CHAPITRE IV

CALLE PAMPINOT. — CALLE UBILLA. — CASA DE ARSU

En suivant la rue qui fait le coin de la Maison noble des Zuloaga, n° 8 de la Calle Mayor, rue étroite et presque couverte à son entrée par la panse proéminente de la maison de droite, et l'avant-toit de la maison de gauche, on trouve d'abord une rue qui rappelle l'Orient. C'est la calle Pampinot. Parcourez-la : vous vous croirez un instant égaré dans un carrefour du Caire. Toutes les maisons en sont originales, mais celle qui porte le n° 22 et dont la toiture richement sculptée avance de trois mètres sur la rue, est la plus remarquable de beaucoup. Sa façade depuis le premier étage est en briques blanchies à la chaux suivant la coutume basque, et en boiseries, qui se croisent comme dans les chalets suisses.

Des fenêtres crevées et noircies par le temps, des linges qui pendent à tous les balcons, des figures hâlées, avec de grands yeux lutins, qui sortent des ouvertures noires et profondes, une légère odeur de moisissure et de bergamote qui échappe des portes et fenêtres achèvent l'illusion de l'Egypte. Il n'y manque que les ânes traditionnels et la danse du ventre.

Sans sortir de Fontarabie vous avez fait un voyage en Orient; vous avez parcouru une rue du Caire, moins les terrasses. Remontez maintenant au point d'où vous êtes descendu, vers la maison ventrue de la calle de las Tiendas et continuez à gauche, maisde grâce, qu'il n'y ait pas de peintre et d'amateur parmi vous, car nous n'en finirions pas avec leurs cris d'admiration et leurs croquis.

Nous voici à la calle Ubilla. Nous sommes toujours en Egypte, sauf devant la Halle qui jure parmi tant de belles ruines. Au bas de la rue se trouvent les quatre murs délabrés de la maison qui fut le palais Ubilla. Hélas ! il n'en reste que des pierres mousseuses ; les deux colonnes de marbre qui, il y a quelques années, faisaient, sentinelle sur la porte, ont été transportées ailleurs.

D. Miguel de Ubilla méritait plus des hommes et des siècles, car 'il fut un des héros du mémorable siège et de la victoire de 1638.

Avec une poignée de soldats, trois cents à peine, par une nuit obscure, à travers la haie des sentinelles ennemies qui emplissaient tous les postes des monts et des ravins, il osa venir au secours de la ville assiégée. A pas de loup, rampant sur l'herbe humide et dans la boue, retenant l'haleine, donnant des ordres par une pression de main qui courait de l'un à l'autre, il arriva au pont de Mendelo. Il voulut traverser les lagunes fangeuses qui se trouvent dans ces régions, mais il avait compté sans la marée qui était haute. Quand il eut de l'eau jusqu'à la poitrine, ayant reconnu son erreur, il donna ordre à ses hommes de s'arrêter et d'attendre dans cette situation, l'escopette en l'air, le retrait des flots.

 Cette nuit fut une nuit héroïque pour Ubilla et ses vaillants soldats. Le corps dans la vase et dans l'eau, la tête exposée aux balles meurtrières, au moindre réveil, à la moindre alerte l'âme remplie d'émotions et d'anxiétés, ils avaient passé déjà trois heures sans mouvement en cette horrible torture, lorsqu'un soldat irlandais, prenant une ombre pour un ennemi, pressa la détente de son escopette. La détonation réveilla les échos et compromit l'expédition. Aussitôt les sentinelles françaises, s'écrient: « Garde à vous ! »

et font feu dans toutes les directions ; les trois cents hommes d'Ubilla se dispersent dans l'eau, les uns à la nage, les autres sur la vase. A l'aube naissante, quand il arriva à la brèche qui lui était ouverte, il n'avait plus que quatre-vingts hommes. Il fut reçu en grand honneur dans la ville par le vaillant Pedro Sanz Izquierdo, adjoint du maire Diego Butron. C'est pour cette nuit héroïque passée toute entière entre la vie et la mort que le roi lui donna la croix des chevaliers de Saint-Jacques et qu'il l'anoblit.

Sur une vieille maison, n° 4 de la même rue, se trouve l'écusson de la noble famille de Arsu. Vous n'avez ici qu'une maison dépendante : la maison principale et primitive se dresse sur la montagne d'Olearso, aux confins de Cornuz. S'il vous prend envie de vous y rendre, je vous assure d'avance l'accueil le plus empressé, le plus noble, le plus cordial.

Ce n'est pas là une noblesse d'or et de clinquant, une noblesse d'arlequin, telle qu'en ont obtenue les juifs de nos gouvernements de mercantis. Nous avons ici une noblesse de sang, une noblesse de vaillance et de courage, une noblesse pure de toute infamie, de toute compromission et de toute lâcheté. C'est une tour d'or surmontée de trois fleurs de lys sur fond de gueule et au bas cinq têtes décapitées que portent les ondes vertes. En voulez-vous entendre l'histoire?

La voici : Quoique les historiens et les archives elles-mêmes se soient complus à l'embrouiller, nous allons tâcher de nous frayer une voie claire à travers les broussailles épaisses de leurs contradictions.

M. Gorosabel, auteur d'un dictionnaire d'Histoire et de Géographie de la province, place l'événement en 1280, sous le règne d'Alphonse le Sage (1). Claudio Otaegui, l'aimable poète, prétend que l'héroïque conduite de Machin de Arsu eut pour théâtre le mont Olearso sous le règne d'Alphonse XI (2). Il a pour appui de son dire le document donné par l'armorial d'Espagne à la famille (1). Lope de Isasti fait remonter l'action d'éclat du célèbre Guipuzcoan au temps des rois de Navarre (2). Tous disent unanimement que Machin de Arsu s'illustra comme capitaine durant une guerre contre la France. Mais quelle guerre?

 (1) Gorosabel, Diccionario Historîal, p. 193. Machin Arsu, capitan à quien el rey D. Alonso el sabio comisionÓ en el afio 1280, para desalojar al ejercito francès.

(2) Claudio Otaegui. Machin Arsu. Azana bat., p. 21. Alonso amaikagarrena.

sous quel roi? à quelle date? Ils sont muets sur tout ce qui peut fixer le fait et en confirmer l'authenticité.

J'ai beau parcourir toutes les histoires de France et d'Espagne, je ne découvre pas de guerre entre les deux peuples à cette date de 1280. Je ne vois pas le roi de France sur le mont Olearso et à Fontarrabie à cette époque. En revanche, l'histoire entière est sillonnée de guerres entre les Maures et les Navarrais.

Depuis leur séparation, les deux provinces sœurs ont été souvent en querelle. Le Guipuzcoa, par un coup de tête regrettable pour l'autonomie du pays basque, s'étant donné au roi de Castille qui par ambition attisait sa dispute, épousa les intérêts de sa nouvelle alliance et combattit pour les défendre contre la Navarre, sa sœur.

Si Machin Arsu a guerroyé sous Alphonse XI, ce n'est pas sous Alphonse le Sage, qui était le dixième de ce nom, ce n'est pas non plus en 1280. mais plus tard, en 1312. Si c'est sous les rois de Navarre, comme

(1) Document qui se trouve entre les mains de Domingo Berretaran de Arsu.

(2) Lope de Isasti. Historia de Guipuzcoa, lib. IV, cap. I, p. 459, ano 1625.

le prétend Lope de Isasti, si l'on a confondu Alphonse le Sage, roi de Castille, avec Sancho, le sage roi de Navarre, il nous faut remonter d'un siècle jusqu'à l'an 1150. Où faut-il donc placer l'action valeureuse de Machin Arsu ?

Le certificat de noblesse donné par l'Armoriai de Madrid, le 24 mars 1620, à don Miguel de Arsu, certificat qui devrait être un argument décisif en pareille matière, raconte le fait en ces termes. Je traduis littéralement le texte espagnol que je reproduis en appendice.

le Gipuzkoa quitte la Navare pour rejoindre la Castille

Sous le règne de Sancho VIII le Fort, la province du Guipuzcoa fut durant quelques années gouvernée par un monsieur français du nom de Artenet.

 Cet Artenet, nommé gouverneur de cette province par le roi de Navarre, se montra si dur, si tyrannique dans l'exercice de sa charge, que les Guipuzcoans se révoltèrent, le mirent à mort et refusèrent leur obéissance à Sancho VIII pour passer sous la juridiction du roi de Castille Alphonse IX auquel ils offrirent obéissance et secours. A partir de cette époque, l'an 1200, le Guipuzcoa ne fit plus partie du royaume de Navarre, mais bien de celui de Castille.

Environ soixante-dix ans après cette rupture, d'une part, et cette alliance de l'autre, Tibaot ou Theobaldo, second de ce nom, roi de Navarre, étant mort, on lui donna pour successeur son frère Henri, surnommé le Gros. Celui-ci ne régna que peu d'années.

 En effet, élu en 1271, il mourut en 1274, laissant pour unique héritière sa fille, la princesse Jeanne, encore en bas âge, sous la tutelle du roi de France Philippe III le Hardi.

 Philippe III, voulant s'assurer le royaume de Navarre, fit épouser plus tard Jeanne par son fils aîné Philippe IV.

Par ce mariage Philippe IV le Bel devenait le premier roi de Navarre de ce nom. Il arriva qu'au temps où il exerçait sa tutelle, en 1280, Philippe III le Hardi envoya des ambassadeurs auprès de don Alphonse XI, roi de Castille, pour lui demander de vouloir bien mettre en liberté les infants Alphonse et Ferdinand de la Cerda, ses petits-fils, et neveux du roi de France par sa sœur, qui étaient détenus en prison au fort de Xativa depuis deux ans par le roi d'Aragon, à l'instigation du roi de Castille.

Il fut convenu par les ambassadeurs que les deux rois se verraient à Bayonne le mois de décembre. Au mois de décembre, le roi de Castille traversa donc le Guipuzcoa avec ses fils, sous bonne escorte et avec toute la garde de Bayonne.

 Le roi de France, de son côté, arriva jusqu'à Sauveterre-de-Béarn. Les deux monarques, avant de se voir, se parlèrent par la voie des interprètes, au sujet de la délivrance des deux jeunes princes injustement détenus.

L'accord n'ayant pu se faire de loin, ils refusèrent de se voir de près.

Le roi de Castille revint en sa province de Guipuzcoa.

Philippe le Hardi, vexé de l'inutilité de sa démarche pour sauver ses neveux, résolut incontinent de les délivrer lui-même, et, dans cette pensée, il poursuivit le roi de Castille d'une telle vitesse qu'avant l'arrivée de ce dernier à Saint-Sébastien, il avait déjà tenté de de réduire le Guipuzcoa sous l'obéissance de la Navarre

. Il y était entré en faisant grand ravage sur son parcours, et avait établi son campement et son armée sur les hauteurs du promontoire d'Olearso, aux confins de Cornuz. Il ne pensait pas qu'on pût le venir surprendre par la chaîne plus élevée de Jaizkibel et lui causer les plus grands dommages.

 Au courant de ses projets, le roi Alphonse convoqua les personnes d'expérience et de savoir de son entourage et les écouta longuement. Après avoir pesé tous les avis, il se rendit à celui d'un officier de haute lignée du nom de Machin de Arsu en Cornuz, qui lui dit que, s'il le voulait bien, il le conduirait au passage retiré où les Français se croyaient en sécurité, et que, les surprenant dans le désarroi d'une irruption inattendue, il en serait facilement le maître ; que ce passage sur le mont était de facile accès pour la cavalerie, qu'il n'y voyait qu'un moyen d'y aborder sans bruit, tout d'abord d'envelopper de drap les fers des chevaux, afin qu'ils ne sonnassent pas sur les rocs et les heurts du chemin, en second lieu demander aux hommes qu'ils missent leurs chemises au vent par-dessus les habits, afin qu'ils se reconnussent dans la marche ; qu'ainsi, quand ils avanceraient en silence

 les Français n'étant pas avertis leur tomberaient dans les mains comme rats en ratière. Le conseil parut bon et le roi, sans plus, ordonna qu'on le suivit sous la conduite de Machin. Aussitôt, la troupe en chemise gravit les hauteurs, si bien que le matin du 20 décembre 1280, elle tomba avec l'aurore sur le roi de France et son armée qui, saisis d'un réveil si subit, si impétueux et d'une telle fureur, ne pensèrent même pas à se défendre et se mirent à fuir à qui plus vite abandonnant tentes, armes et bagages

 Machin les poursuivit d'une telle ardeur, frappant les uns, tuant les autres, qu'il arriva jusqu'à la tente royale qui était sur le bord d'un ruisseau, tua de sa seule main cinq gentilshommes de la suite du roi et mit Philippe le Hardi lui-même en grand péril de perdre la vie.

Alphonse de Castille, en reconnaissance d'une victaire aussi éclatante qu'inattendue, lui donna tout le territoire de Cornuz, une partie des terres de Fontarrabie avec des rentes et les armes ci-jointes (1).

Le document de l'armorial que je viens de vous donner est rempli d'erreurs qui feraient douter de son authenticité si la tradition constante de l'héroïque conduite de Machin de Arsu n'était consacrée par les siècles. Il est certain que le valeureux capitaine basque a combattu, qu'il a tué de sa main cinq chevaliers surpris ou endormis; mais quand? Dans quelle circonstance? Sous quel roi? A quelle date?

Rien de moins établi, rien de plus fantaisiste, que ce qu'en dit l'armorial. Et d'abord, ce n'est pas sous Alphonse IX, mais bien sous Alphonse VIII que le

(1) Voir à l'appendice.

Guipuzcoa a passé sous la juridiction des rois de Castille, car Alphonse VIII n'est né qu'en 1214 (1), et d'après le titre de l'armorial lui-même, c'est en 1200 que le Guipuzcoa a cessé d'appartenir au royaume basque.

En second lieu, le titre de l'armorial prétend que soixante-quatorze ans après, Philippe III le Hardi envoya des ambassadeurs auprès d'Alphonse XI.

C'est encore une erreur; c'est à don Alphonse X le Sage qui régnait à cette époque en Castille (2).

En troisième lieu, et c'est ici que surgissent les doutes et les difficultés les plus graves, tout le document et la noble conduite de Machin de Arsu reposent sur une guerre, sur une invasion des troupes françaises dans le Guipuzcoa dont il n'est fait mention dans aucune histoire. Les historiens espagnols s'accordent à dire que le roi de France, frère de Blanche, prit sous sa protection ses neveux et revendiqua leurs droits à la couronne dont on les avait injustement dépouillés pour les jeter en prison, mais que l'intervention du pape empêcha les hostilités entre les deux peuples français et espagnol. « El rey de Francia, hermano de donia Blanca, tomô baj o su amparo los derechos de sus desheredados sobrinos pero la intervencion pontificia evità el rompiminto que amagaba à los dos reinos, francèsy castellano (3) ». Dans ces

(1) Eduardo Orodea è Ibarra. Leccion 40, p. 223.

(2) Eduardo Orodea è Ibarra. Leccion 40, p. 223.

(3) Eduardo Orodea è Ibarra. Curso de Lecciones de Historia de Espana, Lecc. 42, p. 236.

conditions, que devient l'irruption de Philippe le Hardi dans le Guipuzcoa, son campement à Cornuz sur le mont Olearso, et sa fuite devant l'attaque subite de Machin de Arsu ?

Les historiens français disent à leur tour que le roi Philippe s'avançait lui-même à la tête d'une armée formidable, qu'il allait demander au roi de Castille compte d'une perfidie qui privait de la couronne ses neveux : qu'arrivé près des Pyrénées, il s'arrêta à Sauveterre. Que là, ses projets s'évanouirent, que l'imprudence ou la trahison avaient négligé les approvisionnements

et, que la famine menaçant ses troupes avant même qu'elles eussent touché le sol ennemi, force lui fut de retourner sur ses pas (1).

Il est étonnant qu'un fait comme celui de l'attaque subite d'un roi de France mis en péril de mort par un chevalier espagnol et la disparition de cinq gentilshommes nobles de sa suite ait ainsi échappé à toute l'histoire et que, seul, en fasse mention l'armoriai de Madrid.

 Il y a évidemment confusion de lieu, de temps et de personne. Si Philippe le Hardi s'est arrêté à Sauveterre, il n'est pas venu camper sur le mont Olearso et faire autour de Fontarabie un siège dont aucun historien ne parle. Si son armée s'est retirée à cause de la famine avant même de toucher le sol ennemi, comment aurait-elle pu assiéger Fontarabie ?

Il y a eu en l'année 1276 invasion de l'Espagne par

(1) Nangis. — Marca.- Dom Vaissette, tome IV.

l'armée française, mais le roi de France ne suivit pas l'armée, qui était plutôt composée de Navarrais et de Gascons. La vaillante tactique de Machin Arsu peut avoir sa vraisemblance, en la plaçant à cette époque et dans cette circonstance. Il est impossible de la maintenir ailleurs et selon le récit de l'armorial.

Le roi d'Aragon don Jaime et le roi de Castille don Alphonse, qui s'entendaient comme larrons en foire pour tout ce qui s'offrait à leur ambition, convoitaient depuis longtemps le royaume de Navarre qui, en outre de sa richesse et de son étendue, était une menace perpétuelle pour sa sœur séparée, le Guipuzcoa.

Ils cherchèrent à profiter du trouble dans lequel tomba ce royaume à la mort d'Henri le Gros qui en était le souverain.

 Dans cette admirable pensée, ils voulurent s' emparer de sa fille et unique héritière Jeanne, comme voie plus sûre de s'emparer de son héritage.

La chose allait à bien par leur astuce et leurs fourberies; ils faisaient disparaître la fille du roi de Navarre, comme ils avaient fait disparaître leurs neveux, les infants Alphonse et Ferdinand de la Cerda et ils héritaient tout uniment et sans bataille de sa couronne; mais ils se trompèrent.

 La reine mère de Navarre, qui était sœur de Philippe le Hardi, instruite des projets usurpateurs et criminels de don Jaïme d'Aragon et d'Alphonse de Castille, alla se réfugier avec sa fille auprès du roi de France, son frère (1).

(1) Eduardo Orodea è Ibarra. Curso de Lecciones de Historia de Espana. Lecc. 33, p. 247.

Son absence augmenta les troubles dans son royaume abandonné désormais à toutes les compétitions. Pour y rétablir l'ordre et la paix, Philippe le Hardi envoya Robert comte d'Artois, en Navarre, le priant de s'assurer, chemin faisant, l'aide et l'appui de deux puissants seigneurs voisins des Pyrénées, Gaston de Béarn et Roger-Bernard comte de Foix.

Robert et les deux seigneurs gascons envahirent aussitôt l'Espagne avec une armée de vingt mille. hommes. Arrivés en toute hâte sous les murs de Pampelune, que les rois d'Aragon et de Castille poussaient à la résistance, ils en firent l'assaut et s'en emparèrent le 6 septembre Ï270 (1).

Philippe le Bel, devenu époux de sa cousine Jeanne de Navarre, y fut proclamé roi.

 Il est donc probable que Machin de Arsu chercha querelle à cette armée qui passait en Navarre ou qui en revenait, et Alphonse de Castille eut quelque satisfaction à voir sa déconvenue politique vengée par une déroute partielle de l'armée gasconne et navarraise sur ses terres, et la mort de cinq chevaliers ennemis. On a confondu le roi de France Philippe le Hardi qui était en son Louvre, avec Robert comte d'Artois ou Gaston de Béarn ou Roger-Bernard comte de Foix. Les cinq gentilshommes tués par le vaillant Arsu sont assurément cinq gentilshommes gascons ou navarrais de la suite de ces grands seigneurs. Encore une fois l'ac-

- (1) Marca, livr. VII, ch.XIII— Dom Vaissette, tome IV.

tion d'éclat de Machin Arsu est authentique, mais les circonstances de lieu, de temps, de personnes, rapportées par l'armorial, ne supportent pas la critique et se dissolvent par une analyse attentive.

 Comment a-t-on pu glisser dans un document aussi grave que l'extrait de l'armoriai royal de Madrid, des erreurs aussi grossière que celles qui confondent deux rois et deux règnes : Alphonse VIII avec Alphonse IX et Alphonse X avec Alphonse XI  ? Ces premières erreurs, établies avec la dernière évidence dans une pièce qui devrait toujours être frappée au coin de la plus rigoureuse exactitude, confirment l'erreur de la confusion du roi de France avec les seigneurs gascons ou Robert d'Artois, car si l'armorial de Madrid a pu confondre, à la légère, un roi d'Espagne avec un autre roi d'Espagne, il a pu également confondre un roi de France avec un de ses seigneurs. Il a bien pu transporter un fait d'une époque à une autre !

Lope de Isasti, historien grave et judicieux, dans son Compendio Historial du Guipuzcoa écrit en 1625, dans son livre IV, chapitre i, n° 63, page 459, fait remonter la glorieuse aventure de Machin de Arsu sous le règne des rois de Navarre, par conséquent à une époque plus reculée. Il détruit la version de l'armorial. « Machin de Arsu, dit-il, homme de valeur estimé des rois de Navarre, sous lesquels se trouvait en ce

(1) Eduardo Orodea è Ibarra. Curso de Lecciones de Historia de Espaiia. Lecc. 43, p. 247.

temps la province du Guipuzcoa, fut le maître de l'antique maison noble des Arsu qui est sur le promontoire d'Olearso.

 L'armée française s'étant établie sur les hauteurs de Cornuz avec le projet d'assiéger Fontarrabie, il vint au secours du roi de Navarre, qui, suivant le conseil de Machin de Arsu, surprit les Français et remporta la victoire. Le vaillant Machin marchait devant, et sous une tente de campagne il tua d'une main dextre cinq Français, et, pour ce fait d'armes, le roi de Navarre lui donna de grandes étendues de terrains et fit ajouter aux armes qu'il possédait déjà une tour avec deux fleurs de lis et cinq têtes en ondes de mer. Cette maison est la seul de ce nom.

C'est d'elle que sortit l'alferez Martin Saez de Arsu, valeureux soldat qui se signala dans les guerres d'Italie (1). »

Maintenant, ami lecteur, si vous n'êtes pas satisfait,

(1) Machin de Arsu, valeroso hombre y estimado de los Reyes de Navarra (à quien en un tiempo estuvo encomendada laprovincia de Guipuzcoa), fue dueno de la casa solar antigua de Arsu que esta en el Promontorio sobredicho con terminos estendidos : y que tambien fueron de los primeros pobladores de esta casa. Habiendo llegado el ejercito de Francia al termino de Cornus con intento de sitiar à la villa de Fuenterrabia, llegô à socorrer el Rey de Navarra, y por consejo y parecer del noble Machin de Arsu, diô en los franceses, y alcanzô victoria de ellos en el mismo puesto de Cornus, siendo delantero el valeroso Machin el cualen una tienda de Campana matô à cinco caballeros franceses ; y por este hecho el rey de Navarra le hizo merced de algunos terminos, y que ademas de las armas que este solar ténia, pusiese un castillo, con dos flores de lis, y cinco cabezas sobre ondas de mar.

cherchez ailleurs ; quant à moi, je jette ma langue au chat. Je vous ai donné les versions pour et contre; à vous de trancher le litige. Vous avez la lanterne avec une bougie dedans; tâchez de l'allumer, afin qu'elle vous éclaire dans ce dédale de contradictions et de récits divers.

 

 

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