LES BATELIERS

TITO HUMBERT


Vu la loi du 5 avril 1884 qui reconnaît l’autonomie communale et le règlement, par les délibérations du Conseil Municipal, des affaires de la commune, la municipalité considère qu’il importe de prendre des mesures relatives au maintien de la sûreté et de la tranquillité publiques, à Hendaye, le 14 novembre 1891.

« - Toute sollicitation importune pour … offres de passages sur la Bidassoa … sont interdits dans la cour de la gare et dans les rues de Hendaye,

- Les bateliers se tiendront au port d’embarquement pour le passage à Fontarabie et porteront, d’une manière apparente, soit au béret soit au bras, le numéro correspondant au bateau pour lequel ils sont patentés. »


Les problèmes subsistent toujours, il n’y a pas de consensus au niveau de la tarification des passages, notamment.

Le 5 septembre 1894, le maire Monsieur Vic, arrête :

« Considérant que pour éviter des réclamations souvent produites par les personnes qui se rendent en barque du port de Hendaye à la jetée de Fontarabie, il est de toute nécessité de fixer les voyageurs sur les prix habituels de passage que les bateliers peuvent exiger d’eux,

- Art.1 : Le prix d’une traversée de Hendaye à Fontarabie ou de Fontarabie à Hendaye ne pourra être moindre de 0,15 centime ni excéder 0,50 centime par personne,

- Art.2 : Le prix de parcours par eau de Hendaye à la plage (grève d’Ondaralxou) ne pourra être moindre de 0,10 centime ni excéder 0,30 centime par personne,

- Art.3 : Les contraventions aux dispositions du présent arrêté seront constatées par procès verbaux et poursuites, conformément à la loi. »

 

En novembre 1894, le Directeur des Douanes demande à Monsieur Vic de dresser une liste des embarcations françaises patentées ou francisées (par le paiement des droits) qui sera échangée entre les deux pays par les maires des communes respectives. Chaque mairie recevra, en échange, les noms des passeurs ou armateurs voisins. Ainsi, Fontarabie et Hendaye devront posséder la nomenclature de toute la flottille qui assure la navette entre les deux villes. Les bateliers, après avoir signalé les noms de l’embarcation et de son propriétaire, connaissent le numéro d’immatriculation de leur outil de travail.

Le Directeur des Douanes ne pouvait pas imaginer qu’un bateau présenterait, à tribord, une immatriculation espagnole et, à bâbord, une française !

En décembre 1908, le commandant de la canonnière « Le Javelot » constate, en particulier, que le samedi, les bateliers surchargent leur embarcation. Il prend, alors, la décision d’interdire de faire embarquer plus de 10 personnes, enfants compris (11 avec le batelier). En temps de crue, lorsque le courant devient plus fort, ce nombre sera réduit à 6. D’ailleurs, les patrons doivent obéissance aux gradés du stationnaire qui jugeront de devoir faire débarquer des passagers. Pareil arrêté est pris par le commandant du stationnaire espagnol, « Le Mac-Mahon ».

Au cours des délibérations du Conseil Municipal du 3 août 1912, il est encore question de l’action des bateliers français et espagnols qui troublent les rues de la cité hendayaise, par leurs sollicitations et leurs exigences envers les voyageurs. Une nouvelle réglementation est adoptée.

Il faut préciser que les bateliers ont souvent connu des injustices et exclusions qui les privaient de leur seul moyen d’existence, eux et leur famille.

Affaire de la batellerie de Hendaye

Au cours des années 1884-1885, l’épidémie de choléra fit huit cent mille victimes, en Espagne. En juin 1884, le gouvernement espagnol décida que les voyageurs allant de France en Espagne, par Hendaye, devaient subir une quarantaine dans des lazarets installés à Irun, Behobia et Fontarabie qui s’avérèrent insuffisants pour recevoir les voyageurs s’y présentant. Ces derniers devaient attendre à Hendaye que le gouvernement espagnol voulut bien les recevoir. Dès que les lazarets furent prêts, le Vice-consul d’Espagne ordonna que le transit soit assuré par la Bidassoa et non par la voie ferrée. Pendant les deux ou trois premiers jours, le service fut fait indistinctement par tous les bateliers du port de Hendaye, patentés ou non, inscrits ou non inscrits mais, cela ne plaisait pas au Syndic des Gens de Mer de Hendaye, propriétaire de l’un des bateaux servant au transport des voyageurs. Ce personnage, le Vice-consul espagnol et le Commissaire de Surveillance Administrative de la gare de Hendaye s’unirent pour évincer les bateliers français. Ils imaginèrent que les voyageurs s’embarqueraient hors du port hendayais ; ainsi, le Vice-consul était libre d’imposer aux voyageurs telles barques que bon lui semblait pour aborder sur la rive espagnole. Suite aux protestations faites par les bateliers et la municipalité, intervint le Commissaire de l’Inscription Maritime de Saint-Jean de Luz qui menaça les bateliers, exclus, de peines disciplinaires, telles que l’envoi à Rochefort ou tout autre port de l’Etat s’ils persistaient à dénoncer la décision du Vice-consul. Le Conseil Municipal espérait que « l’autorité compétente saurait faire sentir à ces fonctionnaires non patriotes, l’inconvénient qu’il y a à méconnaître les convenances et les devoirs que leur imposent leurs charges et leur qualité de Français ». Après l’application stricte des articles et traités spécifiques concernant la navigation sur la Bidassoa, aucune peine disciplinaire ne put être prononcée, les propriétaires des barques espagnoles renoncèrent au transport et, seules, les embarcations françaises patentées purent circuler, exception faite pour celle du Syndic des Gens de Mer, montée par un de ses domestiques.

Les derniers bateliers

Après la deuxième guerre mondiale, la vie économique tournait au ralenti, tant en France qu’en Espagne, après la guerre civile : des denrées manquaient de chaque côté de la Bidassoa. Des passeurs espagnols venaient jusqu’à Hendaye, le battela chargé de bouteilles de vin, principalement, qui étaient échangées contre des miches de pain, la plupart du temps.

Des élèves de Fontarabie suivaient une scolarité dans les écoles hendayaises. Par tous les temps, ils étaient transportés par les passeurs.

Au début des années 1960, le nombre des bateliers a considérablement diminué. Du côté français, Paolo Errazquin et Jean Suertegaray assuraient, encore, la liaison internationale. Les efforts physiques devaient être de plus en plus pesants chez ces deux Hendayais, atteints par la limite d’âge mais, quelles que soient les conditions météorologiques, ils continuaient, avenants, à exercer leur métier. Depuis Fontarabie, deux frères, Teodoro et Juanito Araneta, transportaient les passagers jusqu’à Hendaye. Quand les usagers du passage étaient nombreux, ils n’hésitaient pas à affréter une deuxième barque qu’ils accrochaient à la leur et on les voyait accoster, au débarcadère, avec deux embarcations remplies à ras bord. Souvent, en retournant à leur port d’attache, ils invitaient des jeunes du quartier du Port qu’ils ramenaient, ensuite, à Hendaye lors de la traversée suivante. Ces riverains peuvent témoigner du régime que les deux frères suivaient pour garder la forme, dans la journée : pain, pommes et clarete !

De nouveaux ponts, des services de bus, de tramways ont contribué à des déplacements plus rapides : le métier de rameur-passeur a disparu progressivement. Aujourd’hui, un service de bateaux à moteur continue de déposer les usagers se rendant de chaque côté de la Bidassoa. On n'entend plus le bruit des rames frottant contre les estropes et les tolets mais, en cinq minutes, on est rendu à destination. Les embarcadères ont été déplacés à Sokoburu et à l’ancienne criée de Fontarabie : au moment des fêtes, on retrouve les files d’attente et l’atmosphère festive. Le cadre est toujours aussi majestueux. On n’est pas très loin de ce que demandait Walter Starki, directeur de l’Institut Britannique de Madrid, au passeur espagnol qui l’emmenait à Fontarabie : « Ne ramez pas si vite. J’ai toute ma vie devant moi. Je vous donnerai quatre pesetas au lieu de deux, si vous abandonnez vos rames et si vous me permettez de contempler, lentement, ce beau paysage ».

 

 

 

 

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