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Jean D'ALBARRADE      I

arriva à HENDAYE, avec son père Etienne, professeur d'hydrologie à Eskola-Handi, à l'âge de 4 ans

il fut Corsaire et Ministre de la Marine

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suivi de sa biographie de Ministre

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il naquit le 31 août 1743 dans la maison l'Espérance.

Il était fils d'Etienne d'Albarade, professeur d'hydrographie et de Marie Capdeville. A quinze ans, le 14 mars 1759, il est reçu matelot pilotin à bord de la flûte du roi l'Outarde, capitaine Darragorry, et faisait bientôt voile pour Québec.

Le 2 octobre 1760, il s'embarquait comme lieutenant à la part sur le corsaire le Labourd de Saint-Jean-de-Luz, armé de 18 canons et de 207 hommes d'équipage placé sous les ordres de son compatriote Pierre Naguile.

Durant cette campagne, dont le résultat se solda par treize prises sur l'ennemi, d'Albarade reçut une grave blessure à la tête. A peine rétabli, il passe sur la goélette la Minerve, corsaire bayonais commandé par le capitaine Dolâtre.

Dès sa première sortie (1) la Minerve enlève à l'abordage et à la vue de trois navires de guerre ennemis le Jency, de Lancastre. Cramponné à la vergue de fortune, d'Albarade s'élance le premier.

Aidé de quelques matelots basques, il tue et blesse tout ce qui se présente devant lui et force l'équipage anglais à fuir dans la cale.

Epouvanté, le capitaine du Jency saute sur le pont de la goélette et rend son épée à Dolâtre.

Quoique dangereusement atteint à la tête et au pied, d'Albarade reçoit en témoignage de ses services la difficile mission de conduire en France en port sûr la prise à laquelle il a si brillamment coopéré (2).

La Minerve ayant été obligée de désarmer pour réparer ses avaries, le commandant Laverais engage d'Albarade comme lieutenant en premier à bord de la Triomphante, autre frégate bayonnaise forte de 160 hommes d'équipage. A cette époque, les ports de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz « regorgeaient Le 2 février 1762, au 5 mai suivant, le capitaine Laverais croise le long de la côte d'Espagne. Enfin sa bonne étoile le met en présence d'un convoi anglais et, grâce à de savantes manoeuvres, il s'empare de cinq gros navires qui, amenés à Bordeaux, Bayonne et Lorient donnent au vainqueur une prime magnifique Le 17 juin 1762, d'Albarade entre au service de l'Etat en qualité de matelot aide-pilote de la

Malicieuse et tint campagne sous les ordres du lieutenant de vaisseau de Chateauvert jusqu'au 5 mai 1763. Licencié presque aussitôt, il sert successivement comme capitaine à 90 livres par mois à bord du Régime, de la Marie, de la Sainte-Anne et du Saint- Jean,capitaines La Courteaudière, Clemenceau, Peyre et Nicolas Marie. Enfin le 5 septembre 1779, un riche armateur de Morlaix, plein de confiance en la bravoure et le savoir de notre jeune héros lui confie le commandement de la Duchesse de Chartres, superbe corsaire défendu par 12 canons et plusieurs pierriers.C'est à cette période de sa vie maritime que d'Albarade, désormais seul maître après Dieu sur le navire qu'il commande, commence à acquérir la réputation du plus audacieux des capitaines de la marine marchande de son temps.

Chargé d'établir une croisière dans le canal Saint-Georges, il s'empare, trois jours après son départ, de deux voiles richement chargées. Forcé de relâcher un instant, il reprend sa route le 11 septembre 1778 et, le même jour, capture le Général Dalling, dont la cargaison est estimée 600.000 livres (2.400.000 francs-or 1914). Le lendemain, au sortir d'un profond brouillard, il tombe au milieu d'une flotte ennemie. S'aidant du vent, il prend chasse aussitôt. Serré de très près par le Lively (le Léger) et le Swalow

(l'Hirondelle) armés : le premier de 16 canons et de 150 hommes d'équipage ; le second de 14 canons et de 97 hommes. L'un et l'autre possédaient des pierriers et des obusiers. Profitant de ce que la mer, devenue très houleuse, incommodait fortement la Duchesse de Chartres, le Général Dalling, en dépit des 13 matelots français placés sur son bord, coupe l'amarre et va se réfugier sous le pavillon des Anglais. Il ne restait plus qu'à combattre. D'Albarade s'y prépare vaillamment et, comme la mer avait inondé une partie de la soute aux poudres, il se décide pour l'abordage. Dans cette intention, il fait apporter sur le pont un tonneau plein d'armes diverses : « Matelots, s'écrie-t-il, nous n'avons que de ceci à pouvoir faire usage aujourd'hui ! Ceux qui en manqueront viendront en prendre dans la barrique !

(sic) ». Cependant les ennemis s'approchaient vivement espérant que la Duchesse de Chartres se rendrait aussitôt (1). Ils se postèrent l'un au vent, l'autre sous le vent, à portée de fusil. Le Lively au vent tira un coup de canon et vint se présenter par le travers de la Duchesse de Chartres qui continuait sa route tranquillement et sans mouvement, sous les quatre voiles majeures (2), faisant deux lieues et demie à l'heure. L'Anglais, lassé de ce calme apparent, se laissa culer, fit feu de toute sa bordée et manœuvra pour passer sous le vent. Au même instant, le Swalow commença aussi son feu par toute sa volée. Ainsi la Duchesse et le capitaine, attentif, guettait un instant favorable qui servirait ses desseins. Le moment venu, le Lively étant sous le vent, le capitaine d'Albarrade, avec sa même voilure, arriva dessus avec vivacité et l'aborda effectivement au vent. Il ordonna à sa mousqueterie de faire feu. En abordant, M. d'Albarade fut blessé au haut du bras gauche par une balle de mousquet qui pénétra dans la poitrine et fractura le sternum ; le bras lui resta immobile, il perdit beaucoup de sang. La douleur d'une blessure aussi dangereuse ne lui arracha qu'une exclamation. Plusieurs de ses gens placés près de lui répétant qu'il était blessé, il leur en imposa en disant : « Taisez-vous, ce n'est rien ! » et il continua de commander et d'encourager son équipage. Le Lively, s'étant vu serrer de si près, travaille à se dégager, marchant mieux, il réussit et fila de l'avant, son grand porte-haubans écrasé. Malgré sa blessure, le capitaine d'Albarade ne se déconcerte pas. Il commandait avec la même précision et avec son sang-froid ordinaire dans des manœuvres aussi précipitées, aussi délicates que hardies et dangereuses. Il fit arriver aussitôt que son beaupré fut dégagé du Lively et fit faire sa décharge à toute sa batterie du vent à brûle-pourpoint sur le derrière de l'Anglais qui le chauffe à son tour et, du même mouvement, il courut sur le Swalow qu'il aborda aussi au vent, qu'il tint bon allongé et qui fit de vains efforts pour se dégager. Ce fut encore en l'abordant que M. d'Albarade fit faire feu de sa mousqueterie. Les gens du devant de l'Anglais fléchissant, il ordonna à son équipage de sauter à bord de l'ennemi. L'arrière se présenta bien, étant sur le plat-bord ; quelques- uns ayant été blessés, les autres furent arrêtés par les ennemis qui opposèrent une résistance qu'on ne put surmonter. Ceux en avant du grand mât de la Duchesse de Chartres que rien ne pouvait arrêter, au lieu de profiter du moment et de sauter à bord de l'Anglais, furent se cacher, à l'exemple d'un homme qui, par état et par devoir était fait pour montrer l'exemple du courage dans le péril (1). Les ennemis s'apercevant de cette retraite reprirent courage et se présentèrent avec force résistance. Si les Français du devant, en tout ou partie, eussent sauté à bord de l'ennemi, cette alternative n'aurait, pas eu lieu. Ils auraient fait diviser ceux qui défendaient l'arrière de l'ennemi et les Français de l'arrière de la Duchesse de Chartres, toujours parés pour sauter à bord du Swalow, trouvant un jour, s'en seraient rendus maîtres.

Cette belle occasion si bien amenée ayant été manquée, M. d'Albarade, sans se décourager et plein d'espérance de la retrouver, chercha à rallier et à encourager son équipage, l'exhortant à empêcher l'ennemi de passer à son bord. Il y avait trois quarts d'heure qu'on tenait l'Anglais accroché, que l'on se battait avec acharnement, qu'on employait réciproquement la force et les ressources de l'art pour se détruire jusqu'à se jeter avec la main d'un bord à l'autre des boulets de canon, des pinces, etc. Voyant enfin le moment de pouvoir pénétrer, M. d'Albarade exhorte derechef son équipage, ordonne à son monde, à l'arriére, qui avait arraché des lances des mains des Anglais, de se tenir paré. Il passe en avant pour conduire ses gens et les faire sauter devant lui à bord de l'ennemi; mais à peine avait-il fait quelques pas qu'il fut renversé sur le pont par un boulet de canon qui lui tomba en mourant sur le côté gauche et qui, achevant de lui assommer la poitrine, le laissa sans respiration. Un moment après, pouvant prononcer quelques paroles, il fit appeler le sieur Cottes, un de ses premiers lieutenants, déjà blessé à la tête d'un coup de pique, lui recommanda l'honneur du pavillon, lui remit le sabre qu'il tenait encore en main et, perdant beaucoup de sang qui sortait à gros bouillons, retomba sans connaissance sur le pont en priant qu'on l'y laissât.

Ayant recouvert quelque force et rouvert les yeux, loin du bonheur, au delà de toute espérance dont il avait été près de jouir et que son courage et ses manœuvres lui avaient mérité, le capitaine se trouva au pouvoir des Anglais. Son état-major lui représenta que l'équipage, le voyant étendu sur le pont, l'avait cru mort et que, en le pleurant et le regrettant, on avait amené.

A Pembroke (1) 1) Pembroke, province d'Ontario, Haut-Canada où il fut conduit prisonnier, d'Albarade reçut un accueil plein de sympathie. A peine à terre, ses vainqueurs lui rendirent son épée, le laissant libre sur parole, mais mandant pour le soigner un expert-chirurgien. Enfin, lorsqu'en janvier 1780 il quitta Pembroke, on lui délivra les certificats les plus honorables. Nous ne rapporterons qu'une seule de ces attestations :

« Nous, dont les noms sont ci-dessous, certifions que la défense de la Duchesse de Chartres, commandée par M. d'Albarade, a faite pendant une heure avec des forces inférieures contre deux sloops de guerre appartenant à Sa Majesté Britannique : le Swalow,commandé par le capitaine « Le plus fort et le meilleur voilier d'entre les corsaires, constate- t-il en octobre 1781, l'Aigle

(1), capitaine d'Albarade, qui avait été(1) Armé de 40 canons, monté par 360 hommes d'équipage, choisis avec le plus grand soin par leur capitaine, l'Aigle, sortait des ateliers de M. Dujardin de Saint-Malo dont la réputation de constructeur de premier ordre était alors européenne. Ce fut le premier vaisseau de commerce doublé de cuivre.

Brikeston, etle Lively, commandé par le sieur Inglefield, est telle qu'elle fait honneur au pavillon français. En conséquence de quoi les vainqueurs lui ont rendu son épée et ses armes et se sont eux-mêmes intéressés au rétablissement de sa santé. Ce brave capitaine jouit ici du respect et de l'estime qu'il mérite si bien. En témoignage de quoi nous lui avons délivré le présent certificat pour lui servir ce que de raison. A Pembroke, ce... janvier 1780. Signé : J. Campbell, membre du Parlement et lieutenant-colonel du régiment de Cardignan ; J.-L. Egod, capitaine au dit régiment ; J. Kinvangtz ; R. Stevenson ; J. Allen, chirurgien ; G. Weeb, major de Pembroke ; D. Allen, capitaine d'infanterie. La défense que le capitaine d'Albarade fit lorsqu'il fut attaqué par les sloops de S. M. le Lively et le Swalow a été noble et doit mériter la bienveillance de tous ceux qui en ont été témoins, en conséquence il emporte dans sa patrie mes souhaits les plus sincères pour son parfait rétablissement. Signé : Inglefield, capitaine du Lively. » Loin de nuire à sa gloire, le combat soutenu par la Duchesse de Chartres rendit d'Albarade encore plus populaire. A la date du 11 février le Mercure de France annonçait que deux superbes frégates corsaires venaient d'appareiller à Saint-Malo : l'Aigle et la Duchesse de Polignac,commandées la première par M. d'Albarade, la seconde par M. Gan- delon. Depuis cet instant, le journal de la Cour ne cesse de chanter les éloges de notre compatriote. Chacune de ses prises est enregistrée et annoncée pompeusement au-devant de la flotte de la Jamaïque, vient d'entrer à Dunkerque. Le mauvais temps l'avait forcé de faire le tour des Trois Royaumes et s'il n'a pas rencontré ce qu'il cherchait, du moins il s'est emparé de trois navires. L'un est une belle frégate armée pour la côte d'Afrique ; elle se rendait à Ostende pour y prendre le pavillon impérial ; le second est un bâtiment chargé de lin fin, de chanvre, etc., le troisième portait des bois de construction.

L'Aigle,dont le capitaine d'Albarade est toujours très satisfait, a pris, depuis le commencement de sa croisière, 21 bâtiments dont 5 corsaires, 4 lettres de marque et le reste, navires marchands faisant en tout 26 canons et 464 prisonniers.

Cependant d'Albarade fut l'objet d'une dénonciation calomnieuse d'après laquelle on l'accusa de détourner les marins de la flotte royale pour les embaucher dans les navires corsaires. Dans une lettre pleine de dignité, d'Albarade réfuta ces accusations dont il parvint à se justifier.

Le gouvernement du roi Louis XVI ayant acheté l'Aigle, d'Albarade obtint, avec l'agrément du roi (1782), le commandement du vaisseau le Fier, de Rochefort. Dès lors il eut rang de capitaine de frégate dans la marine de l'Etat. En 1787, le roi le nommait chevalier de Saint- Louis. Pendant la Révolution, d'Albarade fut ministre de la Marine en 1793 et parvint au grade de contre-amiral. Nous ne le suivrons pas au cours de cette brillante carrière, ce qui nous ferait sortir du cadre de cette étude. D'Albarade mourut à Saint-Jean-de-Luz en 1819. Après sa mort, Louis XVIII eut la curiosité de faire chercher, au domicile du défunt, la croix et le brevet de l'ordre de Saint-Louis donnés au corsaire par Louis XVI le 11 août 1787, pour s'assurer s'il les avait déposés à la municipalité, conformément au décret du 28 juillet 1783, ou s'il leur en avait substitué d'autres comme firent bien des gens à cette époque. Malgré tous les soins apportés par le commissaire de la Marine à Bayonne, cette recherche resta infructueuse. On ne trouva qu'une très petite croix de Saint-Louis que le vieux contre- amiral avait coutume de porter depuis le retour des Bourbons. D'après la rumeur publique, d'Albarade, prévoyant une fin prochaine, aurait avalé la croix de Saint-Louis. Il tenait à emporter au delà de ce monde le témoignage certain de sa belle existence de marin.

1) C'est l'affaire qui a donné lieu à l'établissement du certificat que Dolâtre délivra à d'Albarade (voir page 286) avec d'autres détails non mentionnés par le capitaine.

(2) Archives de la Marine, certificats n°" 1 et 2.

2) Le récit de ce beau fait d'armes se trouve dans le Mercure de France, octobre 1778, page 34. Le journaliste ajoute « Les détails que nous allons rapporter sont l'ouvrage d'un marin et prouvent entièrement que la manœuvre du brave M. d'Albarade contre des forces aussi supérieures est très hardie et du commandement le plus expérimenté. »

(3) Voiles majeures.Ensemble des basses voiles et des huniers de Chartres était prise entre deux feux et le capitaine, attentif, guettait un instant favorable qui servirait ses desseins.

BIOGRAPHIE des MINISTRES FRANÇAIS de 1789 à ce jour (1826)

Jean DALBARADE

Jean DALBARADE (et non Albarade) ou d’Albarade, est né Biarritz, près de Bayonne, vers 1741. Son père, professeur d’hydrographie, tenait une école dans la commune de Hendaye.Le jeune Dalbarade embrassa la carrière de la marine dès son enfance, et commença par être mousse. Il fit différents voyages au Canada, sur des bâtiments de commerce : il devint bientôt officier, et se fit remarquer sur des navires armés en course contre l’Angleterre. A l’âge de 20 ans, il eut le commandement d’un corsaire de 14 canons, avec lequel il se battit, pendant plusieurs heures, contre deux navires de guerre anglais, beaucoup plus forts que le sien ; ce fut au moment de monter à l’abordage sur l’un d’eux que Dalbarade fut renversé sur son banc de commandement par une volée de mitraille. Il fut pris et conduit en Angleterre, où il fut porté en triomphe pour sa belle défense ; le récit de son combat fut inséré dans les journaux anglais et français. Dalbarade guérit en Angleterre de ses nombreuses blessures ; mais il a toujours gardé dans son corps trois balles qu’on n’a jamais pu en extirper.

Lors de la guerre d’indépendance des Etats-Unis, Dalbarade fut employé comme officier auxiliaire sur les bâtiments de l’Etat. Les dames de la cour ayant fait construire la frégate l’Aigle, de 44 canons, choisirent M. Dalbarade pour la commander. Il fit avec cette frégate, qu’il équipa à son gré, avec des marins basques, plusieurs croisières heureuses, dans lesquelles il prit un grand nombre de bâtiments anglais, dont plusieurs armés en guerre. Après s’être acquis une grande réputation avec cette frégate, le gouvernement confia à Dalbarade le commandement du vaisseau de guerre Le Fier, sur lequel il remplit la mission difficile de porter des troupes dans l’Inde. Dalbarade eut alors quelques discussions avec la compagnie hollandaise des Indes, retourna en France en 1778, et soutint longtemps un procès contre cette compagnie, qu’il finit par gagner. Louis XVI le nomma capitaine de vaisseau et chevalier de Saint-Louis.

Il était inspecteur des classes des côtes de l’Océan lorsque la révolution éclata : Dalbarade en embrassa les principes avec ardeur. Monge ayant été nommé ministre de la marine, appela Dalbarade auprès de lui en qualité d’adjoint. Il occupait le poste de chef de la 6ème division du ministère, lorsque Monge se retira en le désignant pour son remplaçant.

En effet, la convention nationale nomma Dalbarade ministre de la marine, le 10 avril 1793. La liberté ne pouvait avoir de plus ferme soutien, et l’administration de ministre plus zélé ; il ne put cependant se soustraire aux envieux qu’importunaient son mérite et la faveur dont il jouissait. Ils saisirent le prétexte des troubles survenus à Marseille et à Toulon, après le 31 mai 1793, pour le dénoncer à la convention. Il se justifia pleinement des griefs qu’on lui imputait. L’année suivante, ayant été dénoncé de nouveau, il démontra que toutes ces mesures avaient été dictées par le véritable amour de la patrie, et réduisit ainsi ses détracteurs au silence. Remplacé le 2 juillet 1795, il reprit du service dans la marine, avec le grade de contre-amiral, et fut chargé du commandement du port de Lorient. Après l’incendie du vaisseau Le Quatorze Juillet, il fut dénoncé et traduit devant une cour martiale, où il fut accusé de négligence dans l’exercice de ses fonctions, et déclaré déchu de tout commandement. Ce jugement, auquel l’esprit de parti avait présidé, ne flétrit point la réputation de M. Dalbarade .

Il s’occupait depuis longtemps du soin de faire réformer l’arrêt inique qui avait occasionné sa destitution, lors de la révolution du 18 brumaire. Dalbarade, qui avait tout fait pour la république, jugea qu’elle allait s’éteindre entre les mains du premier consul, et vota contre lui. Dès lors il ne fut plus employé.

Lorsqu’il était entré au ministère, Dalbarade avait des capitaux qui pouvaient lui assurer une existence honête ; mais ces capitaux lui furent remboursés en papier-monnaie, de sorte que lorsqu’il quitta le ministère, il n’avait plus rien. Cela ne doit pas étonner ceux qui ont pu juger du patriotisme, de la probité et du désintéressement de ce brave marin. IL vécut longtemps après sa destitution avec une pension de 2,000francs, et se retira en 1802, chez le fils d’un de ses compatriotes, qui l’accueillit et le garda dans sa maison jusqu’en 1813, époque à laquelle le département des Basses-Pyrénées fut envahi par les troupes anglo-espagnoles. Une petite propriété qu’il avait à Hendaye, fut alors dévastée. Dalbarade se réfugia à Paris, où il était au moment de la restauration. C’est à Louis XVIII qu’il a dû l’augmentation de sa retraite, qui fût portée à 4,000 francs. Il ne put jamais parvenir à faire liquider des arrérages assez considérables, qui lui étaient dus du temps de la république. Il se retira de nouveau à Saint-Jean de Luz, où il est mort le 30 décembre 1819, regretté de toute la population, et tout particulièrement des marins basques, dont il avait toujours été le protecteur. Cet ancien ministre est mort pauvre, et son mobilier a été réparti entre quelques créanciers qu’il avait, et qu’il a toujours regretté de ne pouvoir payer.

Ceux qui ont connu personnellement Dalbarade, ne souscriront jamais à un tel jugement. Nommé ministre à l’époque où les plus illustres républicains étaient aux prises avec le monstre de l’anarchie qui s’apprêtait à dévorer la France, il se déclara l’un de leurs adversaires, et fut le complice muet de tous les crimes qui précédèrent et suivirent le 31 mai.

Brave comme militaire, Dalbarade qui était honête homme au fond, et ne manquait pas d’instruction comme officier de marine, manquait de toutes les connaissances adminstratives, nécessaires à un ministre. Quoi qu’il fut considéré, depuis longtemps, comme le constant auxiliaire des anarchistes, les comités de gouvernement, renouvelés par trimestre après le 0 thermidor, l’avaient conservé en qualité de commissaire de la marine, titre substitué à celui de minitre, aboli par un décret de la convention du premier avril 1794. Ce fut le 1er avril 1795, jour où éclata contre la convention une insurection anarchique, que Dalbarade fut destitué de ses fonctions de commissaire de la marine.

Il serait possible que son opinion politique, connue, eut influé sur ce jugement.

D’autres ont été employés après avoir voté comme lui ; l’extrême médiocrité de ses talents fût la seule cause qui décida Napoléon à ne plus l’employer.

On n’a jamais songé à contester la probité de Dalbarade ; ceux qui se croyaient en droit de l’accuser sur d’autres points, seraient les premiers à le justifier sur celui-là.

 

 

 

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