aux astres le château d'un prétendu savant, appelé d'Abbadie. C'est le seul endroit où l'art humain a tenté de rivaliser avec la nature. Viollet-le Duc, qui certes s'y entendait, a construit une belle retraite à la vanité humaine, mais son œuvre, quelque belle et grandiose qu'elle paraisse, est écrasée par les splendeurs qui l'environnent, assombrie par les hôtes étranges qu'elle enserre et cache avec soin.

On quitte avec regret .la plateforme de CharlesQuint d'où la vue se repaît de lumière et de splendeurs, pour entrer dans les immenses couloirs en sous-sols voûtés, et l'on descend en toute hâte pour ne pas perdre dans les dédales de la caserne abandonnée, les enchantements que l'on a goûtés là-haut. La place entière sur laquelle on tombe était autrefois environnée de murs et de forts. Les plans de ces fortifications, comme ceux du grand palais commencé vers la fin du XVIe siècle, se trouvent aux archives de Simancas, copiés en 1844 par la direction du corps des ingénieurs. Ils ne remontent pas au delà de 1574 et 1581 (1).

Dans ces archives se trouvent le nom d'un certain Frontino, maître des travaux de ce genre, à la date de 1574, et une lettre de Tiburcio Expanochi, du 20 novembre 1580, par laquelle il déclare avoir levé le plan de Fontarabie et de ses environs. En 1594, le Conseil de Cantabre proposait à Philippe Il de faire

(1) Archives de Simaucas, tomos I, II, siglos xvi, XVII. Seo cion 1 Fortificacio C Ingenieros.

venir Tiburcio Expanochi et de le charger, d'accord avec don Juan Velasquez, des plans et projets de fortification. Une lettre de don Diego Butron, conservée aux archives de la ville (1), déclare que ces projets et plans furent mis à exécution, et que les travaux incessamment commencés furent poursuivis jusque vers le milieu du siècle suivant, jusqu'au siège mémorable de 1638, et, chose étrange et qui accuse des tendances guerrières, à cette époque, jusque dans les hommes pacifiques du sanctuaire, il y est parlé du père Isasi, jésuite qui fut chargé de la direction des travaux, et du père Claude Richard, jésuite aussi, qui fut souvent consulté pour ces fortifications comme pour celles de Saint-Sébastien (2). Toutes les grandeurs des deux peuples qui se touchent par les Pyrénées ont gravi tour à tour les degrés de cet édifice guerrier qui n'a de royal que sa belle terrasse d'où nous avons admiré la nature. En 1613, ce fut Philippe III qui vint avec Anne d'Autriche, sa fille, pour la donner en épouse à Louis XIII. Ce fut Isabelle de Bourbon, fiancée du prince des Asturies, qui fut échangée sur la Bidassoa avec celle qui devait être la reine de France.

Le 2 juin 1660, ce fut Philippe IV avec sa fille Marie-Thérèse d'Autriche, qui devenait l'épouse de Louis XIV. Le 6 juin 1777, ce fut Joseph 11, empereur

(i) Archives de la ville de Fontarabie, année 1542.

(2) Archives de la ville de Fontarabie, année 1542.

d'Allemagne, qui venait reconnaître les brèches faites par les troupes françaises. Le 17 septembre 1858, ce furent Napoléon III et la belle et gracieuse Biscaïenne, l'impératrice Eugénie, puis enfin le prince impérial, en 1867, qui vint incognito de Biarritz. L'alcade, don Pedro Noguera, l'ayant reconnu, courut aussitôt lui présenter les hommages de la ville. En vaillant défenseur des Fueros et des privilèges de sa race, Noguera avait reconnu le sang basque dans les nobles élans du jeune prince, qui, comme le duc de Bourgogne, n'a laissé que des regrets immortels dans la France éplorée et dans tous ceux qui avaient eu l'heur de l'approcher et de le connaître.

Je ne parle pas des capitaines et des généraux qui ont arrosé ces murs de leur sang. Je ne parle pas des cris de victoire et des colères de la défaite qui ont tour à tour éveillé les échos de ces voûtes cintrées, ni des bruits de canon ou des chants d'allégresse, ni des fanfares joyeuses des unions pacifiques. De toutes ces magnificences, de toutes ces pompes royales et guerrières, il ne reste que ce grand mur noir et ces ruines vêtues de lierre, d'adiante et de violier, véritable mausolée élevé à la gloire des héros qui sont tombés sur le champ de bataille. Seule, une pierre s'est rencontrée plus parlante que les autres en son langage muet. Elle gisait sur le sol brisée, lorsque don Miguel Rodriguez-Ferrer la découvrit sous la mousse, la restaura, en ranima les caractères effacés par le temps et la donna au curé de la paroisse, don José-Joaquin Ollo, lequel l'a transportée et placée à Notre-Dame de la Guadeloupe sur le mont Aizkibel. Sa place primitive était au fronton de la porte d'entrée du palais de Charles-Quint; les traces s'y trouvent encore. Son langage est une prière ancienne empruntée au formulaire d'exorcisme, conjurant les éléments du ciel.

Elle accuse la foi de l'empereur qui survit à sa puissance oubliée, car elle dit : Le Christ est venu en paix et se fit homme de la vraie chair humaine.

Le Christ, guérison de tous, passait en paix.

Le Christ fut crucifié.

Le Christ fut mis à mort. Le Christ fut enseveli. Le Christ monta au ciel. Le Christ commande.

Le Christ règne. Le Christ nous défend de la France. Dieu est avec nous.

 

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

Retour au sommaire                                               Suite

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

 

______________________________



Posté par hendayehistoire à 15:40 - Commentaires [0] - Permalien [#]

CHAPITRE VI

CHAPITRE VI

PRÉCIS d 'HISTOIRE

Les origines de la vaillante ville de Fontarabie remontent à mille ans environ. Ce que l'on raconte de son existence antérieure tient plutôt de la légende que de l'histoire.

 Fontarabie, en basque, Ondarrabia, corruption de Ondar-Ibaia, qui signifie épave de rivière, terre abandonnée par les eaux, doit ses premières fondations à un roi des Goths. Un bloc de pierre, qui a été trouvé, vers la fin du siècle dernier, dans les ruines du vieux château, semble l'établir, car il portait profondément gravé le nom de Wamba, roi des Goths. L'historien Isasti (1) après Beuter (2) et Florian de Ocampo (3), chroniqueurs de CharlesQuint, l'affirmait en 1625, et ceux qui ont écrit après lui, s'appuyant sur la pierre dite de Wamba,

(1) Isasti. Compendio Historial, lib. IV, cap. i, no 4, p. 446.

(2) Beuter, lib. I, cap. xxvii.

(3) Ocampo, lib. I, cap. n ; lib. VII, cap. xiii.

ont répété encore avec plus d'assurance son affirmation. Néanmoins, il existe un document que je donne plus loin, qui semble le contredire et donner à notre ville une antiquité plus reculée.

 Ce document, c'est l'acte du martyre de saint Léon, premier évêque de Bayonne, qui dit que le grand apôtre du golfe Cantabrique, arriva d'abord à Faberio, en Espagne, versus Hispaniam accedens in loco qui dicitur Faverio. Ce Faverio, d'après Floranes, homme de véracité et de grand savoir, serait Fontarabie (1).

Or, saint Léon est un apôtre des temps apostoliques ; ce saint Philippe, diacre et compagnon de Léon, dit Helcea, un des premiers évêques de Saragosse, revint à Rome en l'année 67 de l'ère chrétienne comme saint Pierre vivait encore. Hic sanctus Philippus qui diaconus erat comesque Leonis reversus Romam adhuc vivente Petro, anno 67 (2). Donc, d'après les actes de saint Léon, Fontarabie existait déjà au premier siècle de l'ère chrétienne (3). Il y a peut-être moyen de mettre les plaideurs de l'histoire d'accord en les entendant bien. Tous disent unanimement que les premiers habitants de Fontarabie avaient dressé leurs tentes sur le promontoire d'Olearso, au banc du mont Jaizkibel, qu'on y voit encore les premières maisons dont l'une porte le nom d'Arsu et l'autre de Gustiz. A ce compte, Fontarabie d'Olearso

 

(1) Garibai, lib. XII, cap. xxxi.

(2) Diccionario historial de Gorosabel, p. 174.

(3J Archives de l'évêché de Saragosse.

 devait exister aux temps apostoliques et Fontarrabie sur la rive gauche de la Bidassoa n'a commencé de s'élever que sur la pierre de Wamba, en 625, et tous les contradicteurs ont raison. Que Beuter Garibai, Gorasabel et Floranès se donnent donc la main et que la paix soit avec eux.

On ne trouve aucune autre trace écrite de l'existence de Fontarrabie jusqu'à l'année 1180. Cette fois le document ne laisse plus de prise à l'équivoque et au doute; nous n'avons plus des hypothèses, nous avons la certitude : c'est la lettre en mauvais latin du roi de Navarre, Sanche le Sage, lettre par laquelle il concède à la ville de Saint-Sébastien, ses privilèges et ses fueros. Il y est parlé de Fontarabie, Ondarribia : Dono ad populaires de sancto Sebastiano pro termino de Undarribia usque ad Oriam (1).

privilèges et fueros

 

Ces privilèges et fueros, d'abord propres à la ville de Saint-Sébastien, furent étendus à Fontarrabie par le roi de Castille don Alphonse VIII, le 18 avril 1203 (2).

D'après Enao et Gainza, c'est bien Alphonse VIII, en 1203, qui étendit et confirma les privilèges de SaintSébastien (3). Garibai et d'autres historiens tiennent pour Alphonse IX (4). Un tableau qui se trouve dans la sacristie de l'église de Fontarabie représente

(1) Enao, lib. I, cap. XLVI.

(2) Gainza. Historia de la Universidad de Irun, p. 62.

(3) Gorosabel, Diccionario Historial, p. 172. Isasti, Hist. de Guipuzcoa, lib. IV, cap. n, 16, p. 469.

(4) Garibai, tome II, lib. XII, cap. xxiii.

saint Julien, évêque de Cuenca, avec cette inscription : « Saint Julien, évêque de Cuenca, qui fut chargé par le roi Alphonse IX de venir à Fontarabie et de confirmer en son nom les privilèges et droits de la ville. »

L'une et l'autre thèses se peuvent tenir, car les privilèges peuvent avoir été concédés par Alphonse VIII et confirmés par lui-même et par Alphonse IX peu de temps après. Quoi qu'il en soit, ces privilèges accusent déjà, à cette époque, l'importance de Fontarabie. Ce document conservé aux archives, soit de Saint-Sébastien, soit de Pampelune, jette  jour sur les mœurs de l'époque, c'est pourquoi nous le donnons en son entier dans l'appendice. ,

----------------------------------------------------------------------------------------------------------

CHARLEMAGNE

En 778, Charlemagne, mû par son ambition, plutôt que par le zèle de délivrer l'Espagne des Maures, comme on l'a voulu dire, traversa les Pyrénées (1). Hibinaxalabo, roi des Maures de Saragosse, s'étant révolté contre son. maître, Abderamen, de Cordoue, et en craignant les réprésailles, offrit à Charlemagne de se soumettre à sa puissance et à sa merci avec toute sa province, s'il lui venait en aide. Il n'en fallut pas davantage pour exciter les convoitises du grand empereur. Il savait trop bon gré à son étoile de sa bonne fortune pour la dédaigner. Le désir .de civiliser n'était pour rien dans son expédition, car quelle civilisation pouvaient attendre des Francs les Maures de Grenade, de Cordoue et de l'Alhambra (2)? Il envahit donc sans

(1) Eginhard. Anal. de gestis Caroli Magni, an. 778.

f (2) Chron. Silens, num. 18, Era 816.

rencontrer de résistance la Navarre, s'empara de Pampelune et courut jusqu'à Saragosse, non sans causer de notables dommages aux populations désolées et atterrées (1). Après la surprise du premier moment, la colère succédant à la frayeur, un cri s'éleva sur toutes les montagnes du pays basque, depuis le sommet du Jaizkibel, qui touche à l'Océan, jusqu'aux arêtes rocheuses du mont Altabiscar, qui s'en éloigne d'environ quarante lieues. Les troupes ennemies avaient soulevé la vaillance avec la poussière sur leur chemin, et lorsque Charlemagne revint de son expédition, il trouva les montagnes couvertes d'une nuée d'hommes, noire et dense, résolus à en défendre les défilés.

 Les populations d'Olearso, de Fontarabie, d'Oyarzun, de Saint-Jean-de-Luz de  Hendaye avaient couru auprès de leurs frères de Roncevaux et de toute la vallée appelée depuis ce jour la vallée de Charles, Val Carlos. Troublés dans leurs paisibles retraites, ils s'étaient levés comme un seul homme pour une lutte de géants. Un immense cri avait éveillé les échos, longtemps endormis, des montagnes escuariennes.

Et l'Etcheco Jauna s'était dressé devant sa porte.

Et prêtant l'oreille au murmure lointain qui faisait ronfler la gorge rocheuse, il avait crié : « Qui va là !

Que me veut-on? »

(1) Hist. de la Iglesia de Pamplona, par Fernandez Perez, tome 1, p. 24.

Et le chien qui dormait à ses pieds avait bondi ; et il remplisseit de ses aboiements les échos d'Altabiscar. C'est du col d'Ybaneta que le bruit se fait entendre. Il approche, en frôlant les rochers, à droite et à gauche. Ce sont des voix qui se perdent d'abord et expirent au val silencieux, puis l'on distingue le bourdonnement d'une armée qui s'avance. Les nôtres, réveillés en sursaut, y ont déjà répondu du sommet des montagnes, en soufflant dans leurs cornes de bœuf.

 Et l'Etcheco Jauna aiguise ses flèches. Ils viennent! Ils viennentl Quelle haie de lances! Comme les bannières aux mille couleurs flottent dans leurs rangs ! Des éclairs jaillissent de leurs armes Combien sont-ils? Enfant, compte-les bien! - Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize, quatorze, quinze, seize, dixsept, dix-huit, dix-neuf, vingt Vingt. et des milliers d'autres encore ! Comment les compter? ce serait perdre son temps.

Debout les gars ! unissons nos bras nerveux, arrachons ces rochers, de ces hauteurs lançons les sur leurs têtes.

Écrasons-les! Tuons-les ! Et qu'avaient-ils à faire sur nos montagnes, ces hommes du Nord? Quand Dieu fait des montagnes, c'est pour qu'on ne les franchisse pas. Cependant les rochers roulent, bondissent et tombent; ils écrasent les troupes ennemies. Le sang ruisselle de toutes parts, les chairs palpitent. Oh ! combien d'os broyés ! Quelle mer de carnage ! Fuyez, fuyez, ceux à qui il reste de la force et un cheval ! Fuis, roi Carloman, avec tes plumes noires et ta cape rouge. Ton neveu, ton brave, ton cher Roland est étendu mort, là-bas. Son courage ne lui a servi de rien. Et maintenant, Eskualdunack, laissons les rochers. Descendons vite en lançant nos flèches sur ceux qui fuient. Ils fuient! Ils fuient! Qu'est devenue la haie de lances? Où sont leurs bannières aux mille couleurs qui flottaient parmi eux? Les éclairs ne jaillissent plus de leurs armes, humiliées et souillées de sang. Voyons, comptons de nouveau : vingt, dix-neuf, dix-huit, dix-sept, seize, quinze, quatorze, treize, douze, dix, huit, sept, six, cinq; quatre, trois, deux. un. Un! Il n'y en a même plus un! C'est fini ! Etcheco-Jauna, vous pouvez rentrer avec votre chien, Embrasser votre femme et vos enfants, Nettoyer vos flèches, les serrer avec votre corne de bœuf, Et ensuite vous coucher et dormir dessus. La nuit, les aigles viendront manger ces chers écrasés. Et leurs os blanchiront dans l'éternité. Seigneur d'en haut, nous vous prions à genoux, Recevez-les en grâce et pitié dans votre gloire, car encore qu'ils fussent en guerre avec nous, ils sont aussi vos enfants. Après cette rude bataille de Roncevaux et de ValCarlos, la paix régna sur les sommets du pays basque. Ce fut le seul événement qui troubla quelques jours le repos du peuple escuarien et, par conséquent, celui de Fontarabie.

_______________________________________________________________________

 A partir de cette époque, sous le sage gouvernement des rois de Navarre et l'égide protectrice de ses fueros et privilèges elle reprit sa vie paisible de pêche et de labour. Elle faisait de lointaines et périlleuses expéditions sur la mer à la recherche de la morue et de la baleine, comme l'indique la partie inférieure de ses armes.

Elle découvrit avec les marins de Saint-Jean-de-Luz, les îles de Bacalaos, et de retour au foyer, après avoir essuyé plus d'une tempête, assise sur ses rives enchanteresses, elle s'occupait à renouer les mailles rompues de ses filets.

 Pour en assurer la vie paisible contre les surprises ennemies, Sanche le Fort commença à la fortifier en 1194 : les murailles commencées par lui ne furent achevées que par le roi Alphonse VIII, en 1203 (1).

Tour à tour sous la couronne de Navarre et sous celle de Castille, elle fut souvent troublée par des événements de différente nature, qui tantôt la remplirent d'allégresse et de joie, et tantôt, l'accablèrent d'amertume et de tristesse.

 Un jour, en 1412, comme elle s'occupait aux semailles de maïs dans ses champs, et à la pêche dans son océan bleu, elle fut envahie par les troupes de la Navarre unies à celles de France sous le commandement d'Aman Labrit, livrée au pillage et aux flammes qui la dévorèrent presque en entier.

Un second incendie, survenu en 1472, acheva ce qu'avait épargné le premier. Il ne resta que neuf maisons debout sur toutes les ruines fumantes et amoncelées (2). Quelques années à peine écoulées, en 1488, Alain d'Albret y assemblait quatre mille hommes d'élite, que le roi Ferdinand d'Aragon avait mis à sa disposition pour aller combattre le duc d'Orléans.

C'est de Fontarabie qu'il prit voile pour les côtes normandes après avoir vendu sa vaisselle d'argent (3).

(1) Garibai, tome III, lib. XXIV, cap. xv, fol. 164, année 1567.

— Hisloria de la Universidad de Irun, por Francisco Gaiuza, cap. XVII, p. 82, an. 1738.

(2) Gorosabel, Diccionario historial, p. 168. — O'Reilly. Sitio de Fuenterrabia. — Moret.

(3) Monlezun, Histoire de la Gascogne, tome V.

 

 

 

A cette période d'agitation succéda une période de paix qui alla jusqu'à l'année 1521. On se trompe gravement lorsqu'on affirme que la guerre lui vint alors de la France ; la guerre et le siège de 1521 ne furent portés à Fontarabie que par les Navarrais, car il s'agissait de l'indépendance du royaume de Navarre, et, par conséquent, de l'indépendance du pays basque menacée par l'Espagne (1).

 Les Français, dans la circonstance, ne furent que les alliés des Basques navarrais qui voulaient venger la félonie de CharlesQuint, qui après avoir promis à leur roi Jean d'Albret de le rétablir sur le trône de Pampelune dont il avait été injustement dépouillé par Ferdinand, roi d'Espagne, se rit et se joua de ses serments et du traité de Noyon, et s'opposa aux prétentions de la Navarre soutenue par François Ier.

C'est Charles-Quint qui acheva le royaume de Navarre tout en promettant de le reconstituer (2).

 Aussi, les Basques le considérèrent comme un traître et un félon. L'astucieux empereur eut beau s'entourer d'un médecin basque, et des conseils d'un confesseur basque, il eut beau apprendre la langue des vieux Cantabres et s'entretenir dans cette langue avec euxpour se rendre populaire, jamais il ne perdit la défiance et le mépris dans lequel le tenaient les Navarrais. Si bien qu'un jour, comme il cheminait sur la montagne, il reçut une franche leçon d'un muletier qui poussait devant lui ses mules chargées de

(1) MOlllezun, Histoire de la Gascogne, tome V.

(2) Gorosabel. Diccionario Historial, 178. — Moret. — Gainza.

froment. - Muletier, lui dit l'empereur, d'où viens-tu?

Mandozaïa nondic zatoz? — De la Navarre, Nafarrotic.

—11 y a en Navarre beaucoup de froment? — Oui, seigneur, beaucoup. — Nafarroan gari asco. — Bai jauna asco. En Navarre beaucoup de froment, mais, pas du tout pour moi. — Seigneur, vous l'avez dit, pas du tout pour vous. Nafarroan gari asco, batere, batere, ez neretako. - Jauna batere zuretako (1).

FRANCOIS 1er

C'est sous les murs de Fontarabie, sur la Bidassoa, en face du château de Charles-Quint qui la domine que se fit l'échange entre François Ier et ses deux fils, le Dauphin et le duc d'Orléans, livrés en otage (2).

François Iers'était battu avec une telle vaillance à Pavie qu'il avait tué de sa propre main sept soldats ennemis.

Le soir venu, comme il s'aventurait trop loin dans l'ardeur du combat, un arquebusier lui tua son cheval, et dans sa chute il se trouva en face d'un Basque d'Hernani, du nom de Jean Urbieta, que cette circonstance a rendu célèbre.

 Le brave soldat guipuzcoan, frappé de sa distinction, l'arrêta en lui mettant la pointe de son épée sur le flanc, à l'endroit laissé découvert par son armure. « Rendez-vous, lui dit-il. - Je suis le roi, répondit François Ier, et je me rends à l'empereur. » Urbieta le comprit, mais voilà qu'au moment où il était tout entier à la joie de sa royale capture, il aperçoit le porte-étendard de sa

(1) Lope de Isasti, ano 1625, lib. I, cap. XIII, 13, p. 168.

(2) Lope de Isasti, aiio 1625, lib. IV, cap. VIII, 12, p. 529. —

Sandoval, Historia de Carlos V, tomo I, lib. XII, 31.

compagnie qui se débattait parmi les fantassins français-. Aussitôt il s'écria en toute hâte : « Si vous êtes le roi, quelle preuve m'en donnez-vous? » Pour toute réponse François Ier souleva son amulette, découvrit son visage, lui montra sa bouche édentée dans sa partie supérieure, avec ces mots.: « A ceci vous me reconnaîtrez.— Bien, » fit Urbieta, et, sans s'attarder davantage aux gages et aux questions, sur la simple foi d'une parole du vaillant roi, il courut défendre son drapeau menacé et le sauva. Sur ces entrefaites, un autre homme de guerre, Diego de Avila, rencontre François Ier ; le voyant de bonne mise et de figure avenante, il le pria de se rendre. « Je suis déjà rendu à l'empereur, lui dit le royal prisonnier. — Et quel gage en avez-vous donné? — Aucun. — Mais il en faut un. — Voici mon épée, » et il la remit toute sanglante au soldat d'Avila moins confiant que le Basque Urbieta (1).

Nul n'ignore les souffrances que dut endurer à Madrid le roi, dont l'élégance et la grâce égalaient la bravoure. Il y faillit mourir et il y serait mort sans les soins de Marguerite, sa sœur, accourue auprès de lui. L'empereur fut aussi brutal que félon avec un prince qui était la droiture et la délicatesse mêmes et qui avait été prisonnier de sa parole avant de l'être de son. rival. Sa captivité ne prit fin qu'à des conditions très onéreuses, et ses deux fils en furent le gage.

(1) Sandoval, Historia de Carlos, tomo I, lib. XII, 31.

(2) Monlezun, Histoire de la Gascogne, tome V.

 Vingt-deux mulets chargés d'or et d'argent traversèrent à gué la Bidassoa et se rendirent au château - de Fontarabie; c'était le prix de la rançon. Dans le  même. temps deux barques s'avançaient de l'une l’autre rive : l'une portait les deux fils de France, conduits par Lautrec à la tête de huit gentilshommes ? armés seulement d'une épée : l'autre, le roi avec Lannoi, vice-roi de Naples, et huit gentilshommes I" espagnols.

 Au milieu de la rivière les deux barques  royales se rencontrèrent, sans qu'on permît au père d'embrasser ses enfants. Les regards échangés en cette cruelle circonstance se dirent tout, et je laisse à penser quel fut leur langage. Je laisse aussi à penser quels purent être les sentiments des populations de la frontière assemblées en foule, et de quel œil se ïls regardèrent les bateliers, et de quelles langues ils le traitèrent en face d'un spectacle qui provoquait la pitié d'une part et l'indignation de l'autre. Le prince le plus chevaleresque et le plus loyal s'était trouvé aux prises avec la fourberie et la bassesse les plus révoltantes. Jetons un voile sur ce tableau, et arrêtons nos regards sur une scène plus digne de deux grands peuples.

Passage des rois princes et princesses

CHARLES IX

- Le 12 juin 1564, Charles IX, petit-fils de François Ier, vint voir sa sœur Elisabeth, devenue reine d'Espagne - par son mariage avec Philippe II.

 Sa marche ne ressemble point à celle de son malheureux grand-père : elle fut joyeuse et triomphale.

 Le fils de CharlesQuint, ayant pour femme la petite-fille de François Ier, devait faire oublier les rigueurs de son père.

 Elisabeth s'avança au-devant de son frère, accompagnée des trois évêques de Pampelune, de Calahorra et d'Orihuela, et du duc d'Albe, confident et ministre de Philippe II

. Charles IX, de son côté acclamé partout, arriva à Saint-Jean-de-Luz avec la reine-mère Catherine de Médicis. On leur fit grand accueil et belle fête.

Saint-Jean-de-Luz, tout en festons et guirlandes, se fit remarquer par son entrain. Une goëlette, à laquelle on donna le nom de Caroline, y fut lancée en l'honneur du roi. Sur le lieu même qui avait été le théâtre de l'humiliation, la gloire et la grandeur se donnaient rendez-vous, sous les yeux de deux peuples accourus de toutes parts et qui avaient envahi les monts, les collines et toutes les hauteurs d'alentour.La vallée de la Bidassoa, sillonnée dans tous les sens par la cavalerie et l'infanterie de la France et de l'Espagne, était comme une immense arène dont les montagnes, les coteaux, les falaises formaient les tribune

. Fontarabie, qui avance sur la rivière et la force à un contour, semblait en être la loge principale où se pressaient en curieux tous les grands d'Espagne. Les barques richement pavoisées et couvertes de fleurs attendaient, frémissantes, les hôtes royaux qui devaient s'asseoir en elles sous les dais de brocart d'or qui reluisaient au soleil éblouissant du mois de juin.

Tout à coup une longue et joyeuse clameur fait retentir la vallée : c'est Élisabeth qui s'avance sur le môle de Fontarabie, suivie du duc d'Albe, des prélats'et des dames de la cour.

Catherine de Médicis, impatiente d'embrasser sa fille, apparaît sur la rive espagnole et l'entraîne sur la barque qui la doit conduire vers son frère.

 Charles IX était déjà au milieu de la rivière, attendant sa sœur.

Et les cloches des églises de Fontarabie et d'Irun faisaient 'belle volée; tambours, trompettes, hautbois s'y joignirent en grande mélodie; des acclamations partirent- de toutes parts. Et au milieu de tout ce concert d'enthousiasme, les deux barques d'or se rencontrèrent, et le roi de France embrassa la reine d'Espagne, sa sœur, sur les mêmes flots où leur grand-père avait passé sans pouvoir embrasser ses fils.

 Il était midi, la chaleur était accablante, les soldats étouffaient sous les armes. Sous une feuillée touffue, couverte de roses et de lis entrelacés, qui donnait l'illusion d'un palais de verdure et de fleurs dont le parfum embaumait la rive française, une table était dressée où la famille royale réunie, entourée des grands de l'un et l'autre peuple, fit une riche et fraîche collation.

Après le repas, Charles IX ayant déposé sa sœur en grand honneur sur une belle haquenée blanche dont il lui avait fait présent, ils partirent en magnifique cortège pour Saint-Jean-de-Luz où ils passèrent la nuit. Le lendemain, le cortège reprit le chemin de Bayonne, où le roi s'était rendu la veille. Un palais de planches, dressé près de l'évêché, attendait Élisabeth et sa cour, mais le cortège grossit tellement et de tant de gens d'importance s'emplit, qu'à neuf heures du soir la reine et sa mère n'avaient pas encore atteint les portes de la ville.

 Il y eut dix jours de fêtes pendant lesquels Charles IX défraya généreusement les seigneurs espagnols qui accompagnaient sa sœur. Le 23 juin, il s'embarqua pour aller dîner à l'ile d'Aigueman où l'avaient précédé sa mère et sa sœur. « Pour cette cause la royne y fit faire une belle feuillée qui coûta un grand denier et un festin ou souper auquel les grands seigneurs et dames portaient la viande et estaient habillés en bergers et bergères. Puis après souper qui estait vigile de saint Jean-Baptiste, s'embarquèrent pour aller voir le plaisir du feu de Jouannie qui fut magnifiquement fait au milieu du fleuve du Gave. Il y avait tout du long de ladite rivière, des baleines, dauphins, tortues et sirènes toutes contrefaites en artifice de feu qui fut un grand plaisir qu'il était bien deux heures après minuit quand ils furent retirés en leur logis de Bayonne. »

Le jour de la Pentecôte, pour donner à la religion sa part de solennité et de joie communes, devant une multitude incroyable d'Espagnols assemblés en la cathédrale de Bayonne, le roi toucha des écrouelles.

Le 2 juillet enfin, la fête, s'acheminant vers son départ, se porta à Saint-Jean-de-Luz. Le roi y passa huit jours pendant lesquels « print plaisir à se faire pourmener à la grande mer avec des barques et à voir danser les filles à la mode basque qui sont tondues, celles qui ne sont pas mariées, et ont toutes chacune un tambourin fait en manière de crible, auxquels il y a force sonnettes et dansent une danse qu'ils appellent la canadelle et l'autre bendel. »

Après la danse de Saint-Jean-de-Luz, la Bidassoa revit le cortège royal éblouir encore ses flots. Charles IX et sa sœur s'embrassèrent en grandes larmes, car ce fut pour la dernière fois.

Catherine de Médicis, en mère que la séparation retient, suivit sa fille jusqu'à Irun, pour être plus longtemps avec elle, puis, le cœur tout gros de s'en éloigner, elle courut à Saint-Jean-de-Luz et trouva consolation auprès du roi son fils de l'absence de sa fille.

Cinquante années s'écoulèrent durant lesquelles Fontarabie et la Bidassoa vécurent du souvenir de ces journées à jamais mémorables.

1615---  Elisabeth  sœur d’Henri IV et le Prince des Asturies

 Aucun événement de si riche nature ne vint réveiller les paisibles échos de leurs montagnes, lorsque le 4 novembre 1615 une autre Elisabeth, sœur d'Henri IV, s'avança d'un côté pour aller épouser le prince des Asturies, tandis qu'Anne d'Autriche, fille du roi d'Espagne Philippe III, arrivait de l'autre pour devenir la femme de Louis XIII.

Ce fut encore un échange entre les deux princesses bien différent de celui de François Ier et de ses deux fils. Cette fois encore la rencontre fut belle; elle se fit avec une pompe et une allégresse indicibles.

 Tandis qu'Elisabeth de Béarn venait à Saint-Jean-deLuz, Anne d'Autriche, accompagnée du roi son père, descendait au palais de Charles-Quint à Fontarabie.

Malgré le temps sombre que novembre porte avec lui, toute la frontière était en grande liesse : les chemins et les avenues par où la reine devait passer étaient ornés de verdure; une jonchée de buis les couvrait.

Fontarabie surtout, où le roi et la reine devaient séjourner, avait revêtu ses beaux atours. Sa porte d'entrée, convertie en arc de triomphe où l'éclat de l'or et de l'argent animait les rayons pâles du soleil, était surmontée de faisceaux militaires, et tous les ordres de la chevalerie et de la noblesse attendaient à droite et à gauche l'arrivée du cortège royal.

 L'alcade, le bâton du commandement et de l'indépendance à la main, se tenait devant avec les clefs de la ville et les autres membres de l'ayuntamiento. La rue principale formait jusqu'à l'église une voûte de pierreries, de riches étoffes et de verdure. De chaque balcon tombaient des draperies de velours aux armes de la ville brodées d'or. Le sol disparaissait sous la jonchée et sous les linges blancs qu'on y avait répandus. Le palais de Charles-Quint était pavoisé ; les drapeaux des deux royaumes y flottaient au vent et à travers les créneaux qui le couronnent, les canons avançaient leurs gueules et mêlaient leurs voix à celle des cloches et de la musique.

 La princesse Élisabeth était déjà sur la Bidassoa dans un bateau richement vêtu et au pavillon français. A côté de la sœur d'Henri IV étaient assis le duc de Guise, le duc d'Uzès, le duc d'Elbœuf et le maréchal de Brissac. La duchesse de Nevers et les comtesses de Lauzun et de Guiche l'accompagnaient.

 L'infante d'Espagne quitta le môle de Fontarabie et s'avança sur la barque royale vers le milieu de la rivière et lorsque les deux princesses s'embrassèrent à leur rencontre, une décharge d'artillerie se fit entendre de tous les forts et de tous les sommets à la fois.

 La foule tressaillit sur les hauteurs qu'elle occupait et acclama dans le baiser de ces deux princesses le baiser de deux peuples trop longtemps divisés.

Toutefois ce ne fut encore là qu'une ébauche de la réconciliation définitive et de la grande fête, car quelques années plus tard, la guerre devait troubler les relations d'amitié que des gages aussi beaux semblaient devoir immortaliser. La guerre éclata en 1635, puis vint le siège avec son noir cortège.    

 

  L’union la plus solenelle, la plus éclatante, fut célébrée avec des réjouissances inouïes quarante-cinq ans plus tard, le 6 juin 1660. Philippe IV, fils de Philippe III et frère d'Anne d'Autriche, se trouvait avec sa fille Marie-Thérèse au palais de Fontarabie.

Il y venait pour la donner en épouse à son auguste neveu Louis XIV.

 Louis XIV, de son côté, à peine âgé de vingt ans, s'approchait, accompagné de sa mère, au devant de sa cousine germaine qui allait devenir sa femme. Cette fois, les barques pavoisées sillonnaient la Bidassoa, portant, non le royal cortège, mais la foule des grands et des petits. Chaque batelier avait, pour cette circonstance, orné, nettoyé, habillé sa barque de fleurs et de festons de verdure, pour y convier les amis et les curieux venus de loin. Les eaux disparaissaient sous les barques innombrables, chargées de princes, de ducs et de duchesses. Un magnifique pont de bateaux couvert de draperies d'or et aux armes de France et d'Espagne, unissait les deux rives à l'île des Faisans, et sur ce pont deux haies de mousquetaires et de soldats faisaient briller leurs armes au soleil de juin.

 Louis XIV et Philippe IV arrivèrent en même temps sur le pont et s'avancèrent l'un vers l'autre, dès leur entrée dans l'île; Louis XIV surtout, avec son maintien digne sans affectation, sa démarche élégante et assurée, son visage expressif, illuminé de deux yeux qui lançaient des éclairs et encadré d'une chevelure bouclée qui tombait sur ses épaules, paraissait comme l'image la plus sensible, l'incarnation même de la majesté royale.

 Philippe IV disparaissait devant lui, mais, dès que le jeune et grand roi aperçut son oncle dans son humble présentation, il s'empressa auprès de lui, s'inclina, lui fit mille grâces simples et charmantes et, avec cet art aimable et cette distinction dont il relevait tous ceux qui l'approchaient, il le prit par le bras, et l'entraîna sous un dais de velours à franges d'or qu'on avait dressé parmi la verdure au milieu de l'île, le fit asseoir sur un siège ; et ses prévenances filiales firent tant et si bien que sa grandeur s'effaça en bonté pour rehausser celle du roi d'Espagne, et lui rendre le rang d'égalité que lui voulait l'amitié. Les témoignages échangés d'affection et de paix émurent les grands des deux cours, au point d'en arracher les larmes.

 Parmi les effusions vives de l'heureuse rencontre, on ne pouvait distinguer lequel des deux était le plus grand. Philippe IV se retira de l'entrevue qu'il avait eue avec son neveu dans le dernier contentement. Le jeune roi avait ensoleillé de sa gloire et de ses charmants attraits le vieux monarque espagnol. Il en fut enivré tout le jour, et quand le lendemain il revint de Fontarabie dans l'île des Faisans avec l'infante, sa  fille, en revoyant Louis XIV accompagné

de sa mère, il complimenta longuement Anne d'Autriche, qui était sa sœur, sur les charmes et l'intelligence de son royal neveu ; il témoigna hautement combien il était heureux de donner sa fille à un gendre aussi accompli, de la donner à la maternelle sollicitude de sa tante.

 Le mariage de Marie-Thérèse par procuration avait été célébré la veille dans l'église de - Fontarabie. Toutes les armes y avaient été représentées, tous les rangs de la noblesse et du clergé avaient empli les trois nefs, et les rues pavoisées, couvertes de fleurs. Sous les arcades de feuillage et de guirlandes touffues d'où s'exhalaient les plus douces senteurs, le flot de toutes les grandeurs humaines avait coulé en murmure joyeux. Aujourd'hui la foule - s'est portée sur l'île des Faisans, où les deux monarques étaient réunis.

Chacun tenait dans sa main son bouquet de roses et de lis. Sur les deux rives, les armées des deux royaumes étaient en présence comme pour une bataille rangée. Les mousquets se répondaient comme dans le champ de bataille, et répandaient leur poudre en fête et réjouissance, comme pour témoigner qu'ils ne devaient plus servir à la guerre. L'immense concours du peuple poussait des cris d'allégresse des sommets des coteaux et des collines d'alentour : « Vive le grand roi 1 Vive la jeune reine ! Vive Philippe IV ! A bas les Pyrénées!

Vive la France ! Vive l'Espagne.» Tandis que toutes ces manifestations enthousiastes éclatent de toutes parts, montent de la rive, descendent des montagnes, s'épandent dans la vallée, Philippe IV embrasse sa fille en pleurant, la remet à Louis XIV, la confie aux soins de sa sœur Anne d'Autriche, et la paix des Pyrénées est conclue.

Deux jours après, le 9 juin 1660, Louis XIV ratifia son mariage déjà célébré par procuration et épousa Marie-Thérèse en personne dans l'église de Saint-Jean-de-Luz. La rue qui allait de la maison Lohobiague où il était descendu, et qu'on a appelé depuis le château Louis XIV, était tendue de riches tapisseries et d'arceaux de fleurs. Les régiments des gardes françaises, les suisses et les deux compagnies de gentilshommes au bec de corbin formaient la haie royale. Les nobles et les grands de la cour défilent deux par deux suivant leurs titres, puis vient le prince de Conti, puis le cardinal Mazarin en rochet et camail. En ce moment, les hérauts sonnent du cor et annoncent le roi. Aussitôt, le jeune et beau mo- narque apparaît en habit noir, dans un magnifique manteau brodé d'or, entre deux huissiers de sa chambre tenant leurs masses d'argent. La jeune reine arrive de son côté sur un pont de fleurs qu'on avait dressé depuis le château, connu aujourd'hui sous le nom de château de l'infante, jusqu'au point de jonction du cortège royal. Elle était conduite par le duc d'Orléans : elle s'avançait dans tout l'éclat de son jeune âge et de ses beaux atours. Elle était vêtue d'une robe de satin blanc broché d'or. Un manteau de velours violet sejmé de fleurs de lis couvrait ses épaules, et trois princesse du sang en tenaient les franges traînantes de distance en distance. La couronne royale, sertie de diamants, éclatait comme un soleil sur-son front. La reine-mère la suivait en mante noire. Jean d'Olce, évêque de Bayonne, en habits pontificaux, reçut les augustes époux à la porte de l'église, qui, suivant une coutume ancienne, a été fermée et murée immédiatement après le passage du roi, pour n'y laisser passer aucune autre grandeur. Le prélat conduisit le roi et la reine sur une estrade de velours violet semée de fleurs de lis et surmontée d'un dais pareil, tandis qu'Anne d'Autriche alla s'agenouiller sur une estrade séparée tendue de velours noir. En souvenir du Môrganeguiba des anciens Franks, l'évêque présenta au roi, dans un plat de vermeil, l'anneau d'alliance et les douze pièces d'or, puis incontinent il bénit le mariage et célébra la messe. Mazarin, faisant fonction de grand aumônier, porta l'instrument de paix à baiser au roi, à la reine et à la reine-mère. La cérémonie fut empreinte de toute cette grandeur, cette noblesse que la royauté ajoute toujours aux devoirs rendus à la divinité. L'alliance entre les grandeurs du ciel et celles de la terre relève l'éclat des pompes religieuses et les ennoblit. C'est fini maintenant ; le fils de l'arrière-petite-fille de Charles- Quint a épousé la fille de l'arrière-petit-fils de Charles-Quint.

Louis XIV ne voulut point d'autre fête, ni de festin ; il soupa en famille, avec la reine son épouse, la reine sa mère, l'une fille et l'autre sœur du roi d'Espagne, et le duc d'Orléans son frère. Il passa six jours dans les douceurs de la vie intime à Saint-Jean-deLuz dans ce même château de Lohobiague, puis il parcourut son royaume, en fit les honneurs à sa jeune épouse.

Toutes ces magnificences ne firent point oublier à Fontarabie ce qu'elle avait souffert, pendant les quatre sièges qu'elle soutint jusqu'en 1638. D'autres guerres qui surprirent sa vaillance vinrent encore troubler son repos, quelques jours bercé par des chants de fête. Elles ont été compendieusement racontées par des historiens espagnols (1). Il est à regretter que des chercheurs à la main peu discrète aient dévalisé sans scrupule les archives de la ville pour soustraire à l'admiration des siècles bien des

(1) Padre Moret, Sitio de Fuentermbia. — O'Reilly, Sitio de Fuenterrabia.

F actes dignes de la postérité. Les malheurs et les t luttes perpétuelles aigrissent les caractères, dévelopent la sensibilité. A partir de cette époque, Fontarabie perdit ses habitudes de paix ; sa vie fut désormais troublée. Elle se tint en garde contre les : moindres bruits de la frontière comme une sentinelle aux aguets, dont la bonne foi a été souvent r surprise ; elle voyait des ennemis partout et tirait parfois sur des fantômes qu'elle prenait pour des adversaires vivants.

A peine en possession de ses droits de cité et des - titres de noblesse si chèrement conquis, Fontarabie ne voulut plus accepter aucune dépendance ; les juntes générales et particulières de la province n'eurent plus d'autorité sur elle, elle- portait son conseil en elle-même, et n'en supportait point d'autre. Enorgueillie par ses luttes et son triomphe, elle se plaça au-dessus des privilèges et voulut avoir le premier rang sur les autres villes. L'accoutumance des combats lui avait fait une âme guerrière ; aussi ne cherchait-elle en toute occurrence que nouveaux prétextes à querelles et à batailles. Les autres villages et villes de Lezo, Irun, Pasaje, qui l'avaient aidée à la résistance comme aussi à la victoire, n'acceptaient point cette maîtrise et prédominance ; ils voulaient leur part à l'honneur comme ils l'avaient eue à la peine. Les choses allèrent à telle extrême de prétention d'une part et de dispute de l'autre qu'on en faillit souvent venir aux mains et que Fontarabie se sépara du reste de la province du Guipuzcoa, car elle ne voulait assister à aucune junte, ni payer aucune charge, de celles-là mêmes qui lui incombaient. La rupture plénière des relations de la ville révoltée avec le reste de l'Hermandad eut lieu à la junte générale tenue à Tolosa le mois d'avril 1651. Les termes de la rupture furent sévères ; la province du Guipuzcoa jugeait et flétrissait en toute rigueur sa fille vaillante, mais infidèle et farouche. Fontarabie fut donc séparée désormais de la fraternité provinciale et considérée comme une étrangère dans la patrie commune, et, pour la blesser plus profondément dans sa fierté et lui faire sentir davantage l'ingratitude de sa conduite, on admit sa rivale Irun à sa place dans la junte.

Quinze ans s'écoulèrent dans cette bouderie emplie de colères et de haine, de menaces et de querelles continuelles. Pendant cette période d'isolement, la Navarre, qui n'a aucun port sur la mer, voulut s'avantager de celui de Fontarabie, et dans cette pensée, elle lui fit les avances les plus captieuses, pour qu'elle s'incorporât à son Hermandad, et consa-

crât par un traité sa nouvelle alliance. De son côté, la junte de la Navarre s'engageait à relever la ville, à y construire un port digne de son incomparable situation, et à lui rendre son ancienne splendeur. Une commission envoyée de Pampelune vint élaborer, sur place, les projets et les plans, arrêtés par la junte, mais l'entente ne put se faire, et en 1666, Fontarabie, lasse de son isolement, se désista de ses prétentions et revint à sa province naturelle.

Quelques années s'écoulèrent dans la paix, lorsque en 1693 un incident de nouvelle nature mit le feu aux

petites rancunes qui couvaient entre les deux sœurs jumelles de la frontière, Irun et Fontarabie; celle-ci, du reste, voyait d'un œil jaloux la place qu'Irun avait prise dans la junte à la faveur de ses dissidences avec la province : elle l'accusait souvent d'avoir fomenté et entretenu la querelle pour en tirer profit elle-même. « -C'est à cela que tu voulais en venir, scélérate ; tu convoitais ma représentation et ma prédominance, lui disait-elle à la moindre rencontre.

—Ce n'est pas vrai, répondait Irun, je n'ai pris que ce que ton mauvais caractère t'a fait perdre. Or bien, vivons chacune chez soi, car de se voir allume la dispute. Bonsoir. » On était de part et d'autre dans cet état d'esprit, lorsque l'alcade de Sacas, espèce d'officier chargé de percevoir les droits de la province, fit dénoncer et arrêter par ses gardes une certaine somme d'argent sur le pont Mendelo. Cette somme appartenait à Fontarabie. Il n'en fallut pas davantage pour remettre tout en question et raviver les furies impatientes du réveil. Les alcades de Fontarabie, accompagnés de seize hommes de la ville, bien résolus, se rendirent aussitôt à la douane d'Iran; saisirent l'alcade de Sacas dans son lit, et sans lui laisser même le temps de s'habiller, ils l'emmenèrent prisonnier au conseil de la ville. Là, comme en un tribunal, ils le jugèrent incontinent comme coupable d'avoir fait prendre l'argent de la ville et ne le relâchèrent qu'après s'être bien assuré de son innocence et peut-être aussi par crainte des représailles. L'alcade de Sacas, qui avait fort sur le cœur le réveil désagréable du matin et sa comparution en chemise devant le conseil, ne se tint pas pour satisfait ; le premier usage qu'il fit de sa liberté fut de courir à Saint-Sébastien et de se plaindre à grands cris de l'odieuse conduite de Fontarabie à l'égard d'un officier de la province. La province, à son tour, prenant l'outrage à son compte, fit une enquête dont les conclusions furent de châtier en leur personne trois habitants de la ville insoumise. A cette fin, elle manda un courrier pour les prier de comparaître à ses assises. Mais ceux-ci, non seulement refusèrent de se présenter, mais comble d'audace, ils s'emparèrent du mandataire de la province, lui arrachèrent la citation dont il était porteur et le jetèrent en prison. Ils envenimèrent le tout d'une lettre d'injures adressée aux représentants de la junte qui l'avait envoyée. La chose prit un tel caractère de gravité, qu'il fallut en référer au conseil royal. Le roi exigea la mise en liberté immédiate du mandataire captif, convoqua les deux alcades de la ville et en exigea satisfaction pour la province offensée. Ainsi finit la querelle.

Les fureurs étant au comble, la noise apaisée d'une part ne fit que reprendre de l'autre. Après : Irun, ce fut le tour d'Hendaye; la rivale d'en face sur c l'autre frontière. Souvent déjà, depuis l'année 1510, Hendaye et Fontarabie s'étaient querellées et battues, et la querelle avait eu pour conclusion une barque brûlée sur la grève et quelques hommes assommés. Que faire entre voisins, si ce n'est allumer la dispute? car la dispute est un stimulant contre l'ennui, elle accourcit et agrémente la monotonie de la paix et du bon voisinage. Tantôt c'est pour une chose, tantôt pour une autre : quelquefois on est d'accord sur le fond et, sur le que si, que non des paroles, on en vient aux mains. Hendaye et Fontarabie se disputent les eaux de la Bidassoa et ses saumons zébrés, et ses aloses et ses truites d'argent, et les passagers et les touristes. Survient-il d'aventure un personnage de rang et de marque, aussitôt les bateliers, rames en l'air, s'arrachent l'honneur de le porter. Si ce sont les bateliers d'Hendaye qui l'emportent, les bateliers de Fontarabie sont en furie, et réciproquement. Ne pouvant contenir leur humeur, ils accompagnent la barque fortunée qui porte le seigneur en chantant aux oreilles des rameurs, dans la verte langue des Cantabres, la litanie des reproches et des injures. — C'est à moi qu'il avait fait signe tout d'abord et tu me l'as ravi. — Ce n'est pas vrai, c'est à moi qu'il a parlé. — Comment le sais-tu?

puisque tu n'entends pas sa langue ! — Je te dis que je l'ai fort bien compris, et que c'est moi qu'il voulait. — Ce n'est pas vrai ! — Oui, c'est vrai ! — Tu en - as menti par la gorge ! — Et toi par le ventre ! — Du reste, je le connaissais avant de le voir. — Où donc l'as-tu connu ? — Mon père avait été au service de sa mère. — Quelle audace ! — Dis donc, depuis quand épouses-tu les reines, fils de poissard?— Tais-toi, fils de cascarot ! — Cascarot toi-même. — Voyez-le, avec sa figure de marsouin ! — Voyez-le, avec son museau de singe ! — Il couche avec les reines ! Ah !

ah! ah,! — Va-t'en! va-t'en! Reçois l'aumône de la pitié ! - Je t'invite à boire un coup pour laver ton gosier des injures dont tu l'as sali! — Attends, attends! nous réglerons nos comptes tout à l'heure.

En effet, ils règlent leurs comptes à la descente du personnage sur la rive. Tant qu'il est sur la rive, les rames se contentent de battre les flots, et la cantilène des menaces et des injures de bercer ses oreilles distraites par le beau spectacle qui ravit ses yeux ; mais, à peine a-t-il gagné le bord, les rames sortent des flots et se tournent en armes d'attaque et de défense entre les champions des deux rives.

Il en fut ainsi en 1Gi 7, après la traversée mémorable-de l'infante Anne de France et de la princesse Isabelle. Mais plus tard, en 1679, lors du passage de la reine Marie-Louise de Bourbon, la querelle entre Hendaye et Fontarabie faillit allumer la guerre entre la France et l'Espagne. Les gens d'Hendaye se plaignirent fort des coups reçus et rendus, et comme la diplomatie se trouvait sur la barque, leurs plaintes devinrent nationales. Les gens de Fontarabie, ô crime impardonnable ! avaient brûlé la barque d'excellence qui portait les domestiques de l'entourage du prince d'Ancourt. Le drapeau blanc fleurdelisé avait été outragé dans la dispute. Les troupes françaises marchaient déjà vers la frontière : quatre frégates occupaient le port de Fontarabie et s'y exerçaient aux représailles, s'amusaient à couler les barques de la ville qui voulaient sortir et celles qui revenaient de la pêche. La situation devenait de plus en plus grave et menaçante. Pour conjurer les malheurs qu'elle semblait annoncer, la junte générale se réunit à Saint-Sébastien sur l'ordre du roi : elle nomma D. Martin Antonio de Barrutia, natif de Mondragon, juge dans la cause pendante, avec mission de faire donner à la France toutes les satisfactions qu'elle réclamait, d'arrêter les coupables et de les conduire à Saint-Sébastien. De Barrutia partit en courrier avec son assesseur, son secrétaire et ses alguazils pour Fontarabie. Mais voilà qu'arrivé au couvent des capucins, il fut arrêté par le père gardien et un des prédicateurs, qui l'engagèrent à renoncer à la mission conciliatrice dont la junte l'avait chargé. La ville entière était, en effet, sous les armes, résolue à s'en servir contre les envoyés de la province s'ils tentaient d'y pratiquer une enquête pour éclairer la situation et de découvrir les fauteurs de la discorde. Sa résolution n'allait à rien moins qu'à tuer au besoin de Barrutia et ceux qui le suivaient. Dans ce péril extrême, le juge de Mondragon crut plus sage d'attendre que de passer outre. Cependant, ne voulant pas quitter la partie sans rien faire, il pria le prédicateur du couvent, homme de savoir et de discours, de se rendre auprès des alcades de Fontarabie. Il pensait que son autorité, ses manières accortes et son bien dire les amèneraient à composition et l'aideraient à poursuivre son mandat.

Mal lui en prit, car les prêtres de la ville vinrent incontinent à sa rencontre et l'obligèrent à retourner à sa cellule Gros-Jean comme devant. Force fut donc à de Barrutia et à sa suite de rentrer à Saint-Sébastien et de raconter à la junte, qui se tenait en permanence, l'inutilité de toutes ses tentatives pour la paix.

De plus, Fontarabie déclara que ses députés, empêchés, ne pouvaient la représenter à la junte. Alors la junte lui manda un courrier, la priant de vouloir bien nommer d'autres députés non empêchés avec lesquels on pût parlementer et s'entendre. A peine arrivé sur les terres de Fontarabie, ce courrier fut arrêté à son tour par huit membres du clergé armés d'escopettes qui lui parurent plus longues que des piques. Ils l'interrogèrent sur ce qu'il était, sur ce qu'il avait, sur ce qu'il voulait ; puis, lui ayant pris le pli dont il était porteur, ils le renvoyèrent avec ces mots : « Va dire à ceux dont tu es le mandataire que Fontarabie n'a plus d'ordre à recevoir du Guipuzcoa. » En entendant cette réponse, la junte décréta, le 21 mai 1680, que, désireuse de la paix et de la tranquillité publiques, et ne pouvant appliquer en toute sa rigueur la loi forale contre les insurgés, Fontarabie était exclue pour toujours de l'Hermandad. Cela fait, elle soumit sa résolution au Conseil du roi pour qu'elle en reçût l'approbation. Le roi fit - observer à la junte qu'encore que Fontarabie eût des torts considérables, sa valeur les couvrait et lui méritait des égards au-dessus de ses fautes, que la province devait se rappeler son passé et savoir élever son indulgence, à l'égard de la ville révoltée, à la hauteur de son héroïsme. Cette lettre royale mit le baume dans l'âme aigrie de la farouche insoumise.

Une nouvelle junte particulière se réunit dans l'ermitage de Olas afin de reprendre Fontarabie au sein de la fraternité provinciale, mais celle-ci se tint sur ses défiances et ses réserves pendant toute la durée de son procès au conseil royal avec elle. Ce ne fut que le 3 octobre 1680 que l'accord se fit entre le Guipuzcoa et sa farouche fille de la frontière, que le décret du 21 mai l'excluant de son sein fut rapporté et qu'elle entra dans la vie commune et normale.

A toutes ces luttes intestines et extérieures succéda une paix qui dura près de trente ans. Assiégée de nouveau en mai 1719 par le duc de Berwick, elle se rendit le 16 juin (1). Elle fut envahie et saccagée une dernière fois par les Français, au mois de juillet 1794.

La fureur destructive des soldats de la Révolution détruisit tous les forts et les défenses qui lui res-

(1) Gorosabel. Diccionario Historial, p. 174.

taient, à l'exception des forts de la Reine, de SaintNicolas, de Leiva et de la Madeleine (1). Napoléon, à son tour, l'occupa sans coup férir et, depuis cette époque, Fontarabie la grande, la noble, la loyale, la farouche, a repris sa vie paisible de pêche et de labour. Que le ciel la lui conserve longtemps, pour la sécurité et le bonheur de ses fils et l'agrément des voyageurs amis qui viennent chercher dans son doux climat, son Océan bleu, son ciel d'azur et ses superbes montagnes, la solitude douce au penseur, la paix chère à tout le monde !

(1)   Gorosabel. Diccionario Historial, p. 115.

 

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

Retour au sommaire                                         Suite

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

 

______________________



Posté par hendayehistoire à 15:43 - Commentaires [0] - Permalien [#]

APPENDICE

 

APPENDICE  

I

FUENTERRABIA. — PRIVILEGIO DE FUEROS Y TERMINOS

Praesentibus et futuris notum sit quod ego Aldefonsus Dei gratia rex Castellæ et Toleti una cum uxore mea Alienor et cum filio meo Kerdinando dono et concedo vobis concilio de Fouterrabia presoenti et futuro forum de Sancto Sebastiano perpetuo habendo. Dono etiam vobis et concedo istos termiuos subscriptos: videlicet de ribo de Ojarzum usque ad ribum, de Fonterrabia, et de peña de Aya usque ad mare et de Lesaca usque ad mare, et de Belfa usque ad mare, et terminum de Irun cum omnibus inde habitantibus. Item dono vobis Guillelmum de Lazon et socios suos, ut siut vestri vicini. Item concedo vobis ilium portum de Astuniaga, quod sit semper vester, tali tamen pacto quod uno quoque anno detis pro illo portu quinquaginla marvotinos. Item, mando llrmiter quod in omnibus vestris terminis ullus sit ausus ganatos ad pascendum mittere nisi cum vestra voluntate. Si quis vero hanc cartam infringere vel diminuere proesumpserit, iram Dei omnipotentis plenariae incurrat, etreg ae parti quatuorcenlum aureos in cauto persolvat, et dammum super hoc vobis iilatum duplicalum restituat. Facta carta apud Palentiam decima octava die aprilis era millessima bicentessima qnadragessima prima. Et ego rex Aldefonsus regnans in Castella et Toleto hanc cartam, quam - fieri scripsi, manu propia roboro et confirmo. — Siguen las firmas de los prelados y ricos-hombres.

II

SAN SEBASTIAN. — FUEROS DADOS POR EL REY DE NAVARRA.

D. SANCHO

In Dei nomine, amen. Hæc est carta auctoritatiset confirmationis, quam ego Sancius Dei gratia rex Navarrae, filius regis Garciæ, facio omnibus, tam majoribus quam minoribus, proesentibus et futuris, qui populati sintetin antea populabuntur in Sancto Sebastiano. Placet mihi libenti animo et spontanea voluntate quod dono et concedo vobis et successoribus vestris bonos foros et bonos costumes.

In primis placet mihi et dono pro fuero, quod non vadant in hoste nec in cabalgata, et quod supradicti populatores sint liberi et ingenui ab omni malo fuero et ab omni mala costume in perpetuum. Similiter dono et concedo eisdem populatoribus de Sancto Sebastiano, qui per mare ad Sanctum Sebastianum arribaverint, vel per terram ad predictam villam cum sua mercatura venerint, quod non dent lezdam ibi,_nec in-tota mea terra ; hoc solummodo retineo, quod si aliqui de populatori bus ad Bajonam troselos vel aliquam mercaturam comparaverint et per Sanctum Sebastianum transierint, ut in alio loco vendant prcedictam mercaturam, donent lezdam, et qui in Sancto Sebastiano vendiderint proedictam mercaturam, non dent lezdam. Similiter volo et dono pro fuero, quod propriae naves de Sancto Sebastiano sint firmiter liberae et ingenuae, quod non dent Portazgo nec lezdam : sed naves extraneae donent lezdam, de unaquaque navi decem solidos novae monete, et de uno quoque trosello quod de navi stractum fuerit duodecim denarios, de arribage insuper suam lezdam ; sed mimis tertiam partem quam daret pro fuero in Pampilona. Extraneus homo donet de unaquaque carga de piscibus sex denarios ; de unaquaque carga de cera sex denarios de arribage et suam lezdam, minus tertiam partem, qua daret in Pampilona de carga de cubro sex denarios ; de carga de stagno sex denarios et suam lezdam, de carga de plumbo sex denarios et suam lezdam; de unaquaque traca de coriis duos denarios: de media traca unum denarium, et si minus fuerît nihil donet. Quicumque anem, et vinum, et carnem ad proedictam populationem portaverit, non det lezdam. Similiter volo, et dono pro fuero populatoribus Sancti Sebastiani, ut faciant furnos, balneos et molendinos ; et possideant ipsi, et omnis generatio illorum libfros et ingenuos, et ut rex nullum censum nonquaerat in eis.

Et dono pro fuero ut aliquis non hospitet in domibus propriis vicini, nisi voluntate senioris domus, et ut nullus nisi Navarrus sit populator in populatione, nisi voluntate regis et consilio omnium vicinorum. Quicuuaque populaverit in Sanct6 Sebastiano, si debitor fuerit, non respondeat suo creditori, nec ipse nec fidejusor ejus usque ad duos annos. Quicumque rancuram habuerit de populatore de Sancto Sebastiano, veniat accipere directum in Sancto Sebastiano ; et si non voluerit accipere directum in Sancto Sebastiano, et pignora levaverit, pectet mille solidos domino regi. Si contigerit quod aliqua navis frangatur in termino de Sancto Sebastiano, et mercatores navis receperint navem, et totas suas mercaturas, dent decem solidos et suam lezdam, sicut superius est terminatum. Dono ad populatores de Sancto Sebastiano pro termino de Undarribia usque ad Oriam, et de Arenga usque ad Sanctum Martinum de Arano, totum saltum quod ego habeo in terminum ilium totum quod ibi est de regalengo ; et insuper habeant, semper per totam meam terram pascua, et silvas et aquas in omnibus locis, sicut homines habent qui in circuitu sunt. Et ubicumque populatores de Sancto Sebastiano comparaverint hereditatem, vel habitaverint in termino de Sancto Sebastiano, vel foras in suis hereditatibus, habeant comparationem liberam et inge- nuam sine ullo malo interdicto vel caso et si per unum annum et unum die lenuerint sine inquietatione, si quis eisposteainquietare vel tollere voluerit donet regi sexaginta solidos, et insuper confirmet hereditatem. Similiter dono pro fuero, quod non faciant pellum-nec duellum cumhominibus deforis per nullo pacto, sed ponat testes, unum Navarrum et unum Francum ; et si testes non habuerit, donet unam juram: etquodnullus sitcaptusilando fidanzas de directo, et si directum non potuerit complere, desuo pede reddat Et si aliquis de populatoribus cum aliqua femina faciat fornicationem voluntate mulieris, non det calumniam, nisi fuerit maritata; sed si foreiaverit earn, pariet eam, vel accipiat uxorem, et hoc est pariare; et si mulier non est digna ut sit uxor illius, ille qui forciaverit, earn debet illi dare lalem per maritum, ut fuisset honorata antequam habuisset eam, secundum providentiam alcaldi, et duodecim bonorum vicinorum; et si non voluerit illi dare talem per maritum, accipiat eam in uxorem : et sit noluerit facere nullum de supradictis duobus, mittat suum corpus in manibus parentum mulieris ad voluntatem illorum ; et si mulier forciata se reclamaverit prima, velsecunda. vel tertia die, et probaverit per veridicos testes' faciat ille, qui forciaverit eam, directum supradictum et reddat regi sexaginta solidos : post tres dies transactos nihil valeat ei.

Et si aliquis contra vicinum suum arma traxerit, scilicet lanceam, aut spatam, mazam, vel cultellum, pariet mille solidos, vel perdat pugnum ; et si unus occiderit alium, pariet quingentos solidos et si unus alium cum pugno percusserit, vel per capillos apprehenderit, pariet sexaginta solidos ; et si in terram jactaverit pariet duocentos sexaginta solidos. Et si aliquis in domo vicini sui intraverit, vel pignoraverit, et pignos traxerit per vim, pariet vigenti quinque solidos domino domus, sed si fidanza fuerit, bene potest pignorare, sicutest fuerum. Merinus regis non accipiat calumniam de ullo homine de Sancto Sebastiano nisi per laudamentum de duodecim bonis vicinis; et nul'us ex hominibus de Sancto Sebastiano vada ad judicium in ullo loco; nisi intus in Sancto Sebastiano : et si homo de Sancto Sebastiano fuerit inventus foras in aliquo loco, et homo de foris habuerit rancuram de illo, veniat cum illo ad Sanctnm Sebastianum et accipiat directum ad forum de Sancto Sebastiano, quia non volo, ut accipiat directum alcaldis de foris. Et si aliquis falsam mensuram, vel pensum, vel cubitum, vel cordam tenuerit, pariet regi sexaginta solidos. Et nullus homo possit esse ingenuus contra Francos de Sancto Sebastiano de aliquo debito; et homines de foris ex quo intus fuerit in Santo Sebastiano; propter malivolentiam aliquam vel propter homicidium quod haheat contra alium non se debent percutere, vel nulla arma debent tenere ; et si contraxerint, pectent mille solidos ; et si omnes populatores se levaverint, et occiderint illum qui alium percusserit, non est ibi calumnia.

De borto. Si hortus aut vinea portas habuerit, donet viginti quinque solidos domino vinsee aut horti, si per semetipsum potest ilium destringere, sed si per semetipsum non potest illum destringere, medietas calnmnioe erit domino villae, et altera medietas cujus vinea erit aut hortus : et istam calumniam dabit ille, qui per vim in vinea aut in horto intraverit, et hoc quod per vim rapuit reddet seniori.

De molendino. Si quis intraverit molendinum per vim reddat viginti quinque solidos domino molendini, et regi sexaginta solidos.

De horto et vinea. Si aliquis furatus fuerit in domo aut in horto, atque in vinea dabit ibi calumniam si potest probari, sexaginta solidos seniori vineae et latro debet reddere furtum, sed tertium furti seniori domus, et de anitaturas tres tosigas aut tres solidos.

De arbore inciso. Si quis incident arborem vicini sui per vim de horto, aut de vinea clausa, pariet viginti quinque solidos. et debet tornare similem arborem in eodem loco, et etiam debet reddere fructum unius cujusque anni, quem arbor incisa deferebat seniori arboris, donec arbor sitnutrita, vel levet fructum.

Si in vinea plana arborem incident, aut in campo, pariet quinque solidos, et faciat jam dictas facendas, et si quis sarmentum aut vimen inciderit in vinea aliena, de primo sarmento, aut de primo vimine, pariet quinque solidos, et de omnibus aliis, de unaquoque duodecim denarios; et si quis coligit caules n die, si non clauserit, pariet quinque solidos et reddat hoc, quod prehendidit et si clausum fuerit vigenti quinque solidos ; et si non potest probare cum testimoniis, debet jurare ille qui negat, et si noluerit, qui probat potest illum tornare per batalla.

Si custos vinearum aut camporum viderit aliquem intrantem in vinea, aut pacentem campos custos vineæ fuerit verberatus in- die, si non potuerit probare per testes, accipiat juram de illo de quod fecit querellam. Si vero nocte verberatus fuerit, levabit ferrum ille de quo fuerit querella. Si non fuerit verberatus, pect&bit custodi vine® sexaginta solidos.

De domo. Si quis intraverit aliquam domum nocte postquam portæ erunt clausse, et domus ignis erit extintu, et homines jacuerint, si senior domus, aut sua familia audierint illum, et voluerint ilium prendere et ipse qui intraverint domum, se voluerit defendere aut fugere, et in defensione ilia erit mortuus, non debent inde homicidium pariare; tamen si capiunt illum vivum, non debent illum interficere postea, sed senior domus potest ilium facere redimere, si vivus fuerit captus, et redemptio ilLa erit sua tota, sed reddere debet bominembajulo senioris villae, et senior domus potest eum dimittere, et si non accepit ab eo redemptionem, non habet senior villæ calumniam super seniorem dumus ; tamen si dimisserit illum et postea latro facerit iude damnum, de captione ilia senior domus non debet Illi respondere; et si aliquis ex parentibus. iuterfecti dicitilli qui hominem interfecit : « tu occidistiparentem meum alio modo, et non in doma J) tuainterfector debet jurare, etsalvare seper ferrum, quod sic iuterfecit ilium nocte in domo sua, et non per aliaLll malevolentialll, et non proevaleat: sed si exierit inde sanus et illesus a ferro, parentes debent flrmare et ille non debet homicidium dare ; sed possunt facere bellum, si ambobus placet, sed hoc non est forum, nec capitula ex parte nostra fuit inventa.

De homine mortuo. Si quis moriatur et non fecerit testamentum ad obitum mortis, et remanserint filii parvi, et si mater duxerit ahum maritum parenies filiorum possunt partire et cognoscere partem filiorum patris, et darefirmas et accipere ; et si mater voluerit tenere iilios suos cum honore et habere, debet dare mater bonas fidanzas parentibus filiorum quod quando filii perveneriut ad perfectam etatem, reddat illis proedictum honorem et habere, et si filii iøtermoriuntur, illam hereditatem et honorem et habere debet tornare unde venit parentibus suis.

Et si filii faciunt donalionem antequam veniant ad etatem duodecim annorum non haberit stabiiitatem ; et de hereditate abolorum non possunt facere douativum, nisi solummodo unam vinéàm" aiut uhain terrrain, aut unam domum, si duas domos aut trés habueruilt, aut dnashereditates, et hoc fillo aut Alice siigb sed bene potes L dare in dote filiis atque filiabu's suis, quando accepériiit filii uxpres et filioe maritos. Si quis. facere-volueijit donativum ~ié Soluınτnцdo~ ddhativiini de' casis'abolorum, et jaoi^h'abuerjt iisi soiuminQdo; unam casam, non potest facere donativum, sed bene potest mandare pro anima sua clericis, aut eclesiis, vel parentibusd.

De locatione. Si quis locaverit domum de aliquo probo homine villoe, et si ipsemet dominus se voluerit inudtarein illam domum qui locaverit domum exeat de domo, et reddeat pretium seniori domus de quanto stetit in ilJa domo; et si cellarium atque pallearium, aut horreum, aut aliqua vasa locaverit, non relinquet usque ad suum terminum; tamen si ille qui domum locavit vult ire Jerusalem, aut in aliam paLriam, aut villam causa stationis, dabit pretium de quanto steterit; sed si vult stare in villa, aut in alio loco aut in villa uxorem ducere, et uxor domum habet, dominus domus pretium suum non perdat.

De falso testimonio. Si aliquis dixderit, aut fecerit falsum testimonium et alius potuerit ilium probare cum decem testimoniis aliis, post quam unus aunus etdies erit transactus, emmendabit cui perdere fecit totam perditam, et qui fecit testimonium in mercede senioris terraeerit, sed si cum testibus non potest probare, per duellum potest se salvare et si victus de bello fuerit emmendabit, sicut supra scriptum est ; sed si duello potuerit vincere, ille qui probat dabit quingentos solidos de calumnia, et erit emmenda de illo qui probare voluit, et de parentibus suis; sed ^i in anno ille uon appellaverit, nunquam amplius respondebit, nec ille amplius debet illum appellare ; quodsi faceret, de calumnia debet dare duos centos et quinquagiuta solidos.

De marito. Si maritus iIle moriatur et habet inde filios, et postea vult ducere alium maritum, mulier ilia debet parliru totum, quantum examplavit cum suo marito primo, cum flliis suis, et honore per mediatatem. Et si mulier habet hereditatem aUam, aut de patrimonio, aut aliquo modo antequam duxisset maritum, non dabit inde portionem filiis. Et si est casus quod prendat duos maritos, aut tres, et de omnibus habuerit Alios, et Alii interim non demandabiint partem, et mater adhuc duxit alium maritum, et tunc venerint filii, et quaesierint illÎ partem, dabit unicuique filiorum partem de exauiplauiento quod fecit cum patribus suis, et de aiia causa non. Et si Alii sunt parvae etatis aut - magner, et volunt partire mater, non potest illQ$4a

tris, sed hoc quod pertinet filiis vel filiabus suis potest vendere et impignorare, si necesse est sibi, et necessitas ilia sit nota a parentibus vel vicinis, et etiam pro fame tiliorum suorum potest vendere. Si filxus remanserit parvus posteaquam per- venerit ad perfectam etatem, et quaesierit mater partem de illo honore et de habere sui patris, de hoc quod erit patris habebit partem in parte patris; et si Alius dixerit : plus habetis de meo patre, et mater dixerit non, Alius potest inde habere unam juram de sua matre ; et si cabezallerii volunt partire, et abolus petit pro suis nepotibus, et dat fidaozas et accepit Alius autorizando, valebit et habebit stabilitatem et quando venerint Alii ad partitioned debent filii partire, et pater et mater debent eligere in omnibus hereditatibus. Et si aliquid volebat dare in illa hereditate Aliorum bonorum, et mater voluerit ilia retinere pro eundem pretium quem alius, retineat. Omnes populatores de Sancto Sebastiano, de qualicumque ministerio fuerint, faciant suum lucrum sine latrocinio et tradilione. Nullus homo qui hospitatus fuerit in aliqua domo Sancti Sebastiani pro nullo debito neque per fidantiam non debent ilium abstrahere de domo nec suum habere; et si merinus vel aliquis homo monstraverit sigillum regis seniori domus, non respondebit de hoc illi. Quicumque fidantiam tenet pro suo habere, querat pignus ad suam fidantiam, et si fidantia mostraverit pignus mortuus, quod valebat minus tertiam partem, accipiat ille pignus, et hoc de tertio in tertium diem sed si bestiam vivam dederit pignus.

accipiat illam, vel antea, vel postea, sed si debita plus valuerit sentum solidos, mostret illi caballuill. vel mulam, aut mulum, vel equam vivam, et si suum habere valet centum solidos, mostret illi bestiam, quæ valeat viginti solilidos ; et si quinquaginta, mostret bestiam de decem solidos; et si non potuerit dare pignus, sicut est supra scriptum, mo tret illi sigillum regis, et si nollet nostrare sigillum regis in hora octava, vadat cum seniore villae, et querat sexaginta solidos, et mittat in carcere regis quousque suum habere habeat, et angueras de ilia bestia suit decem et octo denarii interdiem et noctem, et si est asinus novem denarii; et si ipsa fidancia steterit captivitate unaquaque nocte pectet sexaginta solidos ille pro quo est captus; et si fecerit pectare illud habere, reddat illi ad duplum.

III

CASA DE GUSTIZ

Yo Diego de Urbina, llamado Castilla 'Rey de armas del Rey Don Philipe nuestro señor tercero de este nombre, certifico y hago entera fé y credito a todos quantos esta carta vieren como en los libros y copias de linages que yo tengo de estos Reynos parece y esta escrito en ellos el linage y armas de los Iustiz, su tenor dé los quales es como se sigue.

La casa y solar de Justiz es en la provincia de Guipuzcoa en la jurisdiction de la villa de Fuenterrabia es casa muy antigua y de muy antiguos hijosdalgo y cavalleros, la qual casa y solar esta sita en la montana de Jazquibel los quales vicen y decienden de un hijo del Rey Don Sancho Abarca de Navarra del qual dizen y escriven que andando a caca en la alta montana fue a posar a la alta casa y solar, en la qual avia una señora donzella muy hermosa y el rey enamorado della la procuro y uvo en ella un hijo varon, de quien descienden los de este linage de Justiz : los quales trahen por armas un escudo partido en quatro quarteles, en el primer y postrer quartel en campo azul en cada uno un Castillo de oro, y a cada lado del Castillo un Leon de oro rampante empinante a el y en los otros dos quarteles en cado uno en campo de gules, y una vanda de oro contragantes de sinopla con lenguas hermejas y una orla azul, yen ella ocho estrellas de oro ; y unos deste linage de justiz ponen tan solamente el castillo y leones v otros la vanda con tragantes y orla de estrellas, las unas armas y las otras son como aqui estan y son las verdaderas y para que de ello conste de pedimiento del Capitan Martin de Jistiz vezino de la villa de Fuenterrabia di esta carta y certificacion firmada del nombre de mi titulo y sellada con el sello de mi officio, en Madrid a dos de Julio de mil y seyscientos y treize años.

CASTILLA-REY-DE-ARMA

IV

Gloriosi Martiris Leonis (Fratres Charissimi) natalem celebrantes cum totius vitae, et conversationis eius insignia difficile esset verbis exprlmere. passionis saltern suæ modum, et casum succintis sermonibus audiamus. Fuit ergo vir bonus sacrarum paginarum titulis decoratus, divina revelatione, Sacrique Romanse Curie Consilij approbation ad Archiepiscopatus Rotomagensis Civitatis celsitudinem sublimatus : qui post paucos dies propria sede derelicta, de mandato Sacri Apostolici Colegij versus Hispaniam ad predicandum populo gentilium, Christianae fidei documentum profectus est. Primum accedens in loco, qui dicitur Faverio verbum Domini seminans totum populum ad cultum Christi convertit : deinde ad Villam quæ dicitur Bayona rediens (quae tunc ad infidelibus piratis possidebatur Solis Idolis serviendo). Vespere autem facto cum ad dictaru Villam applicuisset, foribus iam clausis, ingredi non valuit, sed extra totam noctem expectavit. Mane autem facto quidam de Villa egredientes cognoverunt dictum Beatum cum fratribus suis Philippo, et Gervasio a sua secta alienos, et mirati sunt, quia malorum incursus, et ferarum, et serpentium pericula ipsa nocte evaserunt et referentes quos homines extra civitatem invenerant, probi homines dictae Villae honesto habitu ex parte civitatis ante dictum Eantum exiverunt, qui statim cum audissent verbum evangelicae predicationis credere incoe• perunt : et cum eis dictam Villam ingrediens, locum congruum in medio Villæ ad declarandam salutem populi parari jusit in nomine Dei Jesu. Predicavit itaque Vir Sanctus tribus diebus, et divina favente gratia populum ad Fidem Christi convertit; qui una voce clamaverunt : non aliam Legem volumus quam exhibet Leo Sanctus. Et statim Idola subvertentes, construxerunt ecclesiam ad nutum Viri Sancti in honorem beatæ Virginis'Mariae, et Sacri unda Baptismatis baplizillltur per doctrinam dicti Sancti. Quo facto ad Loca deserta, et nemorosa ulterius gradient, oves perditas, sicilicet Infideles longo tempore quae- sivit, et tanquam bonus negotiator infinitum Populum iucratus est, haesiians ne quiddevium, vol lubricuminpopulo inveniret.

Erant autem prope Villam Piratae in cavernis habitantes, qui quadam die cum more solito Villam ingredi præparassent, a Civibus Catholicis turpiter ejiciuntur : qui de conversione Civium admirantes, nimium indignati, et furore succensi, quaesiverunt dictum virum Sanctum, fugientes autem Piratae de Civitate, viderunt Beatum Leonem cum duobus suis germanis, de sua praedicatione revertentem; irruentes in eos, post diversa vulnera caput Beati Viri funesto gladio amputarunt, sed quanto iortius impulsus est ut caderet, tanto firmius stare perhibetur. Et caput suum proprijs manibus de terra erigens, usque ad locum ubi primo praedicaverat ante portam Civitatis viriliter apportavit, et illud quasi victimam holocausti more insti Abel Deo devote obtulit dicens : Hic est locus verse prsedicationis, quem elegi, in quo favente domino requiescam.

Duo etiam fratres Beati Leonis qui cum eo venerant, viso miraculo, prae horrore perterriti fugientes resceserunt. Quæ omnia aspiciens agricultor quidam in vineis, cum clamore valido retulit populo Civitatis. Populus vero contra præfatos homicidas exiierunt, et invenerunt fontem pulcherimum in loco ubi caput scissum cecidit, noviter divinitus emanatum, de quo alhuc hodie totius Civitatis populus adaquatur. Invenientes itaque acephalum corpus Beati Martiris, et caput supra petram positum multa fecerunt perturbatione commoti, et gravis doloris aculeo cordibus sauciati, viso quod amabilis pastor, et praecipuus defensor eorum pro ipsorum salvatione mortem non metueret incurrere tam crudelem. In honore Dei, etipsius corporis Sancti plebs Catholica Civitatis Ecclesiam ibidem construxerunt, et corpus Sanctum honorifice sepelierunt. Per eius merita plurima fuerunt miracula. Mulieres in puerperio invocantes Sanctum dictum a periculo liberantur. Nautæ in periculis maris, et inimicorum protestatibus illesi servantur.

Animalia quæcumque in ipsius custodia commendata a luporum morsibus, et infirmitatibus varijs eripiuntur, et alia immunera procurante domino Jesu.

V

EVECHE DE BAYONNE. — DENOMBREMENT DU DIOCÈSE DE BAYONNE. — 980

Ego Arsius indignus et humilis Laburdensis episcopus, volo tradere notitiae successoribus et posteris, ea quae nostro episcopatui, scilicet B. Mariae Laburdensis subjacent loca. Omnis vailis quæ Citsia dicitur, usque ad Caroli crucem, vallis quae dicitur Bigur, vallis quae Erberna dicitur, vallis quæ Ursaxia dicitur. Bastan item vallis usque in medio portu Belat, vallis quae dicitur Larrin, terræ quæ dicitur Ernania et S. Sebastianum de Busico usque ad S. Mariam de Arosth, et usque ad Sanctam Trianam. Has tenemus et possidemus in dominio S. Mariae Laburdensis ecclesiae, eo tenore ne unquam ab episcopo vel archiepiscopo fiat ulla contradictio, vel proclamatio successori nostro, !Oed potius sit affirmatio. Hæc affirmatio seu stipulatio

facta est in praesentia domini archiepiscopi Auxiensis Odonis, necnon et ams ViNS religiosis, clericis et monachis; Vigente domno apostolico romano pontifice Benedicto VII regnante Hugone Magno rege Francorum, imperante duce Gasconiae Vuillelmo Sancio. Sig. Arsii qui hanc fieri vel confirmari praecepit, sig. archiepiscopi Auxiensis Odonis, sig. Wastonis Centuli vicecomitis, S. Lupi Anerii vie. S. Arnaldi Lupi vie. Aquensis, S. Saluatoris Abbatis S. Seneri. Si quis hanc contradicere voluerit repetitio ejus ad nihilum redigatur, et nisi resipuerit victus canonicali judicio anathema sit.

VI

BULLE DU PAPE CÉLESTIN III QUI ÉTABLIT LES POSSESSIONS DE L'EVÊCHÉ DE RAYONNE. — 1190

Célestin, pape, etc., au vénér. Père B. et aux discrets fils les chanoines de Bayonne. voulant acquiescer avec plaisir à vos justes prières, afin que vous puissiez demeurer dans une ferme et stable possession de tous les biens qui appartiennent à présent ou qui pourront, dans la suite, appartenir à votre Eglise nous avons résolu de les exprimer ici par leurs propres noms qui sont : le lieu même où cette Église est située, avec ses appartenances et dépendances : les Églises de Mayer, de SaintVincent d'Ustaritz, d'Uzquit, de Pagazu, d'Orsai et de Bonloc ; l'hôpital et oratoire d'Apat, l'hôpital et oratoire d'Irizuri avec les appartenances et dépendances, tant desdites églises que desdits hôpitaux; la vallée appelée de Labourd, la vallée appelée d'Orsciis, la vallée appelée de Cize, la vallée appelée de Baygorri, la vallée de Bastan, la vallée appelée de Lesaca, la vallée appelée d'Otarzu. jusqu'à Saint-Sébastien; et nous vous confirmons aussi, par ces présentes lettres, tout ce que votre église a acquis par des voies raisonnables et dont elle est à présent dans une possession paisible par la donation des princes, tant au dedans qu'au dehors de la ville, soit en censives sur des malsons, sur des jardins et sur le four, soit en péages et en revenus de la boucherie, en vignes, en vergers moulins, et dîmes qui vous sont dues des novales de votre évêché, en droits, pêche, tant à la mer que dans les eaux douces, et dans les terres, tant cultivées que celles qui ne le sont pas.

(Extrait du Manuscrit de Bayonne.)

VII

ANO 1478. — COPIA DE UN TITULO DE BENEFICIO ECLESIASTICO

Vicarius generalis in spirituallbus et temporalibus Reverendi in Christo patris et domini domini Joannis, divina clementia Episcopus Bayonensis, in remotis agentis, dilecto uostro domino Petro de Andia presbitero diaecezis Bayonensis, Salutem in domino sempiternam. Yitae ac morum honestas aliaque laudabilia probitatis merita quibus apud nos multiplici commendaris testimonio, inducimur ut tibi reddamur ad gram. Hinc est ad presens. vacante de jure et de facto quadam scolania media in Ecclesia Beatæ Mariæ, villae fontis rabidi, per mortem seu obitum domini Joannis Petri Dascue presbiteri,ultimi et immediati ejusdem mediæ scolaniae possesoris, et adquam quidem mediam scolaniam modo præmiso vacantem fuisti coram nobis, et infra juris terminum per discretum virum magistrum Joannis de Segura in decretis bacallaureum, ut procuratorem Consilii Alcadorum praegositi junctorum Rectorum et bonorum omnium praedictae villae fontis rabidi de quorum potestate nobis extitit facta prompta fides, mediantibus nonnullis amoris legatis nobis exibitis, presentatus et per nos admissus etreceptus quapropter praemisorum meritorum tuorum intuitu volentes te favore prosequi gratioso, prfEdictam mediam scolaniam modo præmisso vacantem tenendam possidendam regendam et gubernandam cum omnibus juribus debitis et pertinentis suis unibersis, tibi tanquam bene merito autoritate ordlnaria per presentes conferimus et donamus ac in pacifica possessione ejusdem mediae scolaniae ponimus ac indicimus et per appositionem virreti nostri super caput tuum per nos appositum de eadem investimus, jurasti enim in manibus nostris super quatuor sancta Dei Evangelia manu tua dextera corporali facta, et 'praedicto domino Episcopo Bayonensi et suis successoribus Episcopis ac officiariis canonicae instantibus eis obediens fidelis mandataque sua ac nostrorum et officiar viorum suorum ad implebis et ad sinodum vocatus venies quando eam contigerit celebrari bonaque et jura praedictae mediae scolaniae non alienabis, sed si quæ alienata illicite vel distracta forsitan invenieris ad jus et proprietatem praelibatce mediae scolaniae revocabis ac juxta posse reducere mandamus insuper dominis Joanni Airaurgui, Estefano de lauda vobis et eorum quilibet qui pro parte tua fuerint requisiti seu requisitus, ut te vel procuratorem tuum ed hoc specialiter constitutum in possessionem et corporalem praedictae mediae scolaniae juriumque et pertinentiarum ejusdem ponant seu ponat, ioducant seu inducat, inductunque deffendant seu deffendat amoto ab ea quilibet illicito detentore et quænu nos tenore praesentium adlllonemus.

Contradictores et rebeles si qui sunt ut non credimus autoritate nostra ordinaria viriliter compesendo super quibus et ea tangentibus vobis plenariae vices nostras per presentes comitimus. In cujus rei testimonium presentes literas fieri fecimus per notarium nostrum subscriptas et sigilo Vicariatus nostri sigilato. Catum in aula Episcopali Bayonae die 22, mensis octobris anno domini i478, presentibus ibidem discretis viris 'dominis Arrualdo Sancii de fita et menaldo de Udnia presbiteris et prsebendarriis Bayonensls testibus vocatis specialiter ut verorum et indubitatorum nostrorum praedictae mediae scolaniæ actis ut.

de mandato prædicto.

Domini mei Vicarii. — Joannes Deccharso.

VIII

COPIE CE LA BULLE DE CONSECRATION DE L'EGLISE PAROISSIALE DE FONTARRABIE

In Dei Domine, amen. Anno a nativitate Domini, millesimo quinquagesimo nono (1059), nono die vero prima mensis Julih nos Johannes de Gauna miseratione divinâ, episcopus Bayonensis et Phirmiensis ecclesiae ad invicem auctoritate apostolicâ perpetni junctæ consecramus ecclesiam parrochialem Beatfe-Mariae-Virgiuis Fontis-Rabidi et duo altaria, uniim in honorem gloriae Virginis Mariee : alterum in honorem trium Mariarum et in principali reliquias undecim millium virginum et beati Leonis inclusimus J. V. Sbq.

Christi fidelibus ipsam visitantibus quadraginta dies de vera indulgentia in forma ecclesiae consueta concedimus, pari modo festum consecrationis omni anno fiet in secundâ dominica mensis octobris cum octabis maribus, in quorum omnium et singuloruni fidem et testimonium presentes litteras reverendo domino Magistro Michaeli de Solaberria tunc temporis assistenti vicario praedictae ecclesiae parrochialis Beatæ Mariae Virginis de Fontarrabia tradi mandavimus, presentibus ad omne, Domino de Landa et Tristando de Justiz testibus ibidem existentibus.

Johannes de Gauna episeopuo Bayonensis et Phirmiensis.

IX

COPIA DEL TITULO BENEFIOIO EN FAVOR DE DON OCHOA DE ARAMBURU, AÑO 1493

Bertrandus de leheto jurium licentiatus, Canonicus Bayonensis, Vicarius generalis in spiritualibus, et temporalibus Reverendi in Christo patris et domini, domini Joannis, miseratione divina in Episcopum Bayonensis electi et confirmatb dilecto nostro domino Ochoa de Aramburu presbitero Bayonensis diaecesis. Salutem in Domino sempiternam, tuis exigentibus probitatis et virtutum meritis quibus apud nos multiplici commendaris testimonio, indicimus ut tibi reddamus ad grâm, liberales, hinc est, quod ad presens vacante de Jure et de facto quarta parte unius scolaniæ in Ecclesia. Beatæ Mariae Villæ fontis Ravidi, per mortem seu obitum cuidam Domini, Petri de Andia presbiteri ultimi et immediati, eidem juncta partis scolaniae, posessoris, et ad quam quidem quartam partem scolanite sic ut promitit vacantem fuisse coram nobis infra juris terminum per discretum vivum magistrum, Petrum de Brust, in artibus, tamenque procuratorem Concilii Alcadorum proepositi junctorum Rectorum et bonorum horum prsedictse Villae fonti Ravidi, ut verorum et indubitatorum portionorum praedictse quartae partis scolaniae de cujus potestate nobis extitit facta prompta fides mediante publico instrumento per magistrum Martinum Sanchez de Arriaga autoritate nostra, publicum notarium facto et retento, presentatus, et per nos admisus et receptus, quapropter praemisorum meritorum tuorum intuitu volente te favore prosequi gratioso, prae lictam quartam partem scolaniae modo praemiso vacante tenendam, posidendam vegendam et gubernandam cum omnibus juris debitis et - pertinentiis suis universis, tibi tanque bene merito confirmamus et donamus ac in pacifica posessione ejusdem quartaj partæ scolaniae ponlmus et inducimus et per appositionem Virreti nostri super caput tuum appositi de eadem investimus. Jurasti enim in manibus nostris. quod praedicto Domino in Episcopum electo et confirmato qui nunc est et succesoribus suis Episcopis Bayonensis intrantibus eris obediens et fidelis mandataque sua et nostra et officiariorum suorum ad implebis, et ad sinodum vocatus venies cum contingent cæle-brari; bonaque et jura dictae quartae partis scolaniæ non alienabis si quealienata illicite vel distracta forsitan inveneris ad jus et proprietatem praelihatae quartæ partis scolaniae revocabis et juxta posse reducimus. Mandantes insuper Domino Joanni Michaeli Bonihort presbitero et beneficiato in dicta Eclesia, et omnibus alliis Capelanis diaecesis Bayonensis qui super hoc fuerint requisiti seu requisitus et coram cuilibet in solidum tenore presentium sub excommunicationis pena. comitent te vel procuratorem tuum ad hoc specialiter constitutum in posessionem realem corporate m praedictae quartae partis scolaniae juriunque et pertinentiarum ejusdem. ponat seu ponant, inducat seu inducant inductumque pro posse deffendat sen defendant amoto ab ea quolibet iIlicito detentore et quem nos tenore presentium admonemus, contradictores et rebeles si qui sint quidem non credimus autoritate ordinaria viriliter compescendo. Super quibus et ea tangentibus pleuaria commitimus vices nostras in cuj usrei testimonium presenles literas per secretarium nostrum iufra scripti fieri fecimus et sigillo virtutis nostri sigillari datum Bayonte die undecima Mensis Magii anno Domini 1493, presentibus-ibidem discretis viris Dominis Arnaldo de Quercu prebendario in Eclesia Bayonensis Bertrando det sa1 Vicario - Sancti Joannis de Lux, Petri de suave in parrochia de Biarrir, presbiteris testibus ad praemissa vocati, actis ut supra : De mandato dicti Domini mei Vicarii.

B. DE AGUERRE, notaire.

X

Pius Papa V ad perpetuam rei memoriam. Exponi nobis nuper fecit Charissimus in Christo filius noster Philippus Hispaniarum Rex Catholicus, quod in Provintia Guipuzcoa, et Regno Navarræ çitra montes Pirineos illarnm partium nonnulla Loca, Oppida, et Domus sub ipsius Philippi Regis temporali dominio et jurisdictione et sub Diedesi Bayonensi consistunt, et propterea considerans; quantum his temporibus Regnis Franciee Religio Christiana, et Fides Catholica periclitat, et fluctuat; Unde si habitatores Locorum, Oppidorum, et Domorum huiusmodi pro eorum ausis, et negotijs spirilualibus, et ad Forum Ecclesiasticum pertinentibus ad civitatem Bayonensem (quae indictis Franciae Regnis consistit) accederent, et recursum haberent, facile succedere, et evenire posset, illos eundo, et redeundo propterea communicationem cum habitatoribus in dictis Franciae Regnis in aliquos errores, qui in ipsa Francia de presenti vigent, incidere, et incurrere ; qnare idem Philippus Rex pio, et Christiano zelo motus, nobis humiliter supplicare fecit, ut in praemisiis de opportuno remedio providere dignaremur. Nos igitur animadvertantes supplicationem ipsius Philippi Regis instam, honestam, ct piam esse, ideo cupientes, prout ex nostro Pastorali Offitio tenemur, habitatoribus locorum, et Oppidorum, et Domorum huiusmodi de opportuno remedio miseri orditer providere, et obviare, ne ipsi in errores nunc in Francia, ut proefertur, vigentes, incidere, in incurrere possint, prsefato episcoqo, et Venerabili Fratri Auxitonensi Archiepiscopo, ipsius Episcopi loci Metropolitano per presentes autoritate Apostolica mandamus, eosque monemus, et hortamurin Domino, quatenus ipsi, eteorum quilibet infra sex menses a die, qua presentes nostra Litterce eis respective presentatæ fuerint computandos, Episcopus fidelicet unum, et Archiepiscopus prefati alium probos, et doctos viros vitae, ac moribus approbatos ex Hispaniarum Regnis oriundos, qui in aliquibus dictorum Regnorum Hispaniae locis opportanis, et commodis residere debeant respective, in eorum respective Vicarios, aut Officiates Forancos deputent, et constituant, expensis tamen Regis Hispaniae Philippi, vel dictorum Hispanite Populorum, et absque dictorum Episcopi, et Metropolitani soliti emolumenti praejudicio, ac deputare, et constituere teneantur respective, Quibus respective plenami et amplam facultatem potestatem et autoritatem dent, et concedaut visitandi ac spiritiiales, et ad forum Ecclesiasticum pertinentes, et spectantes, ac appelatiorum causas, et negotia a sententiis, et aliis decretis, et gestis per Vicarium, aut officialem dicti Epis- copi interpositarum respective audiendi cognoscendi, decidendi fineque debito terminandi. Omniaque alia, et siugula, quæ praefati Episcopus, et Archiepiscopus eorum respective auctoritate ordinaria facere possunt in premissis, et circa ea quomodoiibet necessaria, et opportuna respective faciendi dicendi, gerendi, et exerceudi. Quod si præfati Episcopus, et Archiepiscopus ad praemissa faciendum negligentes fuerint, illaque facere, recusaveriut post sex menses a die presentationis huiusmodi Litterarum, Venerabilibuo Fratribus PampiIonensis, et Calagurritanensis Episcopis quatenus ipsi per se, ant eorum Vicario generales, sen officiales, ant Provisores; Episcopus tamen Pampilonensis visitandi, et spirituales, et ad Forum Ecclesiasticum pertinentis et qurs Episcopus Bayonensis, et Calagurritanensis Episcopus præfati appellationem a dicto 1 Episcopo Pompilonnensi, ant eius Vicario sen Officiali, vel Provisore interpositarum, causas, et rogatia audiendi, cognoscendi, et in praemissis, et circa ea quomodolibet necessaria, et opportuna et quæ praefati Bayonensis Episcopus, et Archiepiscopus eorum respective autoritate ordinaria, respective facere possunt, faciendi, dicendi, gerendi, et exercendi ex nunc prout ex-tunc, et é contra dictis sex mensibus, ut prefertur, elapsis, facultatem, auctoritatem, et potestatem tenore praesentium dicta Apostolica autoritate damus, concedimus et elargimur. Nec non praefatis Bayonensis Episcopo et Archiepiscopo, eorumque Vicarijs, et Officialibus ne de causis huiusmodi se respective aliquo modo po'st elapsum dictum tempus sex mensium, ut prmfertur, intromittere possint, nec debeant sub sententijs, censuris, et paenis ecclesiasticis, contra eos, si contra fecerint, per praefatum Episcopum Calagurritanensem imponendis; et agravandis, et reagravandis specialiter et expresse iribihemus ; deceinentes præsentes nostras Litteras durantibus in dictac Franciæ Regno erroribus praefatis duntaxat, durare debere non obstantibus praemissis et constilutionibus, et ordinationibus Apostolicis, statutis, privilegijs, indultis etiam, juramento contirmatione Apostolica roboratis a Litteris Apostolicis dictis Episcopo Bayonensi, et Archiepiscopo Auxitanensi et quibusvi alijs, cum quibus, cumque clausulis, et decretis, etiam irritantibus concessis, confirmatis, ac innovatis. Quibus omnibus illorum tenores acsi presentibus insererentur presen- tibus proplene, et sufflcienter expressis habentibus hac vice duntaxat et specialiter, et expresse derogamus, caeterisque contrarijs quibus cumque. Datum Romse apud Sanctum Petrum sub annulo Piscatorio die xxx. Aprilis M. D. LXVI. Pontificatus nostri anno primo. Cæsar Gloriesius.

XI

LA MAISON MACHIN DE ARSU

Yo Diego de Urbifia llamado Castilla Rey de Armas Del Rey Don Filipe tercero deste nombre. Certiflco y hago entera fé y credito a todos quantos esta carta vieren como en los libros y copia que yo tengo destos Reynos parece, y esta escrito en ellos el linage y armas de Arsu su tenor del quales como se sigue.

Reynando en Navarra, Don Sancho el Octavo cognominado el fuerte en cuia devocion estuvo algunos anos, la Provincia de Guypuzcoa, embio por Governador de ella a un Cavallero Frances llamado Mos de Artenet; mostrose este en el govierno tan aspero, y tyrano, que obligo a las Guypuzcoanas aprivarle de la vida y salir de la obediencia, y encommienda del Rey, y union de su Reyno de Navarra, como 10- hizieron, y deseando ayudar favorecer, y servir al de Castilla, se encomendaron al Rey Don Alfonso el noveno que lo era a la saçon en el año del Sefior de 1200, viviendo el mismo en persona al concierto, y desde este año adelante ha continuado siempre Guipuzcoa esta union.con la corona de Castilla. Passados 70 anos succedio que en la era de 1308. Año de Nuestro Senor Jesu-Christo de i270 murio Don Tibaot, ô Don Theobaldo segundo deste nombre Rey de Navarra por cuia succession levantaron por Rey los

tres estados a Don Enrique el primero su hermano cognominado el gordo en principio del año siguieute 1271, este lo fue poco mas de'tres anos y medio por que murio por Julio del de 1247, dexando por unica heredera, y successora en el Reyno à la princesa Dona Juana su hija, que por ser de muy tierna hedad quedo debajo de la tutela de Filippe tercero Rey de Francia que la caso con su hijo primogenito Filippe, que despues por este matrimonio fue Rey de Navarra, primero deste nombre, cognominado el hermoso. Durante el tiempo de la tutela el referido Don Felippe tercero Rey de Francia embio en el año 1280, sus embaxadores a Don Alonso el sabio, Onceno Rey de Castilla, pidiendole diese libertad y soltura a los Infantes Don Alonso y Don Fernando de la Cerda, nietos del mismo Rey Don Alonso de Castilla, y sobrinos hijos de hermana del de Francia, que avia mas de dos anos que estavan presos en el Castillo de Xativa por el Rey de Aragon a contemplacion del de Castilla. Acordo se por los Embaxadores se viesen ambos Reyes en Baiona de Francia por el mes de Diziembre.

EI de Castilla con sus hijos passo por Guipuzcoa, con mucho acompanamiento, y guardia de los naturales à Baiona, y été de Francia llego hasta salvatierra de Bearne, y antes que es juntasen se hablaron por interpretes y medianeros para que los Infantes saliesen de la prision, y no acabando de concertarse rehusaron los vistas, y el rey de Castilla volvio a Guipuzcoa, sentido el de Francia de que no uviese valido su intercession para la libertad de los sobrinos intento como poderoso darsela el solo, y diose tanta prisa para esto que antes que el Rey Don Alonso, que aun se tenia en St Sebastian lo acabase do creer passando a Guipuzcoa intento destruirla o redurcirla por fuerza à la obediencia de Navarra y puso, y haziendo el dano possible en su comarca tomo un passo estrecho à la parte del poniente de la villa, y alojo sobre el su gente estendiendola hasta el termino llamado Cornuz a la falda Oriental del promontorio Olearso sin pensar que de la parte superior de la sierra de Jasquibel lepudiesen algun dano ni entrar donde estava aloxado con su exercito. Sabida por el Rey Don Alonso su intencion junto a Consejo llamado a las personas de mas experiencia, y pratica que huviese de sos passos del algamiento del de Francia, y al cabo de aver escuchado las razones de los de mas eiguio el parecez y buen consejo de un cavallero de alta guisa llamade Machin de Arsu Señor del Palacio y Casa de Arsu, en Cornuz, el qual dixo al Rey don Alonso que si queriale llenaria por passo y que estando muy seguros 108 Franceses pudiesse ser seuor d ellos y quele passo era tan buenoque podia ir gente de a cavallo, y que para no ser sentidos de les enemigos mandase que las herraduras de los cavallos fuessen atapadas y , cuviertas con panos para que no sonasen hasta que no tuviesen sobre ellos, y para que fuesen conocidos entre si sobre vistiesen sus camisas y caminasen con silencio y veria como succederia bien. Visto por eI Rey el buen ardil del Cavallero Machin de Arsu mando a todos los de su campo se pusiesen en orden y començando à caminar llegaron antes del amanecer al paso de los enemigos sin ser sentidos y dieron en ellos con tanto irnpitu y valor que les fue forçado dexar sustiendas, y despojos, y ponerse en huida, donde el cavallero Machin lo hizo tam bien hiriendo y matando hasta llegar a la tienda del dicho Rey de Francia, que estava cerca de un rio, o arroyo que desen.

diendose le mato a cinco cavalleros de alta guisa de los mas privados del Rey, al qual puso en gran aprieto de perder la vida. Conoziendo el Rey don Alonso lo bien que lo haria hecho, y que por el se avia dado orden de desbaratar el campo de su contrario le quizo hazer grandes mercedes y le Dio el termino llamado de Cornuz con un grand pedaço de Fuenterrabia con ciertas rentas en otras partes. Y por armas un Castillo de oro en campo de gules al pie un rio con cinco cabeças cortados, y en lo alto del Castillo tres flores de lis de oro y por orla ocho pafielas de sinopla en campo de oro que eran Ias armas que de antes tenia la casa de Arsu dedonde decienden hasta Rey 10s de apelledos de Arsu en la provincia de Guipuzcoa. Y para que conste dello pedimiento de Miguel de Arsu vezino de Fuenterrabia. En Madrid, 24 marzo 1620. -

 

FIN

 

______________

 

Retour au sommaire

Posté par hendayehistoire à 16:04 - Commentaires [0] - Permalien [#]
13 mai 2014

La Bidassoa

______________________

 La Rivière

 BIDASSOA

__________________

Son parcours du col d'Oxondo  ( Navarre  ) jusque dans le golfe de Gascogne.

La Bidassoa est un fleuve côtier torrentiel, situé dans les Pyrénées occidentales, en grande partie du côté espagnol. La longueur de son cours sur la frontière franco-espagnole est de 51.6 km kilomètres, la longueur en France de 24,4 km

Elle prend sa source à Erratzu en Comunauté forale de Navarre, de l'union des ruisseaux Izpegui et Istauz(sur le versant sud du col d'Oxondo)    

                        Suivons le :

De la source jusqu'à  Oronoz     il à nom BAZTAN

ERRATZU

Col  d'Otxondo

 

Cascade de Xorroxin à Errazu Navarre

 

Erratzu  396 h

Erratzu

Ariskun Baztan .   622 h

Ariskun

Elizondo  3500 h

le Baztan à Elizondo

 

IRURITA

Oronoz - Mugaire

 

 

Oronoz  425 h

Doneztebe - Santesteban  1500 h

 

Doneztebe - Santesteban

Sumbilla  647 h

VERA DE BIDASOA     3680 h

 PUENTE ROMANO DE SAN MIGUEL

 

Enderlatsa

la Bidassoa entre en France et devient internationale

Enderlaza

Passage utilisé par les contrebandiers, évadés, aviateurs anglais  ( Réseau Comête )

BIRIATOU

BIRIATOU

Béhobie

La Bidassoa vers Béhobie et l'île des Faisans

la Bidassoa vers Hendaye et l'île des Faisans

Depuis le Port d'Hendaye, vue sur Fontarrabie

vers le large ...

 

Posté par hendayehistoire à 15:35 - Commentaires [0] - Permalien [#]