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LE CORSAIRE

 Etienne PELLOT

 Maillebiau

 

Pour Marcel Argoyti, ce passionné d'histoire locale

Etienne Pellot, avait-il deux femmes ? Ce célèbre corsaire, né à Hendaye le 1er septembre 1765, fut-il aussi maire de cette commune ? Ces deux questions méritent d’êtres posées et nous allons vous montrer pourquoi… A l’instar de Talleyrand «le Diable boiteux» Pellot reçut un surnom : «le Renard basque», et servit, lui aussi, sans aucun état d’âme le Royauté, la République et l’Empire. Mais ils ne furent pas les seuls !

Le jour de l’inauguration du monument dédié à Etienne Pellot (aujourd’hui déplacé au rond point de Belzenia au Bas Quartier), le maire Jean-Baptiste Errecart (1965-1981) brossait les grands traits de la vie du célèbre corsaire. La voix chargée d’émotion et les «r» roulés à la perfection, selon son habitude, il rappelait avec force de conviction: «Ses concitoyens lui confient les fonctions de maire qu’il assura de 1815 à 1820». En toute bonne foi, le premier magistrat hendayais se faisait l’écho de ce qui était écrit dans maints ouvrages plus ou moins savants.

Etienne Pellot

 

S’il avait consulté les vieux registres de l’état civil hendayais en l’An VIII de la République, à la date du 22 prairial (11 juin 1800), Jean-Baptiste Errecart aurait indubitablement trouvé le premier acte signé de la main de son lointain prédécesseur. Il s’agit de l’acte de décès de Jean Sallaberry: «Par devant moy Pellot maire de la commune de Hendaye (..)». Plus bas, il a fait figurer sa signature Etne . Pellot, maire.

 

Cette signature est accompagnée de celles des deux témoins de l’acte : Les citoyens Martin Bidart (cordonnier, 1er maire de Hendaye, en 1790) et Raimond Bergare (pêcheur). Peu après, sur les actes suivants, Etienne Pellot «enjolive» sa signature et écrit maire en entier…

 

 

 

Première signature de Pellot, maire, sur un acte. Sa signature quelques mois plus tard.

 


Mais l’état civil de Hendaye montre, aussi, le maire Etienne Pellot sous un éclairage plus familial. Ainsi cet acte de naissance de sa fille, daté du 3 brumaire de l’An VII (24 octobre 1798), signé du maire André Lissardy. Ce n’est pas le père qui procède à la déclaration de son enfant car il est en mer, comme précisé sur l’acte : «La tante maternelle a déclaré en l’absence du père, à moi soussigné, que Jeanne Sussiondo, épouse en légitime mariage du citoyen Pellot, capitaine de navire, actuellement en course, est accouché hier, deuxième du présent mois, à neuf heures du matin, d’un enfant femelle qu’elle m’a présentée, et auquel on a donné le prénom & nom de Marianne Pellot». Normal, pensez-vous certainement, que le corsaire Pellot soit en course, en mer, pour s’emparer de navires anglais ou autres… Ce qui est moins normal, en revanche, ce sont les noms qui apparaissent sur cet acte. Nous y reviendrons dans un instant !

 

Un autre enfant sera déclaré à Hendaye, Jean Pellot né le 18 thermidor de l’An X (5 août 1802). C’est Josèphe Pellot qui en fait la déclaration à la mairie car son frère Etienne Pellot «capitaine de marine, se trouvant absent» était certainement en mer. Auparavant, il avait eu un autre enfant, né à Urrugne le 27 prairial de l’An III (15 juin 1795). En l’absence du père, cette fille nommée Gratianne «de Jeanne Sussiondo épouse en légitime mariage du citoyen Etienne Pellot, officier marinier» fut déclarée par les citoyens «Jean Garat, marin, habitant de Hendaye et Gratianne Béchouet» à Jean Larramendy, officier public de l’état civil d’Urrugne.

 

Sur ces trois actes de naissance l’épouse, en légitime mariage, d’Etienne Pellot est Jeanne Sussiondo (orthographié «Souciondo» sur son acte de décès, à Hendaye, le 7 mars 1839). Or, tous les biographes sérieux du fameux corsaire écrivent qu’Etienne Pellot, à l’âge de 32 ans, s’était marié, à Urrugne, le 18 thermidor de l’An V (5 août 1797), à Marie Larroulet de la maison Galbarreta, sise à Subernoa (Urrugne). Son frère Pierre Pellot, 29 ans, était l’un des témoins de ce mariage. Voici la signature du corsaire au bas de l’acte, où il écrit son prénom et son nom en entier (comparer cette signature avec celle, plus haut, du maire).

 

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La signature d’Etienne Pellot, sur son acte de mariage célébré à Urrugne.

Etienne Pellot aurait-il contracté deux mariages ? Avait-il fondé deux familles ? En un mot, était-il bigame ? Tout cela le laisserait supposer…

Ces deux épouses constitueraient une source d’étonnement total pour ceux qui connaissent la vie de Pellot à travers l’abondante littérature qui lui est consacrée. Forts de leur savoir, ils rétorqueraient que le corsaire hendayais était seulement le père d’un seul garçon et d’une seule fille. Celle-ci s’appelait Catherine Pellot et, comme bon sang ne saurait mentir, allait épouser, le capitaine de marine Etienne Passement… Leur acte de mariage va nous apporter des éclaircissements majeurs pour mieux comprendre l’imbroglio autour d’Etienne Pellot : «L’an mil huit cent vingt deux, et le dix-sept du mois d’avril par devant nous, Etienne Pellot, maire, officier public de l’état civil de la commune de Hendaye, (…) est comparu monsieur Etienne Passement (…) et mademoiselle Catherine Pellot, âgée de vingt-trois ans et, suivant son extrait baptistaire, fille majeure et légitime de monsieur Etienne Pellot, capitaine de navire, et de madame Marie Larroulet, son épouse, demeurant dans la maison de Priorenia, quartier de Subernoa, commune D’urrugne (sic) (…)».

Suivent les signatures d’Etienne Pellot, maire, d’Etienne Passement (époux), de Catherine Pellot (épouse), d’Etienne Pellot, «père de l’épouse», d’Etienne Durruty et d’Etienne Lissardy. Voici la clef de l’énigme… Non, Etienne Pellot n’était pas bigame, marié à Jeanne Sussiondo et à Marie Larroulet. Seule cette dernière fut, bien sûr, sa femme. C’est Etienne Pellot, le maire présidant ce mariage, qui était l’époux de Jeanne Sussiondo.

Et oui, il y avait, en même temps à Hendaye, deux Etienne Pellot, ayant à peine douze ans de différence d’âge. Pour corser le tout, ils étaient capitaines de navire tous les deux. Ainsi, le célèbre corsaire, le Renard basque, n’a jamais été maire. Et le maire n’aurait jamais été corsaire (jusqu’à de plus amples renseignements...). Sur l’acte de mariage Passement Etienne et Pellot Catherine, du 17 avril 1822, figurent les deux signatures : celle du maire et, plus bas, celle du corsaire. Pour ne pas rajouter à a confusion des esprits le maire signe Pellot, tout court, alors que le père de la marié signe Etne. Pellot, père de l’épouse…

 

 

Sur l’acte de mariage de Catherine Pellot apparaissent les noms d’Etienne Pellot :

 

le corsaire et le maire.

Etienne Pellot, célèbre corsaire, d’après un portrait

longtemps conservé à Priorenia.

Etienne Pellot, le maire de Hendaye, est mort le 22 mai 1836. Son acte de décès précise : «Pellot Etienne, âgé de quatre-vingt trois ans, capitaine de navire, époux de la dame Soussiondo, Jeanne, est décédé en sa maison». L’adjoint au maire Ansoborlo en oublie même d’écrire le nom de la maison : «Gastebaita» ! Sa veuve Jeanne Souciondo est décédée à son tour le 7 mars 1839, à Hendaye. En revanche, Etienne Pellot, le corsaire, est mort à l’age très respectable de 91 ans, le 2 avril 1856, en sa maison de Prioreteguy ou Priorenia qui borde la Bidassoa. Sur l’acte de décès sont mentionnés : «ancien capitaine de timonerie, ex enseigne auxiliaire, chevalier de l’ordre royal de la Légion d’honneur». Alors sur le territoire d’Urrugne, la robuste bâtisse d’Etienne Pellot, avait été édifiée sur l’emplacement du prieuré de Subernoa et de son église paroissiale placée sous le vocable de Saint-Jacques.

Priorenia, la maison du corsaire Pellot, ici dans les années 1970, appartenait à la famille Durruty.

Transformée en appartements Priorenia, peut être un peu trop restaurée… est devenue Frégate !

Avant l’an 2000, le domaine de Priorenia, abandonné, a été vendu à un promoteur. Sur cet emplacement devenu « Résidence Port Bidassoa» se dresse un ensemble de petits immeubles, au cœur d’un lieu sécurisé : «Entrée interdite, entrada prohibida, Sarrea debekatua»... Au cœur de ces nouvelles constructions la maison Priorenia, a été transformée allègrement pour recevoir des appartements. La vénérable demeure du corsaire Pellot est devenu un bâtiment appelé Frégate !

Etienne Pellot et Etienne Pellot semblent égaux dans la lente et inexorable mort de l’oubli… Ce mois de novembre 2011, le vieux cimetière hendayais était tout fleuri de généreux bouquets de chrysanthèmes et autres fleurs multicolores, aux fragrances subtiles ou pas. Parmi cet enchantement floral, sous un ciel d’été de la Saint-Martin, quelques tombes restaient vierges de tout bouquet. Là, personne n’était venu symboliquement rappeler l’attachement aux chers défunts reposant dans la terre hendayaise. Parmi les tombes sans aucune fleur se détachaient deux concessions proches par leur aspect affichant une certaine monumentalité et par leurs croix placées du côté de la mer. Il s’agit bien entendu des tombes des deux Etienne Pellot (voir photos ci-dessous). Sur celle du corsaire est gravé, sur le piédestal de la croix : «Familles Durruty, Passement, Pellot». Un peu plus haut dans le cimetière se trouve la tombe du maire où, dans le marbre, est inscrit : «Famille Pellot»… Mais où est seulement mentionné, dans la pierre, le nom de son fils, mort célibataire : «Jean Pellot 1802-1874».

Tombe d’Etienne Pellot, corsaire de Hendaye. Tombe d’Etienne Pellot, maire de Hendaye.

Ces deux photographies ont été prises au vieux cimetière, le mercredi 9 novembre 2011.

Christian Maillebiau 

 

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